«C’est ceux qui en parlent le moins qui en mangent le plus ». C’est ce qu’on pourra graver sur la tombe de Jackie Berroyer quand un autre que lui écrira un recueil des enterrements auxquels il aura assisté. Parce que Berroyer fait partie de cette catégorie de personnes que l’on peut qualifier d’underground. Des figures dont on entend peu parler mais qui dans l’ombre, mine de rien, raflent la mise et ne s’en vantent jamais.
En fait Jackie Berroyer est l’underground. Jugez plutôt : un bras d’honneur à la fonction publique pour aller grossir les rangs de tout ce que les années 80 et 90 comptent de médias dans le coup. Ancien d’Actuel, Hara-Kiri, Libération, Rock&Folk, Nulle Part Ailleurs et le cinéma aussi. Un sans faute, la grande classe.
« On ne se voit plus qu’aux enterrements, heureusement il y en a souvent ». On voit déjà s’afficher sur vos visages le rictus de celui qui comprend la vanne. Le même que lorsque vous découvriez la une de Charlie-Hebdo, tout gonflé d’autosatisfaction.
Et le bouquin alors? Un recueil de chroniques parues dans Hara-Kiri où le père Berroyer (ou tonton Jackie) divague de cimetière en cimetière au grès des cadavres qu’il y a à se mettre sous la dent : Coluche, Pacadis, Reiser ou le concierge d’Hara-Kiri…Que du lourd en somme. Pour l’instant, c’est plutôt simple comme concept. Il suffit de lire les rubriques nécrologiques, de se pointer au cimetière et de faire le papier.
Bête, oui, mais méchant aussi. Car il sait y faire le Jacko méchant. Et avec le lecteur en plus, balloté de page en page ! Jackie parle, divague, digresse, sur son enfance, son père, ses morts échappées belles et puis, parce qu’il faut bien en parler, sur les morts côtoyés. Il semblerait que ce livre, personne ne l’ai relu. On dirait qu’il a suffit de ressortir les archives d’Hara-Kiri et de faire ce qu’on appelle aujourd’hui, avec tant de désinvolture et dans la précipitation, un copier-coller dans le désordre. Du coup on se farcit des morceaux de réflexions métaphysiques plus ou moins fumeuses et des références qui fleurent bon la grande époque de Mitterrand (qui était tonton lui aussi) et des Rita plus trop Mitsouko.
Enfin, pour légitimer l’entreprise, Berroyer a cru bon de nous gratifier à la fin de chaque chronique d’une sorte d’explication de texte actualisée. Vraiment fallait pas te casser Jacky, on avait compris.
A force de soulever les macchabés, on finit quand même par tomber sur une petite pépite. Sorte de dent en or qui reste là après la putréfaction du corps. C’est une nouvelle figurez-vous. Deux pages et demi, pas plus, A l’époque on tuait beaucoup que ca s’appelle. Un titre définitif d’une grande poésie, d’un cynisme et d’une noirceur abyssale. Comme quoi Guy Georges, Fourniret et Emile Louis n’avaient rien compris…Ils n’y mettaient pas l’innocence et la joie de vivre, voilà tout. Pas assez de cœur à l’ouvrage quoi. Le style « excusez-moi pardon » de Berroyer marche encore, contrairement aux croquis de ce pavé tombale.
Et n’oubliez pas : si vous ne pouvez pas acheter le livre de Jackie Berroyer, volez-le.
Jackie Berroyer // On se croise qu’aux enterrements, heureusement il y en a souvent // Editions Le Cherche-midi
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