97

JACK BLACK You Can’t Win

Dans un bordel du Deep south un jeune noir fougueux lacère un piano de ses dix doigts, accompagnant la voix éraillée d'une pute à la bouche édentée d'où (...) suite

Dans un bordel du Deep south un jeune noir fougueux lacère un piano de ses dix doigts, accompagnant la voix éraillée d’une pute à la bouche édentée d’où sort inlassablement la même phrase plus scandée que chantée:

You can’t win…
You can’t win…
You can’t win…
You can’t win…

you-cant-winLe bar va bientôt fermer et le black au piano se rêve en Jelly Roll Morton des grand soirs, l’autre (la pute), malgré l’alcool et l’heure tardive, sait pertinemment que pour elle il n’y aura plus de grands soirs. Que des petits matins.

Scène classique au tournant du siècle dans cette ouest américain où décadence et banditisme font alors chemin commun. Trains de marchandises, pensions bon marché, fumeries d’opium, tribunaux, geôles de campagne et pénitenciers.

Voilà les grandes lignes qui composent le seul et unique roman de Jack Black : You Can’t Win.

Qui nous fait ici rencontrer un peuple d’américains dont les livres d’histoire ne disent rien, un peuple volontairement souterrain, avec ses codes, ses règles et ses héros.

Un monde Underground, oui tout a fait.

Car Black, dès son plus jeune age, choisit de marcher sur le mauvais coté de la rue et c’est bien content qu’il nous prend par la main nous entrainer avec lui dans la descente. Des trains de marchandise de sa jeunesse remplis de Hobos qui lui permettent de voir du pays pour rien, de son entrée dans la grande confrérie des casseurs de coffre, les Yeggs, en passant par la description de ses longues heures passées allongé sur une natte au fond de la pire cave de Chinatown à inspirer de longues bouffées d’Opium.

Cut.

Jack Black“Je m’intéressais aussi aux poisons, aux plantes médicinales et aux drogues. Je découvris que l’on pouvait fabriquer une morphine de très bonne qualité à partir de laitues et le vérifiai avec celles du potager de la prison. Je lus tous les articles ayant trait au sommeil et au rêve et appris quel genre de bruit était le plus susceptible de réveiller une personne endormie, quand son sommeil est le plus profond et à quelle heure de la nuit elle est la moins courageuse. Aujourd’hui, je peux m’asseoir dans le hall d’un hôtel et savoir qui a un sommeil profond, normal ou léger.”

Lire ce livre confine au Darwinisme, tant c’est toute la littérature Beat qui y est en gestation. Le chainon manquant entre le Voyage au bout de la nuit et Sur la route.

Jack Kerouac, Hubert Selby Jr… William Burroughs qui reconnait s’en être largement inspiré lors de l’écriture de son premier roman Junky… Tout déjà est là : le style, la prose, les obsessions… TOUT.

You Can’t Win se veut le récit de la vie criminelle de Jack Black, de son initiation, de son apprentissage près d’artistes du cambriolage, de ses succès et de ses revers publiés par un homme en fin de route qui peu de temps après disparaitra probablement noyé dans le port de New york, ne laissant derrière que ce livre et une montre retrouvée chez un prêteur sur gage.

BORN TO LOOSE.

4 commentaires

A noter une réedition francaise:
http://fondeursdebriques.neuf.fr/argu-yegg.html

Commentaire par charles von strychnine, le Lundi 13 octobre 2008 à 0:34

si j’avais touché un cent à chaque fois que j’ai lu ‘loose’ ou ‘looser’ j’aurai déjà racheté natixis.

Commentaire par luc, le Lundi 13 octobre 2008 à 10:51

Précision : ce n’est pas une réédition qui est parue sous le nom de Yegg en 2008 mais une nouvelle et première traduction du roman entier. Avaient été traduits quelques extraits avant-guerre dans une revue, épuisée. La récente traduction est de Jeanne Toulouse et elle est publiée par un éditeur - Les fondeurs de brique - au catalogue court pour le moment mais très intéressant (exemple : http://fondeursdebriques.neuf.fr/argu-jonahraskin.html).

Commentaire par diebler, le Lundi 13 octobre 2008 à 12:16

QUOI ?
JACK BLACK a sorti un bouquin ?
il a un peu vielli mais l’acteur de “Pick of Destiny” n’est pas à ça près…
-merci pour la decouverte-

Commentaire par lou ride, le Lundi 13 octobre 2008 à 15:03

Laisser un commentaire