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JEROME ATTAL L’amoureux en lambeaux

Pour son premier roman, le songwriter Jérôme Attal avance sur un terrain consciencieusement miné par la critique. Mais il s’en fout. Et c’est là son principal charme. La (...) suite


JEROME ATTAL Pour son premier roman, le songwriter Jérôme Attal avance sur un terrain consciencieusement miné par la critique. Mais il s’en fout. Et c’est là son principal charme. La presse littéraire crie depuis un an son ras-le-bol des livres nombrilistes, centrés sur les tourments des personnages-auteurs ? « L’amoureux en lambeaux » consacre toutes ses pages à la seule peine de cœur de son héros, Simon. (Et sur ce point comment lui donner tort : parler du plus petit détail de soi pour atteindre l’universel… cette mécanique proustienne a fait ses preuves et a encore de très belles heures devant elle, rassurez-vous amis égotistes.)

L’air du temps consacre la Province et ses « vraies gens » ; les seules personnes « authentiques » vivraient donc dans les régions sans Tour Eiffel, Paris étant infestée de jeunes branleurs, obsédés par les vêtements de marque. Que fait Attal ? Que dalle ! Ses personnages s’éloignent rarement des Halles. Quand Simon pousse jusqu’à Levallois-Perret (un des meilleurs moments, ce chapitre intitulé Levallois Perrine – beau titre de chanson, au fait), il manque s’étouffer. C’est très bien ainsi.

Les magazines « Nouvel-Express-qui-fait-le-Point » titrent depuis des mois sur la société dévirilisée, sur ces hommes qui perdent leurs repères face aux dames. Le peuple vote pour le retour aux valeurs et à l’ordre, cherchant, un rien déboussolé, une paire de couilles quelque part. Jérôme Attal, une nouvelle fois, s’en cogne. Il abdique d’entrée devant l’ancien sexe faible : les filles du livre se tiennent debout alors que les (plus si) jeunes gars avancent courbés, rampent presque. L’auteur écrit même l’expression « petit robe noire ». Avant ça, on ne l’a lu que dans Elle, Marie-Claire peut-être.

JEROME ATTAL Bref, Jérôme Attal n’a pas voulu jouer au malin, se placer sur la carte des auteurs, se démarquer à tout prix. Il a fait son roman. Et ce livre transpire une certaine sincérité. La peine de cœur n’est pas ici pause d’artiste. Attal a dû souffrir son lot, ça ne se discute pas. Alors, si la sauce prend autour de ça, si le gris se fait (pas le clivage noir/blanc, l’entre-deux justement), si le « mentir vrai » pointe son nez, on tient un bouquin.

Et, justement, c’est à ce crossroad délicat que L’amoureux en lambeaux se perd. Le titre mettait d’ailleurs gentiment, honnêtement même, la puce à l’oreille : un poil « trop », cet amoureux dépenaillé, non ? Et tout au long du livre, l’écriture en fait également un peu trop. Les mots pèsent sur les phrases (on parle ici de « se laisser déchiqueter par ces journées qui passent dans leur vacarme indifférent ») comme s’ils avaient été choisis un par un. Les passages cyniques jouent un peu au dur et les postures dandy manquent leur cible (« la majorité des cafés est non fumeurs, impossible d’avoir du style »… well). Quand les adjectifs et les grands mots se calment, plusieurs phrases deviennent exactement la voix du personnage, une voix que l’on peut entendre, croire et comprendre. (« On ne peut que se cacher d’aimer à ce point », ça sent son Musset).

Mais le blocage, le vrai, se fait sur les dialogues. Plus particulièrement sur ces longues tirades où Simon justifie ses actes, sa vision de la vie, des femmes, des jeunes générations… Ce n’est plus du tout Musset et la « La confession d’un enfant du siècle » mais plutôt « Un monde sans pitié », le film d’Eric Rochant (remember, ami trentenaire ? C’était pas si mal après tout…)

L’élan pressenti est régulièrement coupé par ces bavards et on ne le retrouvera plus vraiment. Pas même dans cette soirée branchée tenant lieu de fin mystérieuse où Jérôme Attal a pourtant le flair de ne pas donner de conclusion claire. Car les peines d’amour ne trouvent jamais de solution, de conclusion claire. C’est bien connu.

Jerome Attal // L’amoureux en lambeaux // Scali

Un commentaire

[...] ça s’assume. Quelques jours après ma chronique en demi-teinte de son premier roman chez Scali, L’amoureux en lambeaux, Jérôme Attal relève le gant et accepte un entretien. Il a choisi les armes : franchise, [...]

Commentaire par JEROME ATTAL - Duel au soleil | Gonzaï, le Lundi 14 mai 2007 à 0:16

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