La nouvelle n’avait pas fait grand bruit, j’avais dans un premier temps cru à une rumeur. Un bruit de couloir qui grince. Et puis finalement ça s’était confirmé, par la vérification des sources: Oui, nous étions bien en 2008.
Et pourtant, tous les signes portaient à croire que nous errions dans les années 90. N’IMPORTE QUELLE ANNÉE des années 90. Choisissez celle qui vous sied le mieux. La presse s’emballait pour le retour en grâce des désormais impuissants (My bloody Valentine, Portishead, Magnetic Fields, Tindersticks, Pixies, désolé buddies, la liste est trop longue). Les Indie Rockers qui avaient un jour tiré dignement leurs révérences, puis s’étaient rendu compte en revenant des courses que la vie était moins drôle lorsqu’on passait le cul rivé sur une chaise à checker sa page myspace pour voir combien de fans s’intéressaient à votre musique mausolée.
Jeremy JayEn France la contagion avait commencé depuis déjà bien longtemps. C’est bien simple, les années 90, on en était jamais vraiment sorti. L’espoir d’une modernité s’était arrêtée aux portes de l’an 2000. Les Teenagers sodomisaient toute idée d’ambition musicale, des groupes amateurs se rêvaient trendy rockeurs débraillés en braillant et les piliers de bars criaient fort pour le retour de Yo la Tengo, Dinosaur Jr ou les Lemonheads. Des cols blancs hurlant à la mort pour le retour des barbes, des bières et des jeans mal coupés.
Je détestais l’indie-rock, et toutes ses tentations d’une nostalgie à court terme et de l’adolescence mal digérée. Je haïssais ce refus d’évolution, cet aveu publique du “oui j’ai même plus assez de nostalgie pour regretter une période vieille de plus de dix ans” et bref, j’étais en train de proférer contre la terre entière lorsque Jeremy Jay est entré en scène.
Son corps malingre, ses cheveux sur les yeux. Ce trench serré comme une corde autour du cou. Ce physique terriblement européen, lorsque le corps est d’Amérique. Un premier EP chez K-Records, quelques vagues, rien de spectaculaire, juste de quoi affoler Pitchfork sur quatre lignes.
Jeremy Jay est une parfaite synthèse des époques, et annonce celle d’après. Les dix prochaines années. Une étrange fusion de Love et LCD Soundsystem. Cet incroyable sensation de danger que plus aucun groupe ne vous procure, lorsque la Charley entre à dix secondes sur un morceau typé 67, et que la voix fantomatique baigne dans la réverb’. Amen.
Jeremy Jay #2Des types comme ca, l’Europe n’en fait plus. Pas plus que le reste du monde d’ailleurs. De l’antifolk cosmique qui n’a pas peur de tremper les pieds dans la boue, flirter avec DFA dans les productions. Et pourquoi pas rajouter des claviers période glaciaire tant qu’à faire, pour permettre à celui qui écrit ces lignes d’écouter pour la 143ième fois ce soir Moonbeam window. Un chant désincarné, ce beat slowcore. L’impression d’entendre Poni Hoax en version ralenti, plus dépressif que jamais, et malgré tout l’envie de danser lorsque le verre est rempli jusqu’à la gueule de Tranxen.
Jeremy Jay sortira surement un album avant la fin du monde. On lui collera surement des étiquettes, peut-être même ne sera-t-il jamais connu. Mais l’innocence, la pureté quasi virginal qui se dégage des quelques chansons disponibles me fait dire qu’il existe enfin un gouffre où plonger tout ces héros aux bras courts qu’on surnommait les Indie Rockeurs, ceux qui voulaient faire du fric avec du pathos, et se désengager du monde réel dans des jeans slims histoire de stériliser toute idée créatrice.
Dieu merci, c’était dans l’ancien millénaire.Jeremy Jay est mon messie, et son label un parfait crossover entre Elektra et DFA. Alléluia, c’est l’Hallali.
Jay est cette semaine en France, trois concerts sont prévus pour ceux qui auraient envie de voir autre chose que de l’indie rock:
Lundi 20 octobre, le Pop In, 21H.
Address: 105, Rue Amelot, Paris 11ième
Mercredi 22 octobre , 18H, Ground Zero
Address: 23 rue Sainte Marthe, Paris 10ième
Dimanche 26 octobre, 20H, Café Charbon, 20H
Address: 109, Rue Oberkampf, Paris 11ième
http://www.myspace.com/jeremyjay
4 commentaires
Bester, entre coup de gueule et coup de coeur, dans l’art du manifeste mensuel, ah ! En plus tu nous recase pour la millième fois ton dégoût obsessionnel de jean slims ! Je vais finir par croire qu’en fait tu kiffes ça et que tu rêverais d’être plus jeune pour en enfiler un, ah ah ! Bon et il sort d’où ce type que tu nous fais écouter ? Il était à la soirée dont tu parles ou rien à voir ?
Parce qu’esthétiquement c’est réellement intenable, le jean slim….
Faut se plugger un anneau dans le ventre pour arriver à rentrer dans un jean T38….
Jeremy Jay rien à voir avec Tokyo (pour résumer).
slim m’a jamais fait rire moi.




ETRE DIEU
[...] pas si mauvais ? Au fait, Bester Langs défonce la gueule de l’indie rock dans un article incendiaire. Le lire avec la [...]