Quand les grands esprits se rencontrent.
1980, drôle d’année. Certains y voient le début de la fin : début de l’apologie du fric, de l’individualisme et de l’opportunisme. Rien que ça. D’autres en profitent et surfent sur la vague. Aujourd’hui, c’est sacrément ringard de dire « surfer sur la vague »…comme de dire que quelque chose est ringard d’ailleurs, mais passons. Car à l’époque, en 1980, c’est bien de ça qu’il s’agit : une vague nouvelle. C’est la New Wave.
Après les gauchistes, les folkeux, les minets, les hippies et les punks, un seul mot d’ordre : à bas les codes et tous en boite de nuit. Plus de code, c’est ce qui fait toute la complexité de l’époque. On n’y comprend plus rien. Il n’y a plus, ou en tout cas beaucoup moins, de frontières. Avant c’était simple : on était punk, on avait un blouson de cuir, une épingle à nourrice dans le nez et on faisait peur. Ou alors on pouvait être hippie avec cheveux logs, veste kaki et slogan antinucléaire. En 80, cheveux longs, cheveux courts, blasers ou perfecto…peu importe. Let’s have fun. 1980 c’est un peu le carrefour des contre-cultures. On écoute du rock, du reggae, du dub, de la soul, du disco. Et beaucoup ne voient pas le lien entres ces gens. Ou ne veulent pas le voir. Trop à l’aise dans leur manichéisme d’antan, ils les appellent « branchés ». D’autres au contraire s’y intéressent et tentent de décrypter ce merdier. En France quelques insomniaques curieux fondent Radio Nova. A leur tête, le grand Jean François Bizot (qui a d’ailleurs participé avant sa mort à concocter le pavé définitif et fluorescent à ce sujet : « New Wave »). Avec ses petits camarades ils se penchent sur tout ce qui est nouveau et intéressant. Ils ont des oreilles grandes comme ça, qu’ils laissent trainer un peu partout…jusqu’à l’autre bout du monde. On commence à parler de « sono mondiale ». Ardisson anime alors l’émission Lunettes noires pour nuits blanches.
Tous ces détours pour expliquer que cette compilation témoigne de ce grand bordel. Il y en a pour tout le monde. Un seul mot d’ordre : lève toi et danse.
Témoigner, ça oui, mais pas n’importe comment. Pour une fois c’est simple : il y a ici la crème de la crème. Je m’explique à mon tour.
Compass point studio ça se trouve au Bahamas et c’est fondé en 1977 par Chris Blackwell qui n’est autre que le boss d’Island Records, grand label jamaïcain s’il en est. Là-dessus deux musiciens et producteurs à leurs heures, Sly Dunbar et Robbie Shakespeare décident de compiler quelques perles des nombreux grands qu’ils ont accueillis dans ces murs. Pour vous donner une idée, Sly (batterie) et Robbie (basse) ne sont autres que les inventeurs du son « rockers » dans le reggae. Les plus décontractés d’entres nous ont peut être vu le film du même nom; les autres ne savent pas encore ce qu’est vraiment la cool attitude. Ce film voyez le, juste l’histoire d’apprendre à marcher dans la rue.
Sinon les deux larons ont été les musiciens de Gainsbourg sur l’album Aux Armes et Caetera. A la coule. Ou comment le reggae s’est incrusté dans la chanson française. Quand on parle de bousculer les frontières…
Mais revenons-en à la crème de la crème…Talking Heads, Tom Tom Club (groupe d’ex Talking Heads), Guy Cuevas (DJ du Palace), Grace Jones (muse de Jean-Paul Goude), Lizzy Mercier Descloux (icône des 70’s en France) sont ici présent ; parfois remixés par Larry Levan ou Francois Kevorkian (deux pionniers de la Garage House).
Cette compilation c’est un peu la bande son d’une génération disparate et sans autres repères que les ivrogneries de Pacadis. Ce dernier meurt en 1986, cette compilation s’arrête la même année. La boucle est bouclée. Que la vague vous emporte.
Funky Nassau // The Compass point story 1980-1986 // Struts Records




ETRE DIEU