Je vis depuis quelques semaines avec un nouvel animal de compagnie. Plus vivant qu’un tamagochi, moins gênant qu’une bête poilue qui me baverait dessus, il anime les conversations de bureau. Il renouvelle ma rebellion adolescente en me donnant une vraie occasion de ne pas être d’accord avec ma mère (et les vieux en général).
Il s’appelle Sarkozy. Je le croise quand je regarde la télé, je connais sa mère grace à Point de vue, images du monde, je connais son fils, son ex femme, tous ses collègues de bureau. J’ai l’impression d’avoir un sim en grandeur nature. Je connais ses amis qui lui offrent des vacances. Je connais ses goûts musicaux. Je connais son CV. Et parfois je l’oublie. Mais pas longtemps, il est plus acharné qu’un représentant de commerce qui vendrait des aspirateurs en porte à porte.
Je vis depuis des années avec un livre que je n’ai pas ouvert depuis des lustres, mais qui continue à me faire gamberger. Il fait partie de ces essais casse - gueule qui mêlent à l’air du temps le savoir de l’université. L’ère du vide est la grande thèse sociologique sur l’individualisme. Il parle du déclin des destins collectifs et de l’affirmtion des valeurs du plaisir. C’était il y a trente ans, la France était riche, la prospérité mieux partagée qu’aujourd’hui. Et l’optimisme général faisait dire à l’auteur, Gilles Lipovetsky, que le monde ne croyait plus en rien et que “tout le monde s’en fiche”.
Il faut dire qu’à l’époque, les taux de participation aux élections politiques étaient en baisse constante. La tendance semble s’être inversée, et le “désinvestissement” de la sphère publique par le citoyen itou, les élections présidentielles ont été porteuses d’espoir pour beaucoup.
Depuis qu’il a écrit ce livre, l’auteur a fait carrière dans l’administration gouvernementale. Dans les parodies de Cabu décrivant un nouveau beauf conseillant de communiquer sur les faits divers plutôt que sur les problèmes que notre système politique a été incapable de résoudre, je pense un peu à Lipovetsky. A titre d’exemple, on peut évoquer les accidents de la route, ou les faits divers qui relevaient de la Cour d’Assises (le bus qui a cramé: 1 brûlée vive), mais qui concernent aussi maintenant l’agenda des journalistes politiques. Sans même en arriver à sa passionnante histoire d’amour que sa copine a sans doute trouvé intéressanr d’étaler, ou même, si ça se trouve, Sarko lui même.
C’est donc pour l’éclairage qu’il apporte sur des événements récents qu’il faut lire ce livre, qui a fichtrement bien
vieilli puisque trente ans après il se révèle être un excellent décrypteur. Après, il y a toujours le risque que ce qui est complètement novateur et audacieux soit en fait une vaste calembredaine. On peut le dire en fin de compte de
Sarkozy ou de Lipovetsky. Mais cette génération (ils ont à peu près le même âge), connait aussi ses classiques. Et de même que chez Lipovetsky les références debordiennes, marxistes et de la sociologie classiques sont très sûres, chez Sarkozy, il semble que les classiques corses soient aussi assez solides: intimidation de journalistes sceptiques, redressements fiscaux d’opposants, etc… Il y a par exemple cette commentatrice qui s’est fait expliquer qu’elle risquait de perdre sa maison”. (cf le livre du jounaliste Philippe Cohen).
Et puis la personne de Sarkozy semble finalement être le type le plus achevé de l’homme postmoderne. Le quotidien Libération a vu la droite dure. En fait, c’est le désert qui prenait le pouvoir. Le modernisme est une rébellion “contre toutes les normes et valeurs de la société bourgeoise” dans ce qu’elle peut avoir de plus traditionnelle (retenue, réserve , pudibonderie). Le Fouquet’s n’est pas loin, là où Sarkozy s’oubliait le soir de sa victoire, comme un quelconque décadent qui traînerait chez Maxim’s. Mais il est plus, il est “post moderne”, avec ce que cela peut avoir d’”autodestructeur”. Ses éternelles colères doivent en attester.
Et pour vous convaincre de lire Gilles Lipovetsky, juste le chapitrage:
1. séduction non stop
2. indifférence pure
3. Narcisse ou la stratgie du vide
4. Modernisme ou post modenisme
5. société humoristique
6. violence sauvage, violence moderne
L’ère du vide : Essais sur l’individualisme contemporain, Gallimard, 1983
3 commentaires
En voyant myspace, on peut invoquer la même citation…du genre “moi: psyché-pop-néo-grind”.
Petite parnethèse: Libé= gros crevards de la sarko-information.
Gloire à LIPOVETSKY, l’un des derniers grand philosophes contemporains, gloire à son hyper modernisme …
Si seulement, les politiques français de gauche comme de droite pouvaient le lire; ils arreteraient de nous fatiguer avec leurs idées react’ et retrogrades.
Merci de faire sa promotion…




ETRE DIEU
“Le néo-narcissisme est pop-psy.”
Voilà LA phrase de ce livre.
Au début j’avais ri. Et puis cinq ans après, en voyant la modernité narcissique de Sarkozy, ça m’est retombé dessus.
(Now repeat after me : le néo-narcissisme est pop-psy)