Mettre les iconoclasses de Gülcher en face des poètes post-punk de Poni Hoax. Autant lâcher fans de Roxy Music et des Stooges dans la même enceinte. Le fantasme était tentant. Les premiers habillés de tweed anglais, les seconds plus cuirs, le genre qui colle à la peau. Au final ? Une rencontre foutraque suintante de sincérité et de dérision. Car au final, ils ont compris. Compris que la musique n’avait pas besoin d’explication pour se comprendre. Dérushage instantané d’un rendez-vous brulé au second degré.
Quelle image aviez vous chacun l’un de l’autre finalement, vous ne vous êtes jamais rencontrés, tout au plus croisés…
Nicolas Ker (Chanteur de Poni Hoax) : Gülcher c’est une fleur qui se réveille à l’aube, une fleur éveillée à la rosée (Rires)
Vincent (Batteur de Poni Hoax) : Je les voyais plus beau que ca en fait, je sais pas si je vais les baiser ! (Rires). Sérieusement j’aime bien, c’est pas mal. Ca nous parle.
Alexander Faem( Guitariste de Gülcher) : Poni Hoax on a découvert comme tout le monde par la presse, il y a surement des connexions communes.
Laurence (Chanteur de Gülcher) : Surtout via les chroniques qui nous rapprochaient… Face à toute la scène parisienne qui est très bas du front, ca fait du bien de voir qu’il y a une poignée de groupes qui font autre chose.
Lorsque tu parles de rock bas du front, tu penses à Nicolas qui a un début de calvitie ? (Rires)
Laurence : Non bon, j’avais même pas remarqué…Je parle des groupes de rock binaire en fait.
Nicolas, tu me disais avoir 37 ans, vos approchez tous de la trentaine…L’âge joue-t-il une place importante dans votre façon d’aborder la musique ?
Laurence : Déjà à 12 ans j’avais les mêmes gouts musicaux, la même démarche, je trouvais déjà ringard les Rolling Stones..
Nicolas : Ah moi jamais, j’ai jamais trouvé ringard les Rolling Stones ! Jamais. C’est le groupe ultime.. Keith, Brian. T’as vu One plus One ?
Laurence: Ouais ouais…. J’ai zappé tous les moments avec les Stones…
Nicolas : Le rock&roll c’est uniquement des fringues. C’est la religion et des fringues. C’est Jésus avec des boots. Après si tu veux faire de la musique tu fais de l’opéra !
Laurence : Et bien c’est ce qu’on essaye de faire… La religion m’intéresse un peu, le rock pas du tout.
Bon, ok, le rock c’est pas le point commun. La littérature ? Gülcher, le nom de votre groupe est extrait du livre éponyme de Richard Meltzer, Ponihoax peut référer à des univers lovecraftien…
Laurence : Disons que ca sonnait bien. Après j’en ai rien à foutre, j’aime bien Meltzer mais il n’y a pas d’hommage ou de révérences.
Nicolas : En fait Hugo et Lovecraft sont deux de mes auteurs préférés. Aux cotés de Proust et d’autres. J’ai beaucoup lu avant, puis ca m’a rendu con. Tu connais Bouvard et Pécuchet?
Euh… Non.
Nicolas : Ca c’est le livre terminal, de Flaubert. Il ne l’a pas fini d’ailleurs. Il dit que lorsque tu lis trop tu deviens totalement fou. Lis le c’est intéressant.
Finalement tout vous oppose, rock, littérature…
Laurence : Pas du tout mais je ne savais pas qu’il aimait le rock&roll !
Alexander Faem : Disons qu’on nous a harcelé avec Gülcher, les références littéraires. On n’est pas un groupe d’écrivains faisant de la musique.
Quelle est la finalité de vos groupes respectifs ? Au delà de l’autodestruction que je ressens chez Ponihoax, on ne peut pas dire que vos équilibres de vie soient recommandables..
Laurence : Des disques qu’on arrive à écouter. Sinon on a qu’à tous faire du ska festif..
Nicolas : Ca vend pas tant que ca le ska festif tu sais..
Laurence : Oui mais t’a toujours une place dans les festivals ! (Rires)
L’étiquette post-punk qui vous poursuit… Il y a surtout des mélodies pop finalement, en creusant..
Nicolas : Moi je suis un punk, pas post-punk. Je suis un punk conservateur.
Vincent : Et PD en plus.
Nicolas : Voila, punk conservateur PD, c’est bien de préciser. Haut du front en plus.
Vincent (qui s’emballe) : Non mais il y a des mélodies dans toutes les musique. L’autre fois j’étais au Mali en Afrique, il y avait du tam-tam ca faisait des mélodies. Je me suis dit : «Voila les mélodies sont partout »
Alexander Faem : Oui puis la pop malienne ca marche bien… (Rire général)
Quand on parle de vos voix.. Ce ne sont pas de grandes voix (Tollé général). On parle de Gülcher comme du meilleur album chanté en yaourt..
Vincent : Ca ne m’aurait pas plus ca… T’as pas une grande voix mais t’as un grand cœur !
Laurence : C’est un ami à moi qui a écrit ca, je l’ai corrigé tout de suite. Je ne suis pas vraiment d’accord avec ca….
Nicolas : Mais j’ai une grande voix moi ! Ecoutes ! ( Il se lance dans une impro’ vocale sur Joue pas de François Feldman). Tu vois le groove que j’ai ?!
Vincent : Oui c’est spécial quand même…
Alexander Faem : Ce n’est pas forcément l’harmonie vocale le plus important. C’est l’osmose des instruments qui fait la différence..
Vincent : C’est marrant on a le même discours au Crédit Agricole ! (Hilarité générale)
Alexander Faem : Je m’en fous je suis à la Bred moi..
Laurence : Ou alors pour parler des voix, on ferait un truc à la Balavoine avec son backing-band… Le but n’est pas de faire des vocalises en faisant le mariole. Je joue de ma voix comme d’un instrument.
Nicolas : Nous nos instruments, ce sont nos sexes turgescents.
Y-a-t-il des chanteurs qui vous ont marqué, dans le style «anti-voix » ? Le genre inclassable ?
Sandri : On a vu The Fall en concert l’année dernière et on s’est dit qu’on avait de la marge…
Vincent : Ce truc là est très français, en France du moment que t’es textes sont pas trop cons on te pardonne tout. Tu prends Delerm, moi je trouve qu’il écrit comme un calamar, mais ca marche.
Nicolas : Moi mon idole c’est Sinatra. Bowie et Sinatra. Je veux finir comme Sinatra.
Avec ta consommation de cigarettes en concert c’est plutôt mal barré non…
Nicolas : Tu crois pas que Sinatra ne picolait pas, qu’il fumait comme un trou ? Dean Martin aussi. Ca les a pas empêché de réussir… Disons qu’à un moment j’étais dans le rock&roll et j’ai pris des mauvaises habitudes dont j’ai du mal à me détacher. Il n’y a pas de revendications ni de messages autodestructeurs.. Je n’ai plus 15 ans.
La tentation de travailler ensemble ne vous a jamais titillé ?
Alexander Faem : Faut d’abord qu’on couche ensemble.
Vincent : Oui. Et qu’on couche avec vos copines.
Laurence : Sinon on pourrait faire un duo ensemble, une chanson bien gnan-gnan type Emily Loizeau. Ou non, Music is my lover par Daphnée. C’est «sublime».
Gülcher, Coming soon, votre label, se casse la gueule et ferme ses portes. La suite ?
Laurence : La France manque de grands labels indépendants, dans tous les sens du terme..
Alexander Faem : Universal est autant dans la merde que de petits labels. Je suis persuadé qu’on viendra nous chercher, si on continue.. C’est le cas des groupes comme Mercury Rev, qui a commencé par des albums intimistes et qui a explosé par la suite.
Laurence : On a toujours plus été dans une démarche à la Flaming Lips qu’un truc à la Strokes.
Poni Hoax ?
Laurent Bardainne (clavier de Poni Hoax) : Nous on finit le mixage du second album, avec un maxi en juillet, Antibodies. L’album sortira avant fin d’année. Ca s’appellera Images of Siegried.
Laurence : Pourquoi Antibodies, ca parle de quoi ?
Nicolas : … J’ai passé un an de célibat, je me tapais des nanas à la chaine.. Ce n’était même plus du sexe, je ne me rappelais plus de leurs visages.
Bon…. On finit comment là ?
Vincent : On peut dire que la France ce n’est plus ce que c’était. (Rires)
On a eu droit en début de rencontre à la définition de Gülcher par Poni Hoax. Alors Gülcher, vous les définissez comment les Poni’ ?
Laurence : Ils nous ont défini comment déjà ?
Des fleurs écloses..
Laurence : Oui c’est pas mal…
Vincent : T’as qu’à dire «Ta mère est bonne», j’imagine le nouvel album : Images of Siegried, ta mère est bonne. Quel slogan ! (Hurlement de rire général)
Laurence : Pour Poni Hoax je dirais… Un bouquet de fleurs noires.
Vincent : Et si un jour vous vendez des millions d’albums, on pourra faire vos premières parties ?
Laurence : … Tu sais c’est jamais les groupes qui décident…
Photos: Lasido
http://www.myspace.com/gulcher
http://www.myspace.com/ponihoax
4 commentaires
Attends, je te traduis: Je pense qu’il aime plus dieu que Keith Richards.
j’avais capté, merci ! le truc c’est qu’il y a énorme beaucoup en commun entre la religion US et le rock, notamment dans le sacré (le Verbe / l’électricité), l’incarnation, la transe, la peur de la sexualité et le déchainement des passions… Un jour Lennon a dit : “Je ne sais pas qui - du rock’n'roll ou du christiannisme - diparaitra le premier.” C’était juste avant qu’il dise que les Beatles étaient à son sens “aujourd’hui plus populaires que Jésus Christ.” Mais ce n’est pas ça l’important, c’est ce qu’il dit sur la disparition du rock et de la religion chrétienne. Car ce qu’il dit là est à mon sens une grosse connerie. Le jour où le christiannisme disparaitra, le rock disparaitra ! Purement et simplement. Puisque le rock n’est qu’une réaction à nos fondements de vie chrétiens (puritanisme). En France c’est pour ça qu’on n’a pas vraiment du rock : on n’a pas la même vision et même pratique du christiannisme. A méditer… ou contredire…
La vie entre mecs n’empêche ça a du bon… ![]()




ETRE DIEU
ça part dans tous les sens ! sympa. mais que veut dire Laurence quand il dit que la religion l’intéresse un peu, le rock pas du tout? il aurait fallu lui tirer les vers du nez là-dessu, non ???