De Polnareff à Burgalat, en passant par Gülcher, la France suit depuis le passage à la TV couleur les sentiers pop, les autoroutes du rock étant bien trop rapides pour elle, qui recherche plus le dandysme que la sueur. Jean Emmanuel Deluxe, en dévot pop adoubé par ses pairs, est journaliste réputé (Technikart Mademoiselle, Standard), patron d’un label novateur (Martyrs of pop), et surtout témoin des évolutions actuelles du monde de la musique et de la presse. Deux mondes liés comme une paire de testicules trop secouées dans le caleçon du marketing. Petite leçon de pop en compagnie d’un martyr rebel qui n’a pas dit son dernier mot.
Comment arrives-tu à jongler entre ces univers ? Marches-tu comme beaucoup à la frustration, à- savoir le besoin indescriptible de remplir ta vie par la passion de la musique ?
Sur productif, je ne sais pas. Il m’arrive aussi de procrastiner. Je suis comme Michel Drucker un grand angoissé, perclus de questions existentielles insolvables !! Alors, je pense que remplir sa vie avec la création n’est pas la moins bonne des options. Frustrations, oui c’est sur j’en suis perclus, mais je me soigne !!!
En parlant de frustration, on lit sur le net que l’expérience Eurovision, label que tu avais monté semble t’avoir laissé un goût amer. Sans vraiment rentrer dans le détail, quel souvenir gardes-tu avec le recul de cette aventure, de cette tentation d’être passé de «l’autre côté du miroir», c’est-à-dire d’être devenu patron de label ?
C’est la justice qui me dira dans quelque temps si les vilains seront châtiés ou pas. Le goût que j’aurai alors dans la bouche en dépendra. Sinon, je garde un excellent souvenir des artistes et des rencontres (hormis celle des pieds nickelés qui m’ont piqué mon nom of course). In fine, j’en ressors plus sage et aguerri. J’ai rencontré Alexis Campart et Sven Truptil entre-temps qui sont de bonnes personnes, ça remonte le moral. Autre côté ?? oui et non….Tu sais, je viens de l’école du D.I.Y et donc je n’ai jamais eu l’idée en tête que le père d’un copain d’adolescence un général à la retraite (véridique) tentait de m’imposer, du genre : « beaucoup d’appelés et peu d’élus, faites-vous plaisir mais ne rêvez pas trop ». Ce genre de conneries qui est le produit d’une mentalité de consommateurs paralysés par la notion de star-system me laisse de marbre.
Quel regard portes-tu sur l’évolution des maisons de disques actuelles ? Je pense à EMI, qui est sur paille, à toutes les sorties mainstream qui enchaînent les ratés et les promos outrancières dans la plus grande partie des majors…….
C’est bien fait pour eux !!! Non, sérieusement, je ne considère pas qu’il y a les gentils indés et les méchants majors. Capitol était un de mes labels préférés et c’était un major et je n’avais que faire des labels de punks à chiens de Rouen au milieu des 80’s. J’ai l’impression qu’en France on paie la crise du disque encore plus cher que dans d’autres pays d’Europe, qu’au Japon et qu’aux U.S.A. Le français n’a pas de culture musicale à mon avis et encore moins de culture pop. En France, on est dans l’idée qu’il y a la culture respectable des élites (classiques, beaux-arts) et la merde pour le bas peuple. Du coup on traite le grand public comme on n’ose pas le faire aux USA. Compare Lorie à Britney Spears, les Sopranos à Navarro, Tarentino à Besson et tu comprendras ce que je veux dire !! Economiquement les Fnacs et les Majors ont bien ratiboisé le terrain et maintenant ils se prennent les pieds dans un système qu’ils ont eux-mêmes crées. Bin oui y’a plus de disquaires en province !!! c’est malin !! Et comme d’ici peu il n’y aura plus de Cd’s à la Fnac… Les Cd’s sont trop chers et ça c’est la faute de l’état (TVA) et aux majors qui avaient le pouvoir de faire baisser les prix en magasin.
Par ailleurs, la responsabilité des internautes est grande, il y a des mecs qui n’ont jamais acheté un cd de leur vie…Je pense que c’est une utopie faussement libertaire. Je suis OK pour que la musique soit gratuite, mais l’alimentation et les factures d’EDF doivent l’être également. Pour, clore mes réflexions j’ajouterai que les écoles de commerce ont fait beaucoup de mal au niveau de la direction artistique des majors.
Le label Martyrs of Pop a-t-il été crée en réaction à tout cela ? Quels sont les gros chantiers pour 2007 ?
M.O.P c’est surtout le moyen de m’occuper de sorties dont personne n’aurait peut-être eu l’idée de s’occuper auparavant. Pour 2007, il y’a des rééditions de prévue (mais chut, tant que rien est encore officiel, je préfère rester flou), un 45T avec Kevin Coral (The Witch Hazel sound), V.D.P , un featuring de Bertrand et moi même. L’album d’un jeune prodige (je sais ils disent tous ça, mais là c’est vrai…) venu d’Albion , Monkberry Momma. Il y aura trois DVD’s dans la collection grâce à l’entremise de Chalet Films, trois films magnifiques, « The Commitee » un bijou kafkaien et très british de 1968 (avec musique inédite des Pink Floyd, juste après le départ de Syd Barrett, « Tales from the Rat Fink » sur ED « Daddy Roth » le précurseur de nombreuses tendances graphiques actuelles et icône de la culture surf et skate (featuring Brian Wilson et Tom Wolfe) et enfin « Mondo Hollywood » sur l’époque psychédélique à la fin des 60’s à L.A (avec pas mal de figues connues dont Zappa et Bobby Beausoleil). Il y a aussi mon album en court de réalisation avec beaucoup de collaborations diverses. J’ai envoyé des mélodies a capella et des textes à des artistes dans le monde entier de Sean O’ Hagan (High Llamas) à Nicolas Verhnes (producteur de Fisherspooner), puis une fois leurs titres « récupérés » on les retravaille en studio avec Dorian/Alexis (Campart), un type génial !!! On a une publication et un TV show en préparation également avec Mr Media Phosphen.
Toi que l’on compare souvent à Burgalat, pour le goût du défrichage (C’est à toi que l’on doit la découverte d’April March), toi qui est également musicien, que penses-tu de la situation actuelle de Tricatel, en plein marasme financier ? N’est-ce pas difficile d’être artiste et patron de label, sont-ce deux mondes paradoxaux qui ne peuvent cohabiter ?
Je ne suis pas musicien, je chante, j’écris des textes, je conçois des mélodies, mais je ne joue pas d’instruments, c’est là mon grand regret. Je me dis qu’a 37 ans, il est peut-être trop tard pour s’y mettre. La comparaison avec Bertrand me gêne un peu, lui est un véritable multi instrumentiste et puis ce n’est pas parce qu’on partage des goûts et des affinités que nous n’avons pas nos propres univers distincts et heureusement, j’ai envie de dire !!! Tricatel s’en sortira mieux que certains majors tu verras. Universal va imploser et finir par ne vendre que des sonneries de portables pour rachitiques du bulbe, tout simplement parce que son fonctionnement coûte trop cher, alors que Tricatel perdurera…Il y aura plus de place pour les niches et les micros éditions. Déjà les audiences des gros mastodontes de l’audiovisuel s’effritent signe que les publics se dispersent, en pleine période me massification de la culture, les tribus de la « contre-cultures » veulent se réapproprier un peu d’espace. Artiste et patron ?? Moi je suis plus flippé quand le patron est un gestionnaire déshumanisé sous des dehors de coolitude….
Tu es aussi journaliste, comme nous le disions. Quel est ce projet de livre pour mars 2007, peux-tu nous en dire un peu plus…….
C’est un ouvrage qui sortira avant l’été je pense aux éditions les cahiers du rock. Le sujet en est la sunshine pop , en gros toute la pop harmonique post « Pet Sounds » des Beach Boys à Polyphonic Spree ainsi que la « bubblegum pop » soit la pop « préfabriquée » pour les ados et post ados des Archies aux Spice Girls en passant par les Bay City Rollers, le glam rock et Blondie. Des gens comme Kim Cooper ou Domenic Priore m’ont bien inspirés, ainsi que Bertrand Bugalat qui est le premier qui en France m’a parlé de Bubblegum. Mais, le bouquin relate aussi la Bubblegum et la sunshine pop version française (de « Banana spilt » à « Papa est mort » de Katerine) . On rencontre dans ce bouquin des inconnus des stars, des magiciens de l’ombre et j’espère que le tout est un bon prisme pour comprendre le fonctionnement de la pop. Je suis content j’ai pu interviewer certaines de mes « idoles », Paul Williams (Swan dans phantom of the paradise), Tony Asher (parolier de Pet Sounds), Margo Guryan, Jacques Duvall (parolier de Lio et de Chamfort), Joey Levine, John Carter (Winchester cathedral la musique du gros pouce de la banque, c’est lui !!) et des tas d’autres….J’en profite pour remercier Frederic Faure et Jean-Pierre Turmel de Sordide Sentimetal, des amis qui m’ont beaucoup aidé pour la rédaction de l’ouvrage, avec leurs précieux conseils et leur culture pop encyclopédique riche en enseignements.
En tant que journaliste, quel regard portes tu sur la presse en 2007,la presse papier a-t-elle selon toi un avenir, ou sommes nous à un tournant technologique qui verra le web supplanter les modes de production actuels de l’information ? Idem pour le système de production musicale….
Oui il y a un avenir pour le papier mais soit pour le super trash bas de game, du genre de la presse tabloïd anglaise ou les petites niches CSP++ qui veulent des produits haut de gamme. Plus tout ce dématérialise, plus le goût pour le bel objet va revenir, du moins pour ceux qui en auront les moyens, financiers et culturels. Bon, le web, c’est pas la panacée, je suis sur que pas mal d’Omar Arfouch en herbe vont venir polluer l’info et la production. C’est comme le western, il y aura des heroes et des villians (référence à une chanson de Brian Wilson) .
Revenons au défrichage musical, peut être l’aventure la plus excitante. Tu vis à Rouen, qui est également le « siège social » de Martyrs of Pop. On a l’impression vu de Paris que Rouen devient une plaque tournante pour la création musicale, avec Steeple Remove, Nina Bobsing, The Elektrocution…… Quelles en sont les raisons selon toi ?
Les groupes que tu me cîte sont effectivement ce qu’il y a de mieux depuis Marcel Duchamp à Rouen. Mais, bon, on a aussi notre lot de merdes festives à dreadlocks et Ganja citoyen, pas mals de groupes de prof rock (le prof rock c’est du rock chiant inspiré par Calexico, ou Mogwai, ou pire Noir Désir) qui portent barbe et mangent des quiches tièdes dans des locaux associatifs ou ils écoutent du Laura Veirs. C’est triste. Je dirai, qu’il y a de bonnes choses à Rouen, certes… mais il ne faudrait pas croire que la ville soit active, c’est quand même le grand désert culturel, pour clore le sujet, parfois j’ai l’impression de vivre dans une dictature soft, je n’ai pas l’impression que la délocalisation sur le plan culturel a été un franc succès, du moins pas en haute Normandie. Dès que j’ai du fric je part vivre à L.A je l’ai toujours dit…
Nous sommes nombreux à la rédaction à penser que Gulcher est le groupe de l’année 2007, Gulcher qui est un groupe que tu soutiens ardemment. A quand remonte ta rencontre avec Alexander Faem ?
C’était il y a fort longtemps, je me souviens même qu’a l’époque les ignobles Béruriers noirs ornaient les sacs U.S des Lycéens. C’était à la fin des années 80, une des périodes les plus sombre de notre histoire. Notre mauvais esprit, nos enthousiasmes culturels et notre sens commun de l’humour nous a réunis, merci Dieu. C’est grâce à Alexander que j’ai pu enregistrer un « Tribute to Alain Delon & Jean-Pierre Melville ».
Si tu devais parier sur un groupe en 2007, qui serait-ce ?
Of Montreal , High Llamas, les Vedettes (elles sont belles), Kevin Coral & The Witch Hazel sound et Monkberry Momma…
Jean Emmanuel Deluxe, c’est quoi être pop en 2007 ?
Hum…Il ne faut pas oublier que dans pop, il y a populaire. Les mecs qui faisaient de la pop à la base cherchaient le hit mondial. L’indie rachitique ça n’était pas leur truc. Pour moi pop, ça veut dire accessible et de qualité. Être pop, c’est aller voir Brian Wilson à Paris au grand Rex le 26 Juin. C’est avoir comme son nom au générique et dans le livret du CD de la bande son de Grinhouse le dernier Tarentino (merci April March) . En même temps une personnalité est multiple, la mienne n’échappe pas à la règle, j’aime aussi des choses qui ne sont pas pop. Quelqu’un de génial comme Jean-Pierre Turmel par exemple est un peu devenu une icône de l’indus alors que c’est aussi un fan de Bubblegum, on a tous des paradoxes. En tout cas, la pop ne doit pas devenir comme le rock réductible à quelques clichés rétro aussi tristes que le perfecto de Bertrand Cantat. Malheureusement, c’est le lot de toutes choses les récupérateurs caricaturaux frappent régulièrement. Donc être pop c’est aussi savoir séparer ses April March de ses Mareva Galanter.
http://www.myspace.com/jeanemmanueldeluxe
http://www.martyrsofpop.com/
Interview par Bester Langs
23 commentaires
Un radiateur n’est peut etre pas loin….
Il a raison, JED, Noir Désir c’est crapoteux…
Oui bon c’est un peu la bataille du noir & blanc contre la couleur cette histoire………
J’ai parfois l’impression d’avoir affaire à des japonais dans un contexte purement professionnel qui tenteraient de m’expliquer que le recours à la sensiblité et aux sentiments ne saurait être une caractéristique de l’être humain mais de l’animal, cherchez l’erreur…Mon but n’est pas de rendre Noir Désir plus populaire qu’il ne peut l’être mais simplement d’avoir l’honnêteté de remarquer que ce sont ni des arrivistes ni des vendus, en bref j’ai très envie d’admettre leur valeur intrasèque. Et par dessus le marché,j’ai bien du mal à comprendre et à concevoir que l’intérêt porté à un quelconque courant alternatif puisse justifier l’apologie de merdes en boîtes et la décridibilisation des artistes méritant de la reconnaissance pour leur travail en tant que tel. A bon entendeur, salut!
Tu devrais écrire tes articles comme ca. C’est incompréhensible mais très joli.
Comme une femme.
on comp rien
Tu as raison. On comprend rien à ton commentaire.
Bester
Même pas les couilles de citer le nom des groupes rouennais sur lesquels ils crache ce gros nul…
Pfffff s’il pouvait se casser, ça nous ferait des vacances !
C’est qui ce naze?
Et le musée des Beaux-Arts? et Mr Crocrodile? et le Scopitone? et le 106? Et Derrière La Salle De Bain? et l’Oreille Qui Traîne? et Rhyzome? et nous???
Et puis on m’avait raconté que l’expression ‘prof rock’ venait du nombre impressionnant de profs membres actifs d’Avis de Passage…
Et à ce propos, je cherche encore quelles associations pro-quiche-tiède sont visées dans cette diatribe contre-rouen, et puis j’essaye de me rememorer une vision du râleur peut-être croisé en concert, et puis je me rends à l’évidence: Je ne l’ai jamais vu nul part.
Dommage, c’est difficile de critiquer des milieux que l’on ne fréquente pas depuis Marcel Duchamp.
Mégalo-défaitiste, quand on veut, on peut.
L’aéroport n’est qu’à 2h d’ici.
Bon je sens comme une vague venue de Rouen, avec des houles et des lames de fond.
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La seule chose que j’ajouterai ici c’est que Deluxe met son vrai mail, ce qui (je peux me tromper) n’est pas le cas de ses détracteurs.
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Peur d’être re(connu)?
Mon pseudo est celui de mon myspace, et les rouennais reconnaîtront les indices laissés dans le message.
ouais c’est ça va donc procrastiner à L.A sombre branleur, on t’entendra peut-être un peu moins chouiner ta mère de là-bas.
mais en fait à rouen y a plein de blaireaux qui deviennent agressifs dès que quelq’un ne les adule pas complètement ?
c’est ça ? non mais je pose la question moi, c’est tout..
(comment ça polémique…)
y’en a juste un seul, t’étais pas très loin.
héhé.. ceci dit, jolie répartie.
Tiens, le 30 nov il y a Bishop Allen qui passe à l’Empo. De le pop new-yorkaise signée chez Dead Oceans, ramification de Secretly Canadian. Enfin de la pop de qualité quoi.
Juste pour dire que l’ interview date d’ avril et vos commentaire de novembre! juste pour l’ info James brown et Tony Wilson son mort.
gulps!!
C’est dingue quand même!!! L’honneteté paie mal-
Sinon, le Scopitone j’aime bien, le 106 aussi et tutti quanti-
Mais il manque quand même une vraie vitalité à cette ville. Quid bene amat bene castigat comme disais l’autre- Si j’ai ems un commentaire sur Rouen, c’est que cette ville m’importe- Dommage qu’a chaques fois l’agressivité prime-
Pour 2008 c’est décidé je ne dit plus de mal de personne!!!
Je vais faire comme Drucker!!
Je vais faire un commentaire cliché, au raisonnement simpliste mais de circonstance:
Y’a que la vérité qui blesse et JED dit la vérité.
Noir Désir c’est de la M-E-R-D-E en barres: tout ce qui va pas en France.
Les Français sont des cons imbus, nombrilistes et attardés qui s’ignorent comme dans l’administration qui est une invention française (Napoléon): “vive les tribus gauloises!”
Moi aussi, si j’avais les moyens je partirais.
Comme çà tous les cons pourront rester heureux entre eux, arrêter de rendre les autres misérables et ce serait le paradis sur terre!




ETRE DIEU
Gülcher et Of Montreal, carrément craquant!!! Mais faut surtout pas tailler Noir Désir de cette façon, à moins que Cantat ait piqué la gonzesse de ce
bon Jean-Emmanuel