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GUILLAUME DASQUIÉ Free press

On ne fait plus confiance aux journalistes. Qui croit encore à ce qu’il lit sur Internet ? Peut-on vraiment faire confiance aux journaux ? (Si, du reste, on (...) suite

On ne fait plus confiance aux journalistes. Qui croit encore à ce qu’il lit sur Internet ? Peut-on vraiment faire confiance aux journaux ? (Si, du reste, on les lit encore.)

A l’heure où les médias sont soupçonnés des pires infamies (corruption, accointance avec le pouvoir en place, etc.…), il reste en France (et ailleurs parait-il) quelques irréductibles de la presse libre. Free Press disait-on il y a quelques années. Et oui, certains ont encore « une certaine idée » du journalisme, comme aurait pu le dire le père De Gaulle.

Seulement ces têtes brûlées, journalistes vengeurs, sorte de Tintin survitaminés pourraient être en voie de disparition. L’affaire qui a concerné Guillaume Dasquié le prouve. Victime d’un dépôt de plainte de la part de la ministre de la défense ; perquisitionné et placé en garde à vue pour un article publié dans Le Monde du 17 avril dernier consacré à la connaissance que la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE) avait d’Al Qu’Aïda avant le 11 septembre 2001. Alors quand on a su que le garçon payait sa tournée dans un bar du IV° arrondissement de Paris et bien, comment dire…On a foncé.

Allez tchin-tchin, à la liberté de la presse.

Est-ce qu’en devenant journaliste vous vous attendiez à ce genre de situation ?

Le problème de l’époque c’est qu’il y a beaucoup d’attachés de presse et pas beaucoup de journalistes. On ne sait pas bien quand est-ce qu’on produit une information selon une démarche authentique. Une chose est sûre : quand on fait du journalisme d’investigation sur des sujets touchants à la raison d’Etat et que la DST débarque à la maison, en général on peut être sûr qu’on a bien fait son boulot.

Comment est ce qu’un journaliste décide-t-il de sortir une info ou de la garder dans un tiroir ?

Quand un journaliste garde une info pour lui c’est qu’il ne fait plus son boulot.

Aujourd’hui voyez-vous une limite à la liberté de la presse ? Est-ce qu’on doit et est-ce qu’on peut tout publier ?

Je pense qu’on doit publier toutes les informations qui sont authentifiées et qui portent sur des questions d’intérêt général. Point à la ligne. Après c’est au mec en face, au lecteur, de se poser des questions. Il y a un principe de base : la raison d’Etat ne doit pas être leur raison à eux. C’est notre raison, c’est ta raison, c’est ma raison.

Le lecteur prend donc part activement au processus d’information ?

Bien sûr ! On est des citoyens, pas des consommateurs bordel !

Aujourd’hui y a-t-il beaucoup de pressions dans le monde du journalisme ? Et de quelles natures sont-elles ?

Je ne crois pas qu’il y ait des pressions. Il y a surtout une lente érosion du métier. Le problème du journalisme aujourd’hui c’est que ça devient de l’eau tiède. La difficulté réside dans le fait qu’entre les stratégies de communication et d’information, les frontières sont devenues trop poreuses.

Internet serait il alors l’avenir de la presse libre et indépendante ?

Je pense qu’une bonne info peut s’écrire sur du papier chiotte. Ce n’est pas une question de support mais d’intention.

Qu’est ce que vous pensez des sites comme Rue89 ou du nouveau projet d’Edwy Plenel : Médiapart qui revendiquent justement une certaine révolution de l’information ?

Ils sont les bienvenus. Plus il y aura de gens qui veulent produire une information indépendante, plus la garantie sera assurée d’avoir des citoyens bien informés. Dans cette époque où la presse traditionnelle est confrontée à des réalités économiques terribles, parallèlement sur Internet, les gens essayent de faire bouger les lignes. En fait c’est la problématique qui me gène. Il ne faut pas partir du principe que c’est le support qui fait l’homme. C’est l’homme qui doit faire la différence. La justice n’est pas de ce monde mais le désir de justice est dans le cœur des hommes. Cependant pas de tous les hommes. L’important est donc d’être jusqu’au-boutiste. Certains le sont sur Internet d’autres continuent à l’être en presse écrite. Il y a là un vrai problème sociologique. Depuis les années 80 la majorité des journalistes souhaitent avant tout conquérir des postes de pouvoir dans les secteurs de la communication. Jusque dans les années 70 tu croisais des fils d’ouvriers et des fils d’aristocrates dans le journalisme. Leur dénominateur commun c’était qu’ils avaient juste envie de foutre le feu. Mais pour de bonnes raisons, des raisons d’intérêt général.

Mais alors, à qui la faute?

La faute aux tableurs Excel ! C’est sérieux. Tout le monde vit l’œil rivé sur les objectifs et donc l’œil rivé sur ses propres intérêts. Le risque est donc de devenir plus consommateur que citoyen.

C’est ce qui différencie un bon et un mauvais journaliste ?

Je ne pense pas qu’il y ait de bons ou de mauvais journalistes. Il y a des gens qui ont envie de défendre une idée, d’autres ont envie de défendre des intérêts. Et ce n’est pas compatible.

Qu’est ce qu’on pourrait faire pour améliorer la qualité et la liberté de la presse ? Au niveau législatif par exemple…

Il faut partir du principe que, dès lors qu’une information est authentifiée, nulle personne à l’origine de sa diffusion ne peut-être inquiétée. La limite c’est ce que dit la Convention Européenne des Droits de l’Homme : la sécurité nationale ne doit impérieusement pas être touchée. Si par exemple tu préviens via Internet un groupe terroriste qu’il va être victime d’une rafle, là on peut comprendre que c’est emmerdant. Mais il faut savoir que ce genre de situation ne représente qu’une part infime de l’information. On n’en parle même pas parce que ça n’existe pas.

http://www.guillaume-dasquie.com/ 

Un commentaire

CLAP CLAP FEDERICO!

Commentaire par Alex Rossi, le Lundi 17 décembre 2007 à 23:20

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