JOE DALESSANDRO “Little joe never once gave it away / Everybody had to pay and pay / A hustle here and a hustle there / New York City is the place where they said / Hey babe, take a walk on the wild side / I said hey joe, take a walk on the wild side”
Lou Reed
Le «Little Joe» du Walk on the Wild Side de Lou Reed. L’Apollon de l’Underground. L’entrejambe sur la couverture de Sticky Fingers. L’acteur dont les performances on fait comprendre à George Cukor ce que signifiait être vraiment un toxicomane. La beauté qui à fait s’évanouir Tennessee Williams…
JOE DALESSANDRO Un Aphrodite’s child.
Mais bon à la base Joe est un pur produit. Résidu des banlieues americaines, un vrai kids stoogien, de ceux pour qui la seule perspective d’avenir est de trouver assez de fric pour se payer du speed et une voiure. Les yeux injectés de sang, lui et ses amis roulent sur cette bande d’asphalte que l’on nomme highway en ayant l’impression d’avoir pour une fois pleinement le contrôle de leur vie. Le No Fun à échelle humaine.
Joe grandit en maison d’accueil faute de parents et après un court passage en maison de redressement un inconnu lui propose de l’argent s’il accepte de poser nu pour une petite revue: Physique Pictorial, dirigé par Bob Mizer. Un soi-disant magazine sur la culture physique et la musculation, en fait destiné à une clientèle gay. Joe allait va devenir l’un des plus célèbres et prisé modèles de Mizer.
Puis ce sera la rencontre avec Wahrol, une séquence incluse dans les 86 minutes qui composent Loves of Ondine. Puis des rôles plus importants dans Lonesome Cowboys, qui a été étudié par le FBI pour des rumeurs de viol et d’obscénité, et dans San Diego Surf du même Wahrol, puis enfin la fameuse trilogy de Paul Morrisey, Flesh,Trash et Heat…
Cut.
- Alain Pacadis : Dans beaucoup de tes films tu t’es plu à montrer un eventail assez complet de perversions sexuelles.
- Andy Warhol : J’ai filmé les gens qui m’entouraient en collant le plus possible à la réalité. Joe Dalessandro était à une epoque un homosexuel junkie, je ne pouvais pas lui faire jouer les princes charmants…
Morrisey, avec le soutien financier de Warhol, avait ainsi créé avec ses trois films la trilogie underground la plus célèbre de l’histoire du cinéma.
Dalessandro y symbolise à lui seul les deux faces de l’Amérique, un corps digne des plus beaux capitaines de football américain couplé d’une addiction à l’héroïne et aux drogues dures à faire frémir Burroughs. Joe Dallesandro est le cover boy par excellence, un homme objet qui durant tout sa carrière, que ce soit à travers le prisme du cinémascope ou bien sur la planche contact d’une épreuve photographique, a incarné l’homme qui se laissait faire. Celui qui subissait le désir au lieu de l’éprouver.
Une poupée gonflable qui donne libre cours au fantasme de chacun.
Dans Flesh,Trash et Heat c’est la face sombre des 60’s que nous renvoie à la gueule Morissey. Joe Dalessandro y est tour à tour gigolo, junkie sado maso puis star sur le déclin habitant un obscur motel décadant d’un Hollywood désuet. C’est une peinture bien loin de l’image d’Epinal des années 60 faite de Woodstock, d’amour libre et de paix. C’est un pays ravagé par les dommages colatéraux crées par la guerre du Vietnam qui est ici montré.
Un casting de Freak tous plus junkies les uns que les autres où Joe l’imperturbable promène son corps d’albatre tout aux long de ces trois films, donnant l’impression d’être constamment défoncé et nous faisant nous poser la même question à chaque changement de plan : où est là limite entre jeu et realité ? Joe Dalessandro est-il un acteur digne des plus grands resortissants de l’Actor Studio, un performeur Stanivlaskien ou alors un simple objet de curiosité, sujet principal d’un documentaire en trois parties dont Paul Morissey tirerait les ficelles?
Le masque jamais ne tombe.
Après deux films, dignes des pires séries B, avec le même Morissey, De la chaire pour Frankenstein et Du sang pour Dracula, Joe part s’exiler en Europe pour retrouver un Louis Malle en rupture avec la société et tourner en sa compagnie Black Moon, dernier film français du réalisateur avant La petite, premier film americain de Louis Malle contraint de s’exiler aux USA apres l’échec cuisant de son film Lucien Lacombe.
Puis Gainsbourg lui propose le premier rôle masculin dans son film Je T’Aime Moi Non Plus, “A another sexuel riff of provocation” dira-t’il. Joe y campe un chauffeur gay de camion à ordures qui a pour collègue et amant un tout jeune Michel Blanc. Il y tombe amoureux d’une jeune serveuse androgyne, Jane Birkin, parce qu’elle ressemble à un garçon par derrière.
Et Après un dernier détour du côté de chez Jacques Rivettes, Merry-go-round, Joe Dallesandro fonce tête baissée dans l’accumulation de rôles de seconde zone, voire même de troisième zone. Quelle n’est pas notre surprise quand on voit apparaître son nom au générique d’un film comme Théodore Rex, ce fameux chef d’oeuvre des 90’s où Whoopi Goldberg joue une jeune policière qui fait équipe avec un dinosaure qui parle…
Dallesandro a survécu aux excès des années Factory, ce qui est en soi une forme d’exploit. Et rien que pour ça, et pour une diffusion télévisée de Flesh interdite au dernier moment en 1998 par France 2 (sous le prétexte que le film “incitait à la prostitution”) nous lui devons le plus grand des respects.
3 commentaires
Sérieux? c’est dingue ça, va falloir que j’aille voir..
Très sérieux!
Sinon le second prénom D’ALESSANDRO c’est ANGELO…




ETRE DIEU
Une apparition dans le COTTON CLUB de COPPOLA en LUCKY LUCIANO! Une apparition entre l’ombre et la lumière d’une LEGENDE!