« J’ai senti le vent tourner, quelque chose de bien allait arriver. »
Je ne pense qu’à une blonde et ce n’est certainement pas Brigitte Bardot. Le soleil a l’air de se lever au bout de la route. L’horizon dégagé, l’ombre des éoliennes se fait menaçante. La région Centre a donc prêché pour l’écologie. Pourtant les élus ont utilisé moult gobelets en plastique pour s’astiquer la panse au rhum ce soir. La voiture fonce comme une balle d’argent sur l’autoroute, direction nord, direction le soleil levant. La lumière pâle devant nous, la ville lumière. Il n’y a pas l’ombre d’une quelconque aurore… et pourtant.
Uh uh..Bernard Hermann et son Taxi Driver theme passe à la radio. Programmation insomniaque qui promet de faire des émules chez les auditeurs déglingués et en malaise politique. La radio passe de l’afro-beat et je désire mourir de chaleur dans un taxi du Mozambique. Sauf qu’il fait nuit sur l’Afrique. Le confort de la voiture est un peu comme la caresse du canon sur la tempe. L’estomac en élastique, on m’a dit que j’avais chié a côté du futur «trusteur» dans le jazz moderne. Ses 21 ans ne lui empêchent pas d’avoir des problèmes gastriques à l’entrée sur scène. Moi c’est l’alcool qui me joue des tours.
19H passé, installé au bar du festival jazz d’Orléans. Le patron préfère plutôt le rock. Tant mieux. J’ai croisé Dick Rivers il y a deux jours, Herbie Hancock est passé à deux mètres de moi aujourd’hui. C’est la semaine d’un vieux salopard. Mon ventre risque de rendre ; c’est cela la couverture des journalistes de haut vol. On ne peut pas couvrir efficacement un événement les idées claires. Trop d’horreurs dans ce bas monde. Le jeune pianiste de 21 ans dit qu’il va jouer du Radiohead avec Paul Mc Cartney ce soir et l’Arménie est plus célèbre pour son génocide que pour le génie de ses artistes.
15H, terrasse du Lutécia face à la cathédrale de 1479. Un mariage de Nappy expatriés en province. Wayfarer multicolore et jetons pour accéder au WC. Les filles sont en robe sans soutien-gorge, les garçons en costume sans cravate. Moi je pense à une blonde, mais ce n’est pas Brigitte Bardot. Mon Docteur Gonzo s’impatiente. Nous n’avons pas nos accréditations et sommes en train de louper les 2H de balance de Herbie H. Il fulmine, regrette ne pas avoir pris son shit sur lui. On trouve un consensus : l’interview de Lolita Pille chez Ruquier. Elle nous avait habitués à pire. Nous la considérons maintenant. Le mariage Nappy s’ennuie… Nous aussi. Coût de fil décérébré au journaliste Doud coincé à une heure de là. Coincé entre une nuit blanche et une gueule de bois. Nous ratons la balance de notre vie au profit d’une grenadine bien trop rouge. Orléans me fout des angoisses : ce n’est ni pollueur ni gothique.
Rien d’urbain dans cette ville ; juste des champs sur lesquels on aurait construit des églises. A mi-chemin entre Lille, Montpellier et Rouen… oui c’est cela : à équidistance.
Herbie H.22H. Je pense que notre pays se vante que pour la première fois de son histoire l’immigration clandestine est en baisse. Gargouillis, l’attaché de presse nous a prié de “ne rien tenter sur Herbie H.”. Ni kidnapping, ni interview. Je balance des vannes sur le Vietnam, on me les pique au comptoir. L’évènement est peut couvert. Photographes à la bouteille avec leurs objectifs sur le ventre. Je plane en plein délire. Le docteur gonzo est parti fumer dehors pour saluer tous les musiciens de Herbie H. « Mister Holland, it’s an honor to see you ». D. Holland, contrebassiste au festival de Wight avec M. Davis, sur Bitchess Brew… Il rend le salut. Personne ne l’arrête à son entrée sur scène, tous concentrés sur les minables musiciens de Tigran Hamasyan. Je me dénie de ne pas être venu ici pour Manu Katché. Un couple de vieux m’alpague pour ma fumée qui leur arrive sous les naseaux. Les gens autour pouffent. Je ne comprends pas le concept d’espace public.
Je ne pense qu’à une blonde, et ce n’est certainement pas Brigitte Bardot. Herbie H. nous parle du New Orleans, Katrina et Obama. Explosion électrique, Jazz funk, rythmique bite dans ton trou. Sodomisée par un vieux. Docteur Gonzo ira faire dédicacer ses vinyles à la fin du set, événement historique immortalisé par les journalistes régionaux. Promesse d’une chronique détaillée du concert pour la semaine prochaine.
Il est 3H, la ville dégeule son trop plein d’âme sur le trottoir. Passage par le 20éme, malaise. Je rêve de cuire dans un taxi au Mozambique. Être loin de cette ville morte. Ne peux m’empêcher de penser à toutes les impulsions créatrices gâchées par ces pierres et les fantômes qui les habitent. Putain de ville musée. Commotion crie dans ma tête, John Fogerty est aussi loin que moi. Go Back Home. Sans nihilisme. Juste un peu de peur et de dégoût.
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ETRE DIEU
hola