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JEAN-PHILIPPE GOUDE Aux solitudes

La musique classique, c'est comme l'amour. On comprend très jeune que c'est important, qu'on aura du mal à faire sans, mais on reste incapable d'en discerner les limites, (...) suite

La musique classique, c’est comme l’amour. On comprend très jeune que c’est important, qu’on aura du mal à faire sans, mais on reste incapable d’en discerner les limites, les contours, les nuances, autrement que par la violence. C’est l’une des raisons fondamentales de l’amour physique précoce: comprendre le fonctionnement, alors même qu’on a pas la notice.

L’amour, c’est comme la musique classique. On serait tenté de s’en approcher, mais au final on lorgne toujours à coté, sur la petite soeur un peu plus vulgaire, celle qui se maquille comme un camion d’Europe de l’est. Parce que Gainsbourg cela reste tout de même plus accessible que Dvorak ou Chopin, pour celui qui veut jouir facile.

Aux solitudesLe nouvel album de Jean-Philippe Goude suit cet adage à la lettre. La musique de chambre, toujours et encore, pour effaroucher les Purcell. Mais cette fois-ci sans compromis, sans concession (clin d’oeil à Thiersen), comme un oratorio à gorge déployée, enchaînant les parties classiques quintette à cordes et le récital avec un goude au sommet de sa voix. Goude produit l’oeuvre la plus inconcevable des derniers mois, fusionnant l’onde Martenot, l’ensemble philharmonique et la pop grandiloquente sur un seul et même objet. Ne pas croire la pochette et l’idée que l’auteur s’enferme dans un french carcan, Aux solitudes est une pièce majeure qui a autant à voir avec Philipp Glass que William Sheller (et plus précisément Lux Aeterna, son premier album).

Un ombre sombre flotte sur cet album, jamais vraiment dark et nullement glauque. L’impression que Goude a tout compris, finalement, à la notion de la pédagogie. Apprendre la sensibilité au plus grand nombre, dépasser l’idée même de genre musical. Ceci est particulièrement marquant sur Embarqués dans les pentes, son envie d’être une B.O.F imaginaire à boire comme la ciguë. Un beau drame au final cathartique. Chers auditeurs, si comme beaucoup vous avez raté votre vie (traduction: vous avez eu des enfants, NDR), Aux solitudes reste la meilleure façon d’éduquer leur oreille, leur initier la notion de sensibilité, d’arrangement, de richesse sonore.

“Chéri, laisse toi faire, ca ne fera pas mal, allez viens”. La majorité des artistes contemporains joue avec la musique de chambre comme une pénétration mal sentie. Cela donne du divertissement pour bourgeois, Craig Armstrong l’a bien compris. C’est également l’une des raisons qui pousse les publicitaires à utiliser tous les deux clips l’une des musiques de Thomas Newman (auteur de la B.O.F d’American Beauty, NDR) pour justifier leur envie de pureté. Jean-Philippe Goude résume très bien cela, involontairement, sur No hay camino, hay que caminar. Il n’y a pas de chemin, il faut simplement marcher. L’intention, plus que l’objectif. Aux solitudes est le produit de cette envie, une pure perle pour les non-initiés. “Là où les mots nous laissent, il faut fermer les yeux pour voir”.

Jean-Philippe Goude // Aux solitudes // Ici d’ailleurs
http://www.myspace.com/ensemblejeanphilippegoude

3 commentaires

No comment. La classe.

Commentaire par sylvain, le Lundi 29 septembre 2008 à 10:56

Même sentiment à l’écoute du disque. La voix de haute-contre et les cordes sonnent le frais et l’intelligence.

Celui qui sait faire sortir la musique des vieilles chapelles et des impasses avant-gardistes aura la vie éternelle : dans les nu-ages, entre Schumann et Stravinsky, disait le poète.

Commentaire par Formerly W. Goethe, le Lundi 29 septembre 2008 à 13:28

il est chouette ce texte Bester !
juste une coquille : Tiersen, en bon breton est plus bière que H :)

Commentaire par Laurent, le Lundi 29 septembre 2008 à 15:07

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