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GUITARES JACOBACCI Un atelier de guitare à Paris, 1924-1994

Saluons l’initiative des éditions d’art Somogy, associées au Musée des musiques populaires de Montluçon, pour la sortie de ce livre consacré aux pionniers de la guitare électrique made (...) suite

Saluons l’initiative des éditions d’art Somogy, associées au Musée des musiques populaires de Montluçon, pour la sortie de ce livre consacré aux pionniers de la guitare électrique made in France: les Jacobacci.

Si, aux Etats Unis, les monographies consacrées à Fender, Gibson, Gretsch et Rickenbacker sont légions, se lancer dans un projet couvrant l’histoire d’un atelier de lutherie parisien qui, au final, n’aura produit en soixante-dix ans d’activité que quelques centaines d’instruments, était un pari autrement risqué. Du genre de ceux que l’on apprécie ici.

Les Jacobacci - Vincent, le père, et deux de ses fils, Roger et André - sont étroitement liés à l’apparition de la guitare électrique en France. D’abord en produisant des instruments destinés au jazz, très inspirés des modèles Gibson, puis, à partir des années soixante, en équipant de leurs chatoyantes Ohio, Major, Texas, Royal ou Stevens, les groupes qui se réclament peu ou prou du twist et du rock’n’roll.

Le plus incroyable, dans cette histoire, est que la majeure partie de leur production n’est pas même pas estampillée Jacobacci. Elle porte simplement le nom des distributeurs pour lesquels ils sous-traitaient. Ainsi, dans les premiers temps, leurs guitares étaient-elles vendues sur la place de Paris sans que l’on sache qui les fabriquait. Ce n’est qu’à la suite d’une brouille avec le distributeur Major Conn - qui continuait à payer leur production sur la base de tarifs négociés des années plus tôt -, que les détaillants parisiens apprennent la provenance de ces rutilants instruments qu’ils écoulent par dizaines. Dès lors, ils s’adressent directement aux deux frères qui, sur l’insistance de leurs clients musiciens, commencent à signer leurs instruments (de 63 à 66, ils utilisent ainsi la marque Rogands, mélange de leurs deux prénoms, Roger et André).

A travers ce livre, se dessine aussi le portrait d’une industrie musicale balbutiante. En fait, il s’agit ici de micro-entreprises. Généralement, les premiers fabricants d’amplificateurs ou de micros (les fameux Benedetti) ont commencé le dimanche, dans la cuisine familiale. Ainsi naissent les compagnons privilégiés des Ohio et des Stevens : les amplis Garen ou R.V., pour Radio-Vidéo. (Utiliser le mot « vidéo », dans les années soixante, alors que la vidéo n’arrivera dans les foyers que deux décennies plus tard, est d’ailleurs assez surprenant.)

Les Jacobacci sont aussi de grands innovateurs. Leur distributeur exigeant des prix toujours plus serrés, ils conçoivent, dès 1961, les premiers manches en métal, qui équiperont les Ohio. Ils sont aussi à l’origine des premières basses six cordes qu’utilisent les groupes de twist.

Des pages sont aussi consacrées aux utilisateurs de ces instruments. On assiste ainsi à l’évolution du rock français, des sixties aux seventies, du Golf Drouot au Gibus, des Chaussettes Noires à Bijou. Sans oublier Magma. On s’arrêtera sur Henry Padovani (Police, Electric Chairs, Flying Padovani’s), parti à l’assaut de Londres en 1976, avec une Jacobacci Studio 3 pour tout bagage.

Mais avant tout, cet ouvrage mérite l’attention parce ces guitares sont… belles ! En le refermant, on se prendra à regretter d’avoir échangé, contre une Aria Pro II, cette Ohio au vibrato rouillé qui dormit si longtemps dans un placard, entre un Teppaz et une pile de E.P. de Johnny.

Editions Somogy – 240 pages – 437 illustrations – 39 euros

Site consacré aux guitares Jacobacci : http://lesguitaresjacobacci.free.fr/page00.htm

2 commentaires

Un livre captivant et instructif pour les néophites curieux de savoir, de connaître et de comprendre; livre qui découle d’une superbe exposition temporaire qui a pris place depuis le mois de juin dans le château des ducs de Bourbon à Montluçon, et se terminera avec l’année 2007.

Commentaire par Clotilde, le Lundi 30 juillet 2007 à 17:48

expo que je n’ai pu visiter que sur le net et qui a l’air partuculièrement intéressante, c’est vrai !

Commentaire par Elmo Lewis, le Lundi 30 juillet 2007 à 18:24

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