Ce type m’a porté la poisse. Littéralement un fardeau à porter plus lourd que la croix de Justice.
Et pourtant Jeremy Jay est l’une des révélations de l’année 2008. Oh je vois rire d’ici. ‘Encore un qui révolutionne le trou du Vortex avec trois accords”. Peut-être, mais raviver le fantôme d’Arthur Lee, Drake et quelques uns des grands échalas des 60′, sans les dénaturer, sans le plagiat, en y insérant un tube de modernité slow/cold/no wave… Le tout avec des chemises de vacanciers perdus dans le Wyoming, le tout dans des trenchs d’une autre époque, le tout sans effort apparent, publiant trois singles par semaines qui tournent en boucle sur le myspace… pardon mais cela fait beaucoup pour un Vortex.
Avant d’en arriver à cette conclusion (Jeremy Jay sauvera les USA de la faillite financière, ok, c’est un poil exagéré), j’ai traqué la bête. Il y a eu une rencontre avortée aux Mains d’Oeuvres (peut-on faire des rencontres victorieuses WIN WIN aux Mains d’Oeuvres? ok, mauvaise question) à cause d’un photographe trop long à shooter sa couv (Magic, novembre 2008). “Mes cheveux sont bien coiffés, on peut me maquiller?” entends-je du tréfonds des couloirs de Mains d’Oeuvres. Je laisse la grande gigue. Ce ne sera que partie remise.
jeremy“Salut B., Jay est de retour à Paris, il a décide de revenir une semaine pour se la couler douce, tu veux remettre le couvert pour l’interview? Ni une ni deux, direction Montreuil au label pour croiser le fer avec le paysage post-industriel d’une ville communiste, et, accessoirement, avec Jeremy Jay, l’indierock killer que tout le monde attendait (du moins moi). Le micro tourne, Jay bouffe des pizzas, la pièce est neutre, quelques rayons de soleil perçent à travers les carreaux sales de ce lundi après-midi. On est bien.
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Jeremy, nous arrivons enfin à nous rencontrer. La dernière fois que je t’ai vu tu étais en train de réaliser une session photo pour la couverture d’un magazine français, je te retrouve à Paris deux semaines plus tard… Quel est ton sentiment face à ca? Etonné?
Tout cela est arrivé naturellement, ce qui est le plus important pour moi. Au début de l’année j’avais pour intention de tourner avec mon groupe aux USA, en Europe, en Australie et au Japon. Le Japon a finalement été annulé, bon… mais nous avons quand même joué dans presque 15 pays en moins de 6 mois. Cela fait beaucoup de vols, de distance, depuis Los Angeles. Ce que j’essaie de te dire, c’est que tout est arrivé très rapidement, sans que rien ne soit programmé. C’est cool.
Ce qui est incroyable lorsqu’on se penche sur ta courte discographie, c’est qu’il n’y a qu’un seul album et pourtant des dizaines de singles, EP, trucs sortis dans tous les sens, des reprises (Baby’s on fire de Brian Eno), c’est beaucoup pour un seul homme non?
Oui, effectivement. Deux singles, un LP. Mais la reprise d’Eno n’est pas sortie commercialement. Et j’ai encore une sortie qui arrive en février prochain, un EP nommé Love everlasting. Quatre titres qui sortiront en vinyle, peut être en CD, mais sûrement aussi en digital. Et un autre LP en mars 2009, nommé Slow Dance. Tout est déjà enregistré, prêt à sortir. Les gens trouvent cela étrange de sortir autant de choses en peu de temps, simplement parce que plus personne n’ose le faire. Tu connais les Beatles? Bon ben voilà, c’est cela l’histoire, publier les compositions au rythme des envies. Les chansons du premier EP étaient déjà vieilles, composées depuis longtemps. J’avais besoin de choses nouvelles. Le plus paradoxal est que l’un des singles (AirWalker) a été composé après la sortie de l’album, pendant la tournée, la nuit…. Je tiens à la rapidité. Chaque album a été enregistré en 5 jours top chrono, comprenant à la fois l’enregistrement et la production.
On parle de retour aux sixties avec une furieuse envie de singles? La production des titres est incroyable: voix caverneuse, echo chamber, batterie qui tape de manière incroyable….
En ce qui concerne le LP, oui. Mais encore une fois c’est un hasard, tout a été enregistré dans un studio vintage avec de vieilles reverbs des 70′, de vieux micros… On s’en est rendu compte en arrivant. Les prochaines compositions seront dansantes, je me languis que les gens puissent écouter Slow Dance, il y a dix chansons dessus. C’est ce que j’ai fait de mieux en fait. Je t’ai dit que ça sortait en février 2009?
Euh oui., je crois. Dans un article écrit voilà quelques mois, je parlais de ta musique comme d’une IndieRock killer, tu comprends cela? Des chansons comment Love Everlasting ne ressemblent à rien actuellement. Mi-folk mi-dancing, mélange de guitares et de synthés…
Oui, je comprends… je t’avouerai que moi-même j’ai du mal à comprendre. Je ne le provoque pas.
J’aimerais vraiment tourner avec une dizaine de groupes par exemple, des gens que j’aime, mais c’est trop compliqué. Pour différentes raisons.
J’insiste: Moonbeam window c’est un mélange hybride des productions DFA de James Murphy et de Dylan, avec des tonalités plus folky. D’où te vient cette attirance pour le beau bizarre?
Slow Dance est parfaitement dans cette équilibre. Les sonorités y seront glacées et romantiques. C’est un doux mélange. Breaking the ice, qui est l’une des chansons, parle exactement de cette dualité. Il y a du folk intimiste et de la pop-dancing. Les rythmes peuvent être acoustiques et accompagnés de synthétiseurs, je ne vois pas ce qu’il y a de choquant.
Quel âge as tu pour avoir autant de recul?
Quoi? Tu vas écrire mon âge?
Ce n’est pas vraiment le propos, c’était surtout pour comprendre ton background musical…
Le gendre ideal?Je n’aime pas parler de mon âge, tout comme de ma vie normale, mon travail… Oui, j’ai un travail à L.A., quand je rentre de tournée.
OK. Mais as quel âge as tu commencé à jouer?
Au collège, vers 15 ans, dans un groupe dont je n’avais pas choisi le nom, c’était très mauvais. Un nom stupide: Puddle (Flaque, en français, NDR). C’était très populaire, en dépit du nom (rires).
Bon, sans donner ton âge, tu as la vingtaine, pour arrondir les angles, tu portes des chemises dégueulasses et ta musique est un objet très étrange qui contraste avec, pardon, les sorties rock américaines. Tu donnes l’impression d’avoir compilé 60 ans de musique sur deux galettes, c’est un peu troublant.
De Bach à Billie Holiday j’ai tout écouté, j’aime la musique, dire cela, c’est une évidence. Mon premier album, je l’appelle my looking back record, parce qu’il parle de toutes mes influences, d’Irving Berlin à Marlene Dietrich. J’aime les films des années 30, John Crawford. Tu sais, je ne suis pas intéressé par l’idée de devenir un groupe commercial, un artiste industriel… c’est de la merde. Pas mal de musiciens n’explorent pas toutes les facettes du passé, essayent de composer soit un tube dansant, soit un truc trop folky. Je suis entre les deux! C’est exactement la même chose que dans les années 80, la volonté de faire danser à tout prix, alors qu’à la même époque il y avait l’underground: Meat Puppets, The Vaselines, Dinosaur Jr…. Aujourd’hui c’est pareil: tu as le divertissement commercial et l’underground. On en est revenu là. Ce n’est pas un constat négatif ou un truc du genre; c’est juste comme ça. Et c’est très très intéressant à vivre, je trouve. Il y a actuellement tout au plus dix groupes à écouter aux Etats-Unis.
Le fait de vivre à Hollywood, si près du matérialisme, ce n’est pas un peu troublant?
Oui, bien sûr. Mais c’est un spectacle pathétique et génial. Je vis à Hollywood, je fais de la musique, j’observe ce qui se passe. Mais c’est exactement la même chose pour le cinéma. Les réalisateurs se foutent totalement de leurs films, ils se soucient uniquement des désirs du spectateur. Et c’est exactement pour cette raison que la musique, le cinéma, la littérature, sont aussi pourris aujourd’hui. On se soucie trop des besoins et envies du public. Mais j’aime Hollywood, l’idée d’Hollywood en tout cas. J’aime cette magie de la création, et le fait de vivre si près de cet enfer (rires), c’est indescriptible. Pour tout te dire, j’aimerais être dans le cadre, en tant qu’acteur, comme Marlene Dietrich.




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