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FEUILLETON DE L’HIVER #2 Les péripatétichiennes

Rappel de l’épisode précédent : Bester est du genre canin, genre gros chien en costume trois-pièces. Son objectif : Investir le monde des humains et pénétrer la rédaction (...) suite

Rappel de l’épisode précédent : Bester est du genre canin, genre gros chien en costume trois-pièces. Son objectif : Investir le monde des humains et pénétrer la rédaction de Dazed & Bones, un journal d’humain rock-critics quarantenaires. Il tombe sur une annonce pour le poste de chroniqueurs de la rubrique “Bitures et chroniques électriques”. Bester se fera-t-il accepter par ses pairs sans poils ? Deviendra-t-il l’égal de ses idoles ? Passera-t-il des croquettes au caviar ? Suspens….

La guitare ciselante d’ I’m so free résonnait encore dans ses narines poilues excitées et difformes. Faut dire que la nouvelle découverte quelques heures auparavant lui avait fait oublier l’heure tardive et sa position géographique. La rue de la goutte d’or, à 4H00 du matin, n’avait jamais donné lieu à de bonnes rencontres.

Bester se fit un flash-forward sur l’annonce parue dans Dazed & Bones :

DAZED & BONES CHERCHE UN REDACTEUR POUR SA RUBRIQUE BITURES ET CHRONIQUES ELECTRIQUES. FAIRE SUIVRE VOTRE CANDIDATURE A PHILIPPE PADDOCK.

« Fini les ateliers de couture clandestins à coudre des T-Shirts Tokyo Hotel, fini les compilations 80’ débusquées dans les poubelles » se dit en lui-même Bester, l’air hilare. « Fini la clandestinité même, à avoir honte d’être un chien, à moi la gloire des hommes de plume » rajouta l’animal à poil. L’offre parue dans Dazed & Bones l’avait mis en appétit. Sexuel. Du genre à consommer de la péripatétichienne, l’équivalent canin de nos femmes de bonne compagnie.

Pour cela, pas de meilleure adresse que le PussyCat, situé en bas de la Goutte d’or. L’heure tardive avait déjà du éloigné les mauvais cabots qui comme lui vivait dans la Capitale en sous-terrain.

Devanture minimale, odeur forte d’urine sur le seuil, et un interphone large comme une patte en guise de simple sonnette.

- C’est pour quoi wah wah ? aboya l’interphone impersonnel.
- C’est Bester, ouvre moi Negrita. J’ai le besoin urgent d’une prostituchienne nom de nom !

La porte soudain s’ouvrit, laissant s’offrir aux yeux de Bester le décor qu’il connaissait si bien. Niches de luxe, courtisanes à moitié défroquées et poignées de poils sur le sofa rouge espagnol.

- Negrita j’ai de grands projets. Il me faut fêter cela avec la plus illustre de tes dames.
- Je suis embêté Bester, Paquita Ramone a été embarquée par la fourrière, Rosy la Croupe je l’ai fait piqué semaine dernière et..
- Que diantre allons ! Je crois distinguer derrière le sofa Gisby Stone, la fameuse prostituchienne que tout Paris t’envie…

Faut dire que Gisby Stone en imposait. Avec son mètre bien senti d’envergue et ses bas de soie qui couvraient à peine son arrière-train. Et je ne vous parle même pas de l’étui cuir vintage qui recouvrait sa queue.

Negrita rebondit sur le regard étincelant de Bester.

- Oui, mais cela va te couter très..
- «Donne moi un numéro de chambre s’il te plait» rajouta tout aussi sec le chien journaliste.

Hochement de tête de la tenancière. Un geste discret à Gisby et les deux chiens à forme humaine étaient déjà enlassés dans la pièce à se faire des papouilles et des rondes autour du lit. De gringue en drague la courtisane s’était laissé faire, et le corset était déjà bien bas au pied du lit. Quelques ronds de jambe plus loin –quelques positions sexuelles aussi -, Bester lâcha enfin sa terrible nouvelle.

- Tu sais je vais enfin être journaliste. Et pas pour un fanzine waouf ! Pour un journal d’humain, Dazed & Bones que ca s’appelle, c’est bien payé et je serai peut-être le premier chien à parler du rock. Laisse moi te dire que ca va swinguer dans les niches !
- « Tu es mignon » lui répondit Gisby d’un œil attendri, caressant de sa patte le ventre flasque de l’animal. « C’est pas une mince affaire » rajouta-t-elle, avant de lâcher en conclusion : «Ce Philippe Paddock, méfie-toi, c’est une sacrée ordure».
- Tu le connais ?!
- Vaguement. Par chiennes interposées. J’ai une amie qui joint les deux bouts en tant que chienne domestique pour sa fille. Elle m’en raconte des bien bonnes….Parait que l’homme n’écoute que de la pop teenager en plus…
- Foutaise ! PHILIPPE PADDOCK est le plus grand, tout le monde le lit. TOUT LE MONDE le lit, c’est une icône depuis ses débuts à Rock’in Cher ! C’est lui qui a découvert les Dogs en France.

Les Dogs. Un groupe de pub rockers connus pour son anonymat confidentiel une fois sorti des conventions de disquaires du dimanche. Bester, quoi qu’il en dise, n’était à ce stade plus très objectif.

- Donne moi son téléphone direct alors, ou je te rase comme un caniche.
- Bon bon pas la peine de t’énerver mon petit.. Regarde derrière mes soutien-gorge (Gisby avait 8 mamelles), tu trouveras un papier avec son téléphone direct.

Une annonce pour devenir journaliste à Dazed & Bones, le téléphone portable du rédac’ chef, un coït avec Gisby Stones… Plus rien ne semblait pouvoir arrêter le jeune chien fou…

Une prostituchienne prend-elle les tickets-restaurants ? Bester parviendra-t-il à téléphoner à Paddock avec ses pattes d’Epagneul Breton ? Mais quelqu’un en France connaît-il vraiment la discographie des Dogs ? Vous le saurez en suivant le prochain épisode de DogStory…

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