FEUILLETON DE L’ETE #3 Rappel de l’épisode précédent : Jusque-là, tout allait bien, je menais une vie rangée. Tout a basculé quand le fantôme d’Alosyus-Henry Bangs Junior a commencé à m’apparaître en rêve. Et puis il s’est carrément installé à la maison. À partir de là, la situation s’est dégradée. Il avait de sales fréquentations… Un jour le téléphone sonne, c’était H.P. Lovecraft : Elvis se la coulait douce à Vegas, sans tenir compte un seul instant du fait qu’il était mort, et il fallait qu’on le retrouve… Sans compter ce succube alcoolique qui s’apprêtait à me tomber dessus.
Il a fallu que j’organise mon départ à Vegas. Je n’étais encore jamais allé aux USA. Il me fallait un visa. File d’attente, formulaires, re-file d’attente et re-formulaires. Avec ça, un personnel administratif impropre à enflammer ma libido. Finalement, j’ai eu le petit bout de papier avec tous les tampons nécessaires. Après ces heures passées au contact de fonctionnaires respirant la santé et la fierté de travailler pour la première puissance mondiale - donc pour le bien de l’humanité -, j’étais tellement abattu, qu’en voyant passer Anne, cette fille sexy à qui je faisais des propositions salaces depuis six mois, je n’ai même pas eu la force de l’inviter à prendre un verre. Pourtant, je suis sûr qu’elle aurait accepté cette fois-ci.
Je suis rentré chez moi et j’ai commandé un billet sur Air France. 17 heures de vol, avec escale à Atlanta, le rêve.
J’avais aucune nouvelle d’Alosyus-Henry. J’imaginais qu’on allait se retrouver sur place et qu’il voyageait par ses propres moyens. Je pouvais tout de même pas commander un billet pour un putain de fantôme ! Je me demandais aussi à quoi pouvait bien ressembler le King après toutes ces années ? Peut-être qu’il n’avait pas trop changé ? Peut-être qu’il accepterait de faire une photo à côté de moi avant qu’on le renvoie là-bas ?
J’ai posé le pied à Vegas deux jours plus tard. Autant c’est sympa les voyages, autant j’avais pas que ça à foutre. Alors je tenais à en finir au plus vite. Dans le hall de l’aéroport, une surprise m’attendait. Au milieu de la foule, un petit homme à l’air torve tenait une pancarte à mon nom.
- Vous m’attendiez, mon brave ? m’enquerrais-je, en tentant de cacher la répugnance que son physique ingrat m’inspirait.
- Si vous croyez que je suis là par hasard, à exhiber, tel le premier larbin venu, une pancarte à votre nom, laissez-moi vous dire que vous vous fourrez le doigt dans l’œil ! Et je suis poli…
Puis, il reprit sur un ton plus obséquieux :
- Des bagages, monsieur ?
- Juste une brosse à dents, je compte pas rester.
- En revanche, souhaitez-vous rester planté au milieu du hall encore longtemps ou bien pouvons-nous gagner la voiture ?
- Howard fait bien les choses… dis-je pour détendre l’atmosphère, tandis que je le suivais vers le parking.
Sans répondre, le loufiat me fit asseoir à l’arrière d’une vieille Cad noire avec séparation vitrée entre le chauffeur et les passagers, puis alla se caler derrière le volant. Sans autre forme de procès, il démarra.
- Hé, là !… aboyai-je sur un ton indigné. Vous pourriez me demander où je veux aller tout de même ! J’aurai deux mots à…
Une voix féminine m’interrompit.
- Allons ! Tout va bien se passer… C’est votre première fois ?
- Hein ? Mais de quelle « première fois » parlez-vous ? Et qui êtes-vous d’abord ?
Je distinguais mal la fille recroquevillée à l’autre bout de la banquette, les stores latéraux étaient baissés et il faisait aussi sombre que dans le bunker de William Burroughs. Engoncée dans un manteau de fourrure, elle dégageait un entêtant parfum de violettes. Oui, de violettes, comme ces bonbons que mâchonnent les alcooliques pour masquer leur haleine.
- Vous êtes donc le fameux french guy… reprit-elle, pensive. Appelez-moi simplement Janis.
Mon regard commençait à s’habituer à la pénombre et, soudain, je la reconnus. C’était bien elle !
- Mais… Que faites-vous ici, Mme Joplin ?
- Je t’ai dit de m’appeler Janis, mon lapin. Pas de « Mme Joplin » entre nous. Compris white ass ?…
Là-dessus, elle partit dans une quinte de toux grasse.
- D’accord, ne nous énervons pas, Janis… Vous êtes là pour me donner un coup de main à récupérer Elvis, c’est ça ?
- Elvis is dead…
- Oui, je sais, c’est tout le problème. Et il ne devrait pas être là, à baguenauder à Vegas !
-… and it makes me so sad.
- Je comprends, je comprends. Ça nous a tous fichu un coup, mais bon, ça fait quand même trente ans…
Là-dessus, elle a commencé à se rapprocher et nul n’aurait pu dire où elle comptait s’arrêter. La situation risquait de dégénérer à tout moment. Il fallait que je fasse quelque chose pour la calmer. Le travail avant tout !
TROIS SUR UNE BANQUETTE
2 commentaires
[...] des précédents épisodes (vous en avez raté trois ou quatre) : Jusque-là, tout allait bien, je menais une vie plutôt [...]




ETRE DIEU
hmmm ca va se finir a trois dans les wc…