“Je supporte plus facilement ma misère dès que je songe qu’il y a des gens qui sont riches. L’argent des autres m’aide à vivre, mais pas seulement comme on suppose. Chaque Rolls Royce que je rencontre prolonge ma vie d’un quart d’heure. Plutôt que de saluer les corbillards, les gens feraient mieux de saluer les Rolls Royce.” Jacques Rigaut.Et si.
Et si le grand prix de l’élégance du chaos revenait en fait de droit à Jacques Rigaut? Celui qui ne se lassa jamais de déclarer à ses amis “Vous êtes des poètes et moi je suis du côté de la mort”, Rigaut, l’écrivain dandy qui flamba sur cette table jeu que l’on appelle la vie son argent, sa santé mentale, son physique. Rigaut, dont les seuls centres d’intérêt furent les femmes riches, l’argent, les drogues et le suicide. Le suicide comme fondement de son oeuvre et de sa vie, le suicide comme une philosophie, une obsession meticuleuse, le suicide qui n’est pour lui rien d’autre qu’une vocation: on y rentre comme en religion.
Après une enfance studieuse, en décembre 1916, il devance l’appel et s’engage dans l’armée. Il y découvre la mort, la vraie, et comprend que c’est à ses côtés qu’on se sent le plus vivant, la drogue, cocaïne, opium, héroïne et l’alcool auront la même fonction pour lui à la fin de cette guerre, autant de moyens de gommer cette difficulté d’être qui l’étreint, il devient la coqueluche du tout Paris, entre aux côtés de Breton dans le mouvement Dada, le mouvement dissout Rigaut fréquente assidûment les milieux littéraires et intellectuels parisiens, écrit peu, publie peu mais compense par une consommation frénétique de femmes, d’alcool et de drogues.
Puis à son retour de New York, où il suit une riche Américaine qui s’éprend de lui. Mais c’est cette fois-ci l’ennui qui l’étreint, le terrible ennui de l’homme revenu de tous les excès. Sa haine du monde qui l’entoure dépassant à peine sa haine de lui-même, il retourne ce pistolet qu’il voudrait pointer vers l’Humanité toute entière.
Mais peut on réellement parler d’écrivain au sujet de Rigaut?
Car jamais il n’écrivit ne serait-ce qu’un seul vrai roman. Non, en fait son oeuvre est principalement composée de fragments comme le fut sa vie, fragment de roman, de pièces de théâtres. Son oeuvre est faite exclusivement d’aphorismes ou de petites annonces:
« Je serai un grand mort»
“Jeune homme pauvre, médiocre, 21 ans, mains propres, épouserait femme 24 cylindres, santé, érotomane ou parlant l’annamite.Ec.Jacques Rigaut,73,Boulevard du Montparnasse,Paris(6e)”
Une oeuvre composée aussi bien d’écrits que d’apparition posthume autant dans la littérature que dans le cinéma. Parmi les romans que lui consacre son ami Drieu La Rochelle, Le feu follet reste le plus marquant, plus tard adapté au cinema par Louis Malle. Un roman qui conte les derniers jours de Rigaut, de son quotidien en maison de repos en passant par sa tournée d’adieu au milieu parisien jusqu’à son suicide.
“Essayez, si vous le pouvez, d’arrêter un homme qui voyage avec son suicide à la boutonnière” ne cessera-t-il de répéter à qui veut bien l’entendre. Personne n’arrêtera la course folle de ce jeune homme chic que la vie dégoûte.
Le 6 novembre 1929, dans une maison de repos de Châtenay-Malabry appelée «La Maison aux loups», Jacques Rigaut, alors agé de 30 ans, se suicide d’une balle tirée en plein cœur.
Mais laissons plutôt parler Rigaut, qui à 20 ans à peine rédige un court texte resté inédit jusqu’à sa mort, qui pourrait bien être paradoxalement l’histoire de sa vie:
“Son enfance…”
Son enfance avait été pareille à la plupart : rieuse, bruyante, autoritaire. Puis une jeunesse enthousiaste, confiante: n’avait-il pas le monde dans sa main?
On distingue mal à quels accidents ou absence d’accidents, on doit de le retrouver à la vingtième année, languissant, veule, en butte à on ne sait quelle espèce d’ennui autogène.
La contemplation du néant (il s’excusait avec une gentille rougeur aux joues d’avoir recours à de pareils poncifs) l’absorbait. De l’avoir une fois considéré, toute chose était égale, et toute ardeur découragée. Beau, du moins il n’était pas le seul à le trouver et maint regard de femme le lui conta, on s’étonnait qu’il dédaignât de prendre maîtresse.
Il avait pourtant cherché le plaisir, qui pareil désarroi, dut lui apparaître comme la pierre de touche propre à validifier la vie. Trois mois durant, ce furent coïts, alcools et stupéfiants; coucheries, bars et fumeries. En toute rigueur, ses gestes, ses paroles cherchaient dans le suicide une légitime et seule conclusion. Encore fallait-il ne pas la rater, cette facile mort et partir superbe, détaché et non comme une victime. Ce qu’on appelle les malheurs ne pouvait plus le surprendre; le jours qu’il apprit qu’il avait la syphilis, il mangea et dormit comme à l’ordinaire; il devait même avouer plus tard qu’il n’avait pas su se défendre de quelque joie vaniteuse à se sentir si parfaitement moderne.
Il choisit pour se tuer le jour où, à la suite du décès d’une tante, il devenait riche de plusieurs millions. Du moins ce fut ce jour qu’on le trouva dans sa chambre, la poitrine traversée de deux balles.
Comme chacun sait on ne meurt pas…
7 commentaires
je suis pauvre mais ça ne se voit pas
On dit UNE espèce quelque soit le nom qui suit BORDEL. En temps normal je ne dis rien Asmodée mais il s’agit de Rigaut. Pas le droit à l’erreur.
je suggère un apéro gonzaÏ au cimetière montmartre (première allée à gauche pas très loin sur la droite) sur ça tombe… le premier mai .
avec lectures et caetera … ça pourrait s’appeler “le premier ami”…)
un vieux chant
no scare no pride
just a suicide at my buttonhole
red, like the rose
par là
http://outremerchevalblanc.hautetfort.com/archive/2008/04/16/jacques-rigaut-at-my-buttonhole.html
à part ça un renouvellement de maudit s’impose….
Laurent, je parlais d’Alexandre dans LA MAMAN ET LA PUTAIN. Mais tu as raison, n’hésite pas.
“UNE espèce de sourire, à la Alexandre…” Quoi qu’il arrive, c’est tout, c’est la langue française. Alexandre ou Pauline c’est pareil.
OK. c’est bon Laurent




ETRE DIEU
[...]
Je suis surtout un jeune homme pauvre.
Chic plutôt.
Je ne sais pas, c’est à toi de me le dire.
Un espèce de sourire, à la Alexandre…