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GET WELL SOON Les Chariots de Fiel

Il y a cet ultimatum. Un truc qui me fait flipper une fois par jour depuis plusieurs semaines. 08.08.08. Date quasi satanique gravée dans le marbre de mon (...) suite

Il y a cet ultimatum. Un truc qui me fait flipper une fois par jour depuis plusieurs semaines. 08.08.08. Date quasi satanique gravée dans le marbre de mon crâne comme une épitaphe.

J’ai déjà du mal à penser à la cohorte de légionnaires du vélo traversant la France, gourde entre les cuisses et seringue à l’étape, sans une violente réaction d’énervement injustifié. Mais visualiser 17 000 athlètes en shorts et maillots bariolés marcher au pas devant des détachements militaires à col Mao sous le regard de caméras interlopes et internationales… Non, ça non. Pas sans cauchemarder du moins.

Get well soon... againLes radios, comme des muezzins, chantant sans fin la beauté antique des 38 disciplines olympiques, jeux du cirque où chacun est un lion en puissance et dont la Chine tendra les rets. La télévision, entre œil de Moscou et voix de la collaboration, rentabilisant ses heures de direct lourdement payées à la nation de Fu Manchu. Et encore ces athlètes, machines minutieusement réglées pendant des années pour ne marcher qu’une seule fois, et ramener un peu de laurier pour couvrir sa nation. D’habitude cela m’insupporte, mais cette année je sens monter quelque écœurement. Alors que j’entends déjà raisonner la chanson officielle « Beijing Huanying Ni » à la gloire de cette festivité forcée, je cherche un refuge dans lequel me plonger pour éviter de vivre les 18 jours à venir.

Et puis, c’est l’entrée d’un premier participant sur la piste de terre battue encore ensanglantée des bottes de quelque soldat en permission hors du Tibet. Il court au ralenti et tous ses muscles tremblent, se tétanisent, se gorgent de sang et se relâchent comme les pistons à oxygène qu’ils sont. Son visage est encore enfantin mais la douleur le déforme. On croirait qu’il va pleurer. Un chariot de feu propulsé par la force des causes perdues. Sur sa poitrine, le maillot allemand colle son poitrail. D’ici on ne peut pas voir qu’il a écrit Germany à la main et rayé Deutschland. Il se rapproche de ce que j’avais pris pour une haie mais qui s’avère être un piano, et s’élance par-dessus. Le relai qu’il tient à la main est un violon et lorsqu’il le tend à son compatriote, je constate avec stupéfaction qu’ils sont jumeaux. Doppelgänger en baskets et crampons qui s’apprête à lancer son archet comme un javelot dans le ciel de l’empire du milieu. Il perce la voûte et une pluie de sang s’en écoule à un tempo milicien. Rythme soudain repris par une batterie que l’on sent parée pour la guerre.

rest-nowJe me réveille en sueur et Rest Now, Weary Head! You Will Get Well Soon est toujours sur ma platine. L’effarant disque composé et joué intégralement seul par le prodige Konstantin Gropper file des frissons. Rationnellement on pense bien sûr à Arcade Fire et Godspeed! You Black Emperor débarrassé de la lourdeur de ses guitares. Mais à la première inspiration on sait qu’on baigne dans un opéra baroque alarmiste (ne serait-ce que parce qu’il écrit des choses comme I Sold My Hands For Food So Please Feed Me) combinant cordes, chorales, cuivre et boucles dans un seul souffle que l’on sait mortifère. Longue (presque trop) complainte funèbre digne d’être la bande son de l’apocalypse.

Et pourtant cette cérémonie n’est pas une clôture. Get Well Soon croit en la puissance quasi-divine de chaque homme à se surpasser. Et la transmet. Quel courage l’amena à reprendre le Born Slippy (Nuxx) des grands jours de Underworld au piano ou en entonner “Shoot, baby! Shoot! / Baby, pull the trigger! / Fire a bullet, an arrow or a poisoned dart, baby !” quand d’autres chantent leur hymne national, la main droite sur le coeur, sinon d’avoir été touché des dieux ? Et si je n’irais pas me battre, ni courir de tout ce que mes muscles peuvent donner, si je ne considèrerais pas mieux les Jeux, aujourd’hui je sens une force nouvelle. La vigueur tenace de ceux qui ont frôlé la mort une fois et en sont revenus.
Dieu merci, pour tous ceux à qui Muse ne donne pas des ailes, il existe tout de même un recours. Des disques ambitieux et épiques, loin du prog et du rock à (solo de) guitare. Et Get Well Soon fait partie de ceux-là.

Gropper est déterminé et maintenant il a un groupe. Sa route ne fait que commencer. Il a l’avenir, notre avenir, dans ses mains de reître.

http://www.myspace.com/youwillgetwellsoon

Un commentaire

Z’êtes un peu en retard pour le coup,
car suite à une probable erreur de distribution, l’album était dispo en téléchargement légal
sur i-thunes dès le mois du juillet.
Mais a priori, on est d’accord sur le fond.

J’en parlai ici début août.

Bref. Merci d’être d’accord avec moi.

Commentaire par Arnaud, le Lundi 15 septembre 2008 à 11:42

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