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FM Ear, the music.

Affirmer comme ca, sans réel argument fondé, que le rock'n'roll est mort, c'est premièrement se référer à des motifs 90' un brin craignos (Kravitz, le trip-hop, les vestes (...) suite

Affirmer comme ca, sans réel argument fondé, que le rock’n'roll est mort, c’est premièrement se référer à des motifs 90′ un brin craignos (Kravitz, le trip-hop, les vestes thermiques orange Carhart, etc…) et puis dans un deuxième temps, se dire que c’est totalement vrai.

Oui, le rock est mort. Et je crois qu’il vous emmerde assez profondément.

La deuxième tentation facile, revient à affirmer assez fièrement qu’en France il ne se passe rien. Ou plus. Et que nos artistes sont soit tous communistes, soit tous rangés du côté des majors. Une idéologie encore une fois assez erronée, dictée par cette volonté que nous avons tous de vouloir marquer notre différence. Le rock, s’il était encore là, nous n’en voudrions même plus. Nous militerions pour un autre genre musical décédé… comme la musique de chambre, tiens.

Loin de ces considération de bas étage, F.M. fait son trou avec un premier album en quatuor à cordes tendues: à la place de la pelle qui sied si bien à nos ouvriers syndiqués, F.M. opte pour la symphonie de poche et une dizaine de compositions qui enterrent définitivement l’ambition molle française du siècle dernier. Exit les Nouvelles Vagues, exit les refrains bétonnés, exit la nostalgie. Bonjour l’ambition et le talent. Ca vous évitera peut-être de succomber connement au prochain album de Pete Doherty.

Fier d’être français ? Uh… on en parle plus bas.

Bonjour F.M. C’est étrange, ces derniers temps je croise plusieurs artistes aux projets nobles qui signent chez des majors, et qui du coup flippent par rapport à la «noblesse» de leur projet. Toi tu as l’air assez serein face au succès du premier album, tu as presque l’air insensible au jeu médiatique et aux concessions…

J’ai tout d’abord eu cette chance que Marc Lombroso (de chez Warner, NDR), sache rapidement croire en moi et au potentiel du projet. Quelque part je ne suis pas étonné de ma signature chez une Major. J’envisageais les choses sous cet angle là, persuadé que quelqu’un entendrait quelle en était la teneur. Je ne sais pas si le public perçoit ma musique de la même façon, s’il se représente les choses… Il y a un problème de format, les gens ne sont pas forcément habitués à une musique si peu saillante.
Mais pour revenir à ta question, je suis un enfant du rock, donc plutôt habitué à mettre de la batterie en avant, etc… et c’est un concours de circonstances à Paris, les nuisances sonores, tout ça, qui m’ont poussé vers quelque chose de différent. Et sans partir dans de grands laïus, ma musique -rock- avait quelque chose de très « à équiper ». Il y avait, sans prétention, un travail de composition qui induisait une écoute, disons, particulière. Quelque chose à entendre ailleurs que dans des salles rock. Le simple fait de passer dans des salles de concerts rock me stressait. Autant aller vite, au but, et faire de la musique de salon, forcer les gens à écouter la musique. D’une manière assez cohérente.

Ca va de pair avec la pochette de l’album, ces grandes oreilles symphoniques…

Je crois que j’ai quelque chose à faire entendre. J’ai rarement supporté que quelqu’un parle à côté de moi quand j’écoute de la musique. Pareil pour le rock, que j’écoute au casque.

Et c’est pour cette raison que sur certains titres on perçoit très nettement le glissando des cordes, qui s’entend nettement au casque par exemple…

Oui bien sûr, et c’était même gênant. Mais c’est très difficile à enlever à la prise de son, et moi j’avais besoin de ce son, très velouté, mais avec ce gros son de basse. Au final ce n’est pas très grave. Mais il y a un vrai travail sur le son sur cet album, qu’on ne se représente pas forcément à l’écoute. On n’écrit pas de la musique classique de cette façon d’habitude. Là je savais que je pouvais augmenter les volumes sonores comme je voulais, avec un travail sur l’amplification donc. Bref, avec cette volonté de faire entendre un certain type de musicalité aux gens, plutôt que de me taper tout le parcours qui consiste à faire de la répétition en studio, autant faire court, puisque j’étais dans une forme de précision et de choses entendues, et qu’il était difficile d’imposer à des musiciens rock une musique déjà pensée à l’extrême, j’ai demandé à des musiciens classiques de jouer les différentes parties. C’est une chose naturelle pour eux que de jouer des partitions déjà écrites.

L’inconvénient c’est qu’ils sont plus chers en cachet…

Ah, totalement (Rires) ! Et je touche tous les jours les limites d’un projet où je suis toujours juge et parti de ma propre musique… Quelque part, les deux projets étaient égaux pour moi. Le projet rock, initial, et cet album musique de chambre, étaient des négatifs. Egaux, pour moi, mais totalement différents. Tu as toujours plusieurs choix pour te faire entendre, alors enlever la batterie, c’était déjà un propos musical, et donc un choix. Une sorte d’invitation, l’idée d’ouvrir les oreilles au public. Sans prétention. De la même façon que les reprises qui sont sur le disque, dont j’ai enlevé certains refrains…

La pédagogie, c’était important pour toi ? En France, aujourd’hui, c’est 1. très prétentieux, et 2. très utopiste.

Il y un aspect missionnaire dans cette musique. Le cadeau de la vie, pour moi, cela a été le piano à queue chez mon père, très tôt. Ce père me faisant écouter des choses magnifiques. Il m’a donné ça. Et j’ai eu cette chance d’avoir cette oreille, cette ouverture d’esprit, cette possibilité de survivre dans un environnement assez médiocre, la banlieue rouennaise, etc…. Disons que cet énorme cadeau, lorsque j’ai voulu le partager avec des amis, a rapidement posé plein de problèmes : de représentations, des blocages, la perception des genres, de ce qu’est un musicien. J’avais souvent envie de chanter, je le faisais d’ailleurs avec des cousines anglaises, et là bas on chantait à plusieurs voix, improvisation musicale, partage. C’est tout à fait anglo-saxon ce désir amateur musical.
Bref, je rentre en France, je m’inquiète, je me fais chier, notamment avec les gens qui m’entourent. J’ai peur aussi, parce que je vois des gens souvent bornés. Et je ne parle même pas des milieux musicaux. Une impression diffuse que les gens prennent uniquement la musique pour son enveloppe. L’oreille enfermée dans des cadres avec paradoxalement l’impression qu’en France on consomme la musique sur le mode mélancolique de « Ah j’aurais aimé être un artiste, ah la musique je ne suis pas musicien, etc… ». Et finalement assez tôt j’ai eu envie de dire que ça n’est pas vrai, j’ai eu envie de dire que la musique ouvre les portes d’un monde bien plus grand que ça, avec plusieurs niveaux de lecture. Et c’est d’autant plus vrai dans le rock, avec Bowie, Kate Bush, qui ont un univers harmonique très dense. Et aussi la musique de Schumann, moins accessible du fait des codes plus difficiles à pénétrer.
Je sais aussi que dire quelque chose sur ce sujet, c’est toujours extrêmement plus périlleux. Les a priori sont tellement forts…

Et tout aussi paradoxalement tu te retrouves en 4X3 dans le métro, dans des journaux comme Technikart… tu deviens branché. Drôle, pour quelqu’un qui fait de la musique de chambre, que d’être branché.

Oui mais… qu’est ce qui se dit finalement dans Technikart? Est-ce qu’on se prononce finalement sur ma musique? Je ne suis pas vraiment sûr de ça. Je crois qu’effectivement il y a les reprises, comme un crédit. Pour le reste… Après je sais que l’image du dandy, tout ça, me collera aux baskets. Mais finalement, quand tu écoutes ma musique, tu écoutes aussi du classique.

Justement, comment fonctionne le travail entre ta guitare et les instruments classiques. Un quautor à cordes, des violons, marchent sur des attaques très fortes. Et toi, ta guitare, perdue là dedans….

L’idée compliquée, c’est que FM ca n’est pas un groupe. C’est donc une musique écrite de A à Z avant l’entrée en studio. Là où il y a cohérence, c’est lorsque j’entends tout en même temps, du fait que je suis auteur/chanteur/compositeur/arrangeur. Je chante un truc dans la rue, j’y repense, j’approfondis certaines idées d’harmonies (même sur les reprises).

Je ne suis pas fan de tes reprises. Je les trouve chiantes.

Ah merci (Rires). Tant mieux en fait. Moi ça ne m’aurait pas dérangé d’en mettre plus. J’en ai toujours fait énormément. Quand je suis arrivé à Paris, je suis aussi passé par la cover’.

Mais plus je t’écoute et plus je me dis que tu es vicieux…. Les reprises, cela ne serait-il pas un piège à auditeurs ? Une façon de les amener dans ta toile ?

(Rire démonique) Oui peut-être…. Stratégiquement oui… J’aime l’idée d’inviter fortement les gens. Comme une espèce de piège tourbillon… et après je délivre ce que j’ai de meilleur. La musique est au centre du piège, tu l’auras compris.

Toi tu es au centre de plusieurs musiques, on l’a compris. Par nature, tu retournes vers quoi quand tu es seul chez toi?

J’ai toujours tendance à revenir aux fondamentaux, plus qu’un genre musical en particulier. Ces jours-ci je cherche, j’ai du mal à trouver quelque chose qui me parle. Pour moi c’est Kate Bush, son premier album (The kick inside, NDR), une nana de 17 ans, qui fait entendre des choses qui la dépassent, quelque chose de très inspiré, qu’elle ne reproduira plus jamais après.
C’est un peu le questionnement de FM, savoir s’il y a de la place pour quelque chose de différent. Et New popular music sur la jaquette, ce n’est pas un hasard, c’est savoir donner un sens à une musique qui serait à la fois accrocheuse, percutante, écoutable, et en même temps plus profonde. New popular music cela doit s’entendre, avec une voix à l’hygiaphone, style années 20, c’est du second degré aussi, et cela fait aussi référence au New Power Generation de Prince, qui pour moi est autant un génie qu’un mégalomane… C’était l’envie de regarder dans le futur, dans le présent et dans le passé. Je me disais que ce premier album pourrait bien être le dernier. Quelque part, ces instruments intemporels, la musique de chambre, me permettent de faire le lien entre ce qui était bon avant et ce qui le sera encore demain.
A mon niveau c’est tout ce que je peux faire.

http://www.myspace.com/fmpopmusic

Un commentaire

Tu connais mon avis sur les strings.

Commentaire par manon, le Lundi 7 avril 2008 à 8:02

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