JEAN-WILLIAM THOURY INITIALS J.W.T.
Dans les chroniques littéraires, généralement, on doit résumer en quelques lignes le parcours de l’auteur. Je rappellerai donc à ceux d’entre vous qui viennent de naître que Jean-William Thoury est, à titre de parolier ou de réalisateur, responsable de quelques classiques du rock français (pour ne pas dire du rock tout court) et, de surcroit, l’un des pionniers du journalisme rock (Extra, Best, Feeling…).
Notons aussi que c’est Bijou, dont Jean-William Thoury fut le parolier et manager, qui donna à Gainsbourg l’envie de remonter sur scène. Il les rejoignit au Théâtre Mogador ou au Palais des Sports pour interpréter Les papillons noirs, avant de leur offrir un original : Betty Jane Rose.
Jean-William Thoury a rencontré Gainsbourg à plusieurs reprises. Il fut même reçu dans le sanctuaire de la rue de Verneuil. Il n’est donc pas étonnant de sentir ici une réelle proximité avec l’œuvre du maître. La façon dont il aborde le thème récurrent des lolitas montre que l’auteur a tout compris à Gainsbourg (et à la psychologie des lolitas).
Mais je connais le lecteur de Gonzaï, il lui en faut plus avant de se décider à courir chez son libraire… OK, alors lisez la suite.
Il y avait plusieurs angles possibles pour écrire un Dictionnaire Gainsbourg. Celui retenu est le passage en revue de l’intégralité du songbook. Rien que les chansons, mais TOUTES les chansons ! Y figurent aussi celles qu’il a empruntées au répertoire d’autres auteurs, celles écrites en collaboration, les musiques de film et les pubs.
En plus de fournir un appareil critique, le Dictionnaire Gainsbourg est une source d’informations sur les équipes de musiciens et les arrangeurs impliqués dans les enregistrements, ainsi que sur leurs interprètes, célèbres ou oubliés. Les notices sur Françoise Hardy ou Jean-Claude Vannier sont juste parfaites.
Pour finir, je voudrais insister sur le ton pudique de ce livre. Jean-William Thoury aurait pu se la jouer : « J’ai connu Gainsbourg, mon p’tit gars ! Assieds-toi, je vais te raconter… » Il aurait pu. Sauf que ce n’est pas le style de la maison. Ici, les rencontres avec le maître sont à peine évoquées. L’auteur préférant s’attacher à nous offrir une jolie balade dans la psyché gainsbourienne.
Si j’ai une réserve ? Affirmatif. Il y a bien ce petit détail de mise en page : les références des enregistrements sont répertoriées au début de chaque entrée mais ne sont pas différenciées du reste du texte. Lorsque la chanson n’a donné lieu qu’à une ou deux interprétations, tout va bien, mais lorsqu’il s’agit de La Javanaise et de ses 115 «variations sur le même thème», cela donne une liste un peu fastidieuse à parcourir (près de 5 pages !) avant d’arriver à l’article. Une explication : notre homme travaille aussi pour Juke Box Magazine et l’exhaustivité n’est pas pour lui un vain mot.
Bien sûr, en sortant de la lecture de ce dictionnaire – et même pendant -, vous n’avez qu’une envie : replonger dans la discographie de Gainsbourg et redécouvrir les interprètes émérites de son œuvre : Michèle Arnaud, Anna Karina, Jean-Claude Brialy, Zizi Jeanmaire, Alain Chamfort, Bashung, Bambou, Jane Birkin, Isabelle Adjani, Bijou, Brigitte Bardot…
Voilà ! Ça s’appelle le Dictionnaire Gainsbourg, c’est sorti chez Scali, dans la collection «Patrick Eudeline présente», ça fait 491 pages, ça coûte seulement 26 € et c’est écrit par Jean-William Thoury.
Tout est dit.




ETRE DIEU