Syd Charlus se prête au jeu du “Une semaine un album”. Toutes les compositions au jour le jour, digérées comme autant de repas. Cette semaine, une réédition du bel objet qu’est Gene Clark with the Gosdin Brothers, le premier essai de Gene après son départ des Byrds en 1966.
Lundi
Ai écouté Echoes, titre d’ouverture, cinq fois de suite. Arrangements de haut vol, à cette altitude l’air se raréfie. Ai enchainé dans la nuit avec Schubert. Le glissement de la côte ouest américaine 60’s aux salons perruqués paraissait naturel. Gene Clark le sait : chaque moment contient l’écho du précédent et annonce l’harmonique du prochain. Ainsi, le présent n’est qu’une invention pour les simples d’esprit.
Mardi
Ai enclenché la touche Repeat sur I’ve tried so hard to please her. Harmonies vocales parfaites des frères Gosdin : à la fois terriennes (country, tout de même) et célestes (west coast). Pensé à Julia, abordée à Lille il y a 15 ans, revue à Paris. Tried so hard to please her, en vain.
Mercredi
Couldn’t believe her, du pur Beatles. Ai pensé à Revolver des Fab, plus exactement à la réédition possible de Revolver. Quand elle arrivera, je ne pourrais pas en décoller, c’est sûr. Soudaine envie d’écouter Taxman et For no one. Belles parties de guitares acides sur plusieurs titres de Gene Clark qui m’ont mené tout droit à Television. Ai remis Marquee moon, bloqué sur le jeu de Billy Ficca bizarrement, puis le dernier Thurston Moore et John Cipollina. Back to west coast.
Jeudi
Ai usé So you say you lost your baby, cette perfection. Ai recherché la reprise de Paul Weller (sur un album de Death in vegas). Grandiose aussi, plus enragée que l’original de Clark. Idée d’article : comment expliquer Paul Weller à ses détracteurs, leur faire comprendre la dimension de ce type. A proposer à Gonzaï, ils doivent le détester.
Dans les bonus, la demo acoustique de So you say you lost your baby jette un sort sur mon après-midi. Voix de tête, délicate, à la Crosby. Triad de Crosby, quel chef d’œuvre tiens ! L’ai remis en boucle. Ai pensé à la reprise par Paloma à la Guinguette Pirate. Quel autre groupe français aurait eu le cran de s’attaquer –et de réussir- Triad ? Ai retrouvé les traits du visage de Cathy, présente à ce concert. Revu soudain ce cimetière de village, ensoleillé, un jeudi. La municipalité venait de l’agrandir. En prenant l’allée de droite, on tombait sur une belle étendue d’herbe encore lisse, attendant les tombes. Agrandir le cimetière…
Vendredi
Ai lu dans le livret que Glen Campbell joue avec Gene Clark sur ce disque. Ai ressorti une de ses compil avec Wichita lineman et I think i’m dumb produit par Brian Wilson. Deux titres fétiches. La bande-son d’un été triste. So you say you lost your baby … de nouveau Julia, plus exactement sa demarche et la vision d’une bride noire zèbrant l’épaule.
Vendredi (nuit)
“Rien”. Voila ce que Louis XVI a écrit dans son journal, de sa propre main, à la journée du 14 juillet 1789. Le pauvre. Dire qu’il aurait pu noter « ai découvert l’album Gene Clark and the Gosdin Brother, premier album solo post-Byrds, réédité en import. Tout ira mieux, en suis convaincu. »
- Sire, le peuple réclame du pain.
- Qu’on leur donne du folk west coast !
Samedi
Le sortilège des grands disques. Ils s’imposent, évincent les autres albums, régentent les heures. Ils vous coupent du monde ; cette solitude n’a pas d’équivalent. Le tête-à-tête s’éternise et la poussière recouvre les piles de nouveautés. Le monde s’organise, s’ajuste et tient sagement dans le périmètre d’un CD. Il y aurait donc un sens à cet amas de souvenirs, à cette discothèque débordant des étagères ? Gene Clark, lui, semble en voir un : à rebours, toute ! Et les connexions s’établissent, chaque chanson soudant les époques, les images (pochettes, visages…), les sons. Une fois lancée, cette mécanique nous dépasse. Cela s’appelle lâcher prise. Et après tout… Le plus dur est derrière nous : on vient de trouver une bande son pour plusieurs mois. Un répit.
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3 commentaires
Ah Weller… Ce sera dur mais je tenterais d’expliquer. AU passage, dernier numéro d’Uncunt : les 100 meilleurs tires de Weller.
Hum… il fallait lire “dernier numéro d’Uncut”




ETRE DIEU
Je confirme Syd, ici on n’a jamais compris Paul Weller. Peut-être que Pierre à la limite…. Mais ca compte pas il a les cheveux bouclés.