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FRANCOIS BON Riposte

Gonzaï vous avait parlé voila quelques semaines de l’essai de François Bon sur Dylan, paru au mois d’octobre. A l’époque, Pierre Mikaïloff n’y allait pas de main morte (...) suite

Gonzaï vous avait parlé voila quelques semaines de l’essai de François Bon sur Dylan, paru au mois d’octobre. A l’époque, Pierre Mikaïloff n’y allait pas de main morte : «François Bon, le Cauet de la littérature, le parfait contre-exemple de la littérature rock, une voix monocorde (anti-rock et anti-gonzo) qui raconta sur France Culture la saga des Stones, celle de Led Zeppelin, et, au printemps, celle de Dylan».

Subjectivement objectif. La ligne de conduite était parfaitement respectée.

Notre nouvelle recrue, Jim Stratocaster, tente ici un autre point de vue. Soit une rencontre avec François. Histoire d’en finir pour de BON avec l’affaire sur le Zim.

Avant de rentrer plus profondément dans votre roman j’aimerais traiter de l’article indéfini devant le mot « biographie » c’est-à-dire « une » ?

François Bon : «En littérature on a toujours eu des « vies de ». Il n’y a pas d’un coté les romans et de l’autre des livres sur les gens. Pour moi c’est au même endroit. Hors, des bios de Dylan il y en a pleins. Jame Joyce a écrit Ulysse qui se lit comme le 24 h sur 24 h d’un personnage, alors qu’avec Dylan il serait nécessaire de faire un livre qui se lit en 60 ans. Une biographie c’est une forme. Savoir quelles questions on se pose sur nous et ce qui nous amène à faire ce livre. Si l’on est cohérent avec ce que l’on demande et pourquoi on en arrive là : ça va fonctionner. C’est un champ qui est ouvert : les questions que nous posent cet artiste là de par son chemin. »

C’est en terminant votre biographie des Rolling Stones que vous ait venu, comme une évidence, qu’il fallait aussi parler de Bob Dylan ?

François Bon : «Quand j’ai terminé les Stones, en le faisant, et après, je me suis toujours dis que j’en étais capable car c’était mon adolescence ; dans mon casier d’interne au lycée de Poitiers j’avais un poster de Jagger et Richards et c’était ça que j’explorais. En même temps, ce qui m’est venu c’est de travailler sur les années 70. Le plaisir que j’avais trouvé via les Stones je pouvais l’élargir sur un “après”. Et dans cet après c’était Led Zeppelin, qui est un chantier en cours. Dylan c’était le lien entre l’univers rock et l’univers intellectuel. Mais je trouvais qu’il y avait trop de bouquins sur lui. En même temps, il a pris lui-même la parole avec ses Chroniquess.»

Est-il important pour vous de lire parallèlement à votre ouvrage les « Chroniques » de Dylan car vous vous y referez beaucoup ?

François Bon : «Oui ! Plus je lisais ce livre plus je me disais que c’était une nouvelle auto-fiction. Très partiel. En parallèle à cet ouvrage, il y a eu beaucoup de nouveaux témoignages qui sont sortis sur lui. La porte se réouvrait. Avec France-Culture on avait fait un feuilleton en s’appuyant sur ses Chroniques il y a un an. Plus j’abordais Dylan plus j’avais la rage de m’apercevoir qu’il y avait pleins de choses que je n’avais pas compris. L’année 1962 par exemple qui est fondamental et qui ne fait que 10 lignes dans les biographies.»

Dylan est il un serpent ou une anguille difficile à saisir ?

François Bon : «Ce qui est génial avec lui c’est qu’il reste une énigme comme tout grand artiste. Chez Picasso ou Giacometti il n’y a pas d’approche rationnelle non plus…. Alors que si vous prenez les Stones on les voit comme des grands frères avec leurs défauts, leurs conneries. Dylan quelque part c’est impossible. Plus on approche concrètement le personnage, plus on met les pièces du puzzle dans l’ordre, plus on se retrouve dans un endroit qui communique avec ce que nous ne savons pas de nous-même.»

Je prendrai dans toute cette biographie deux moments importants : sa pseudo trahison électrique et son accident de moto.

François Bon : «Disons que pour moi ce sont de ‘vrais’ souvenirs. C’est pile le moment où j’ai eu mon premier électrophone en troisième ! C’est la sortie de Revolver des Beatles, on est en pleine explosion pop. Il y avait Stones-Beatles et Dylan au même niveau. Tout d’un coup on apprend qu’il est comme James Dean : artiste maudit, dans le coma, cou paralysé. Il y est devenu une légende car justement il arrêtait ! Pourtant lui il arrive à se refaire. En 1978, il déclare « Maintenant je fais volontairement ce qu’avant j’avais fais inconsciemment ». Il explique que le génie ne se fait pas sur commande, qu’il y a un boulot. Dans la légende il était volatilisé par sa moto et nous fabriquions des mythes autour de cette image alors que tout simplement sa femme venait de le mettre à l’abri dans une maison de repos loin de la came.»

Dylan n’aurait-il pas dû mourir à 25 ans ?

François Bon : «Mais non ! Hendrix fut réinventé 10 ans après sa mort, Jim Morrison est une légende alors que les concerts où il était bourré c’était loin d’être le top… Dylan, lui, nous propose une figure artistique considérable après son passage à vide. »

Cette « deuxième » partie de vie n’était-elle pourtant pas moins jouissive à écrire?

François Bon : «Toute cette question du retrait, de la panne, sur ce show avec Johnny Cash quand il crève de trouille en pensant qu’il était mauvais c’était exceptionnel à travailler dans ma biographie. Ce n’était peut être pas jouissif mais vachement important. Après 1978 par contre je ne voyais pas ce que j’aurais pu raconter de différent que ce qu’on sache déjà, c’est pour ça que je n’ai utilisé que des fragments sur la fin de mon livre. Ok la légende c’était 63-66 et Scorsese le montre très bien dans son film… et encore une fois on en arrive à cette question : qu’est-ce qui fait que ce gamin pas très doué en arrive à devenir un mythe ?

Finalement n’était il pas le meilleur prototype d’éponge ?

François Bon : «Tous les artistes sont comme ça. On est forcé d’acquérir et de traverser. Dylan c’est carrément du cannibalisme. Sa projection dans Woody Guthrie…jusqu’au basculement dans sa propre invention. Se saisir de Dylan ce n’est pas faire des reprises… tout du moins maintenant.»

Dans cette biographie vous décrivez beaucoup l’environnement dans lequel naît, grandit et évolue Dylan, pensez vous que ce qui nous crée c’est notre ville plus que notre classe social ?

François Bon : «Les 2 sont liés. Ce n’est pas une relation de causalité aussi immédiate. Dans cette époque là on ne faisait pas attention à ces questions là. Les questions d’objets, d’images. On ne connaissait pas l’importance de l’art populaire à l’époque. Tout se rapportait au terme de « grand ». Les « grandes » questions politiques, la « grande » musique… Il y a aussi l’idée de distance. Du temps que l’on passe pour aller à un concert à cette époque. Tout d’un coup se dire que faire 160 km, quand on a 16 ans, dans une vieille bagnole, avec des potes, cela engendre une réflexion et prend une importance capitale. Si l’on met ces éléments là les uns à la suite des autres on peut mieux piger peut-être le passage au rock…. Enfin je sais pas. Je me suis penché sur ce genre de détail. Expliquer qu’à une époque Dylan joue dans un bar au moment où les gens partent boire des verres entre 2 parties de cartes.»

Ne pensez-vous pas que le personnage Dylan a pris la place du musicien Dylan ?

François Bon : «Je ne suis pas dans sa tête. Pour lui l’idée du chanteur c’est Frank Sinatra ou Harry Belafonte. L’idée du chanteur passe avant tout le reste mais qui est capable d’expliquer ce qui se passe dans le crâne de ce mec là aujourd’hui ? »

Avez-vous eu par chance des échos de votre biographie venant de Dylan ?

François Bon : «Non… par contre j’ai l’impression que tous ces artistes sont parfaitement lucides sur l’importance de leur travail. Ils nous laissent le droit de faire ces biographies car leur boulot est important ! Après eux ils ne lèveront pas le petit doigt pour nous aider. Premièrement car ils en ont marre des questions sur ces années là et puis aussi car il n’est pas évident qu’ils aient plus à dire que leurs biographes. Mais parfois dans les Chroniques Dylan cache des pans important de son histoire.»

Pensez vous qu’il utilise l’idée que tout ce qui est mystérieux reste attirant ?

François Bon : «Hum… il y a une phrase de Jagger qui dit « Nous, on est le portemanteau on est pas responsable du manteau que vous nous foutez dessus ». Chez Dylan il n’y pas de calcul car le calcul serait petit. Il a quand même répondu de manière génial a la question : qu’est ce que le rock n’roll ? ‘De s’en foutre’. C’est parce que là il y a de l’abandon qu’on touche au génie. C’est de dire qu’après avoir merdé 14 mois pour faire son deuxième disque, il fasse le suivant en 1 nuit, sans corriger. Uniquement pour voir ce qui se passe… »

Pourquoi selon vous en France il n’y ait pas de comparatif à Dylan ?

François Bon : «En même temps, qui de nos artistes n’a pas traversé Dylan pour se rejoindre lui-même… J’ai strictement le même age que Francis Cabrel. Il arrête l’école, il est magasinier dans un magasin de pantoufle et le samedi soir il chante toutes les conneries de Claude François dans les baloches… et qu’est ce qu’il fait quand il est tout seul dans sa chambre : il chante du Dylan. Souchon avait 16 ans quand son père meurt dans un accident de bagnole. La mère des gamins se met à écrire des livres d’enfants, des romans sous-pseudo pour nourrir ses gosses, lui, dans le choc du père, va à Londres pour devenir garçon de bistrot et qu’est ce qu’il a dans les paluches : Dylan ! »

Vers quoi vos oreilles se tournent maintenant que le sujet est clos ?

François Bon : «Pendant 18 mois c’était Dylan exclusivement mais sans lassitude et toujours avec un grand respect. Alors maintenant j’écoute du piano. J’aime beaucoup aussi l’univers de Vincent Ségal ou de Serge Teyssot Gay.»

La musique vous permet de rester un éternel adolescent ?

François Bon : «C’est une formule de journaleux ! Pour moi la musique me permet de traverser le temps vers l’endroit où l’on a écouté cette mélodie pour la première fois. Je ne sais pas si j’aurais été capable de faire ce genre de bouquins sur un peintre.»

Le site de François Bon

5 commentaires

Salut Jim, belle interview.

Tu diras simplement aux types de l’equipe, Bester et toute la joyeuse clique, que je trouve ca degueulasse que pas un seul ait pris le temps de relire ton article. Si tu es nouveau, alors c’est encore pire!

Et sinon, une question qui me travaille : il est comment F.B., le genre convivial et qui te met a l’aise illico, ou plutot le genre efficace, “let’s get down to business”?

Bonne chance pour la suite.

Commentaire par Requis, le Lundi 12 novembre 2007 à 3:26

bon bon…… Quel exigence. Il est dur le lectorat Gonzaï.
Désolé Jim, quelques fautes étaient passées entre les mailles.
Un peu de bizutage n’a jamais fait de mal cela dit:-)

Commentaire par Bester Langs, le Lundi 12 novembre 2007 à 8:56

Hey, sans rancune les gars, votre papier virtuel reste tellement au-dessus de la mêlée qu’on va s’engueuler pour deux, trois coquilles…
Pas de réaction du père François à la descente en règle du Bonze Kamikaz Pierre M.? Ou alors Jim Stratocaster a choisi la prudence qu’impose la diplomatie? (pas très Gonzo tout ça…)

Commentaire par Requis, le Lundi 12 novembre 2007 à 9:55

ouvez les guillemets :

“en 1998, je travaillais déjà à Rolling Stones, une biographie, mais la difficulté que j’avais à en trouver le rythme, l’équilibre, l’obligation aussi de travailler sur les contenus symboliques, ce que signifiait la réception pour nous des Rolling Stones dans les années 60, j’ai été conduit à écouter attentivement Francis Cabrel, paroles et musiques (il a mon âge, et nous vivions dans des villes semblables) - j’ai écrit ce texte dans l’estime qui en a immédiatement résulté”

L’Histoire jugera :

http://www.tierslivre.net/arch/00_Cabrel.html

Commentaire par Elmo Lewis, le Lundi 12 novembre 2007 à 13:19

La catégorie des gens que je fuis a priori est très bien définie par Bon François : les gens de mon âge qui vivent dans des villes semblables à celle où je vis.
Et, de mon côté, je laisse la chasse aux folkeux du Gers à d’autres.

Commentaire par Requis, le Lundi 12 novembre 2007 à 23:31

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