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FETJAINE Quand la rock culture descend dans les hypers’

Quand un éditeur – en l’occurrence Fetjaine -, adossé à un groupe de l’importance de La Martinière lance des collections rock à l’adresse du grand public, cela ne (...) suite

Quand un éditeur – en l’occurrence Fetjaine -, adossé à un groupe de l’importance de La Martinière lance des collections rock à l’adresse du grand public, cela ne peut que nous interpeller. D’autant que les personnes sollicitées pour écrire les premiers titres sont des gens connus de nous et dont le travail fait autorité. Faisons le point sur ce que vous pouvez - et ne pouvez pas – raisonnablement attendre d’une telle initiative.

L’argument essentiel, en faveur de ces ouvrages, est le choix des plumes opéré par Gilles Verlant, le directeur de la collection.

Il y a, par exemple, ces deux jubilatoires petits livres (presque) carrés, écrits par Jean-William Thoury : 100 chansons pour faire l’amour et 100 chansons pour arrêter de fumer, qui n’ont l’air de rien, comme ça, mais, en réalité, méritent toute notre attention. Je vais tenter d’expliquer pourquoi.

Commençons par la personnalité de leur auteur : Jean-William Thoury. Présentons-le en quelques mots : Collectionneur invétéré, sa discothèque occupe un étage de sa maison. L’homme sévit depuis les années 1970, en coulisses (entendez : en pratiquant le journalisme rock). Si je ne me trompe pas, c’est au milieu des années 1970 qu’il rencontre les musiciens de Bijou et devient leur parolier et manager. Comme l’homme a une vision précise de la manière dont un album doit sonner, il deviendra logiquement le réalisateur des albums du groupe.

Il exécutera aussi quelques belles et rares productions, parallèlement à Bijou, comme cet album de Marie France, pratiquement inabordable quand d’aventure il est proposé sur Ebay : 39 de fièvre. Thoury a également sorti cet automne une somme sur Gainsbourg, simplement intitulé : Dictionnaire Gainsbourg (500 pages analytiques sur l’œuvre du reclus de la rue de Verneuil), si vous ne l’avez pas, c’est une erreur à réparer dans les plus brefs délais.

Nous en resterons là pour le CV, intéressons-nous à son « actu ». Dans ces deux petits volumes de 130 pages, vendus 5,90 €, Thoury ébauche ce que devrait être la discothèque de « L’honnête homme du XXIe siècle ». Le maître mot est éclectisme.

Dans le premier volume, consacré à l’amour (14 février oblige, mais on ne va tout de même pas reprocher à un éditeur d’être opportuniste !), le juke-box de Mr Thoury nous promène de Marie France aux Righteous Brothers, avec arrêt obligatoire à la station Mae West (si, si, elle a enregistré quelques disques !), visite du musée Gainsbourg, et génuflexion devant la statue Shangri-Las, qu’on n’abandonnera que pour lire les pages consacrées à Peggy Lee et Sophia Loren (interprète intrépide de l’inoubliable « Zoo-Be-Zoo Be-Zoo »).

Je ne vous cache pas que la maquette intérieure du bouquin ne m’a pas entièrement convaincu, mais le texte de Thoury compense largement. Dans sa deuxième contribution à la collection, Jean-William - qui est un non-fumeur tolérant -, recense les chansons consacrées au tabac : clope, paquet de gris, mégot, joint, cigare, pipe, etc. J’ai eu plaisir à lire les lignes consacrées à Tex Williams, auteur de Smoke, smoke, smoke that cigarette. Morceau que vous connaissez peut-être dans sa version française, signée Eddy Mitchell, ou interprété par Commander Cody (formation US de hippies portés sur le Jack Daniels et la country music, qui enregistra quelques plages qui figurent haut dans mon panthéon vinylique).

On trouve pas mal d’interprètes français, ici. Des bons, comme Léo Ferré, Joey Starr, Antoine, Brigitte Fontaine, Bashung. Et même un très bon : Bernard Ménez !

Les fumeurs de tabac blond sont représentés par de sémillants tabagiques : Daevid Allen (qui fume des bananes, à l’occasion), Nick Drake, les New York Dolls, Patsy Cline (essayez de voir le film qui lui a été consacré : Nashville Lady), B.B. King, Sparks…

Objectif atteint, puisqu’à l’issue de la lecture de ce livre, on a davantage envie de se ruer vers sa discothèque que d’allumer un clope.

Dans cette même collection, « Gilles Verlant présente », j’ai retenu aussi : Le rock gothique, de Christian Eudeline.

J’ai ouvert ce livre parce que je m’étais intéressé à ses ouvrages précédents : Anti-yéyé et Nos années punk. Aussi parce que Christian Eudeline a une vision étendue du gothique. D’où d’intéressantes entrées sur Taxi Girl, Marquis de Sade, Jad Wio, Kas Product, Throbbing Gristle, Joy Division… Groupes sur lesquels on est encore loin d’avoir tout écrit.

Côté gothique pur jus, je me suis arrêté sur les pages que Christian consacre à Echo & The Bunnymen (qui me rappellent immanquablement une adolescence passée à feuilleter les Inrockuptibles en buvant du chocolat Poulain), Bauhaus (de grands showmen, comme en a attesté leur récent passage au Bataclan), Soft Cell (ah ! toutes ces anecdotes qui courent sur Marc Almond… comme celle du… non, mais vous nous prenez pour Voici ou quoi ?), Human League (la beauté glacée de Miss Suzanne Sulley – d’ailleurs, pas si glacée…), et Lydia Lunch (dont Christian revisite le passé new-yorkais et no-wave).

Bien sûr, on trouve aussi dans ce livre des entrées consacrées à Siouxsie, Killing Joke, Nick Cave, Sisters Of Mercy The Mission, Cure, Virgin Prunes, Alien Sex Friend, Sex Gang Children, Christian Death, Nina Hagen, Lene Lovich, Indochine, Depeche Mode… Noms qui sentent fort les années 1980, et que, pour ma part, j’associe à un certain ennui, typiquement eighties, fortement imprégné de poudre et de synthés blafards.

On trouve aussi Laibach, p. 72, qui tente de lever l’ambiguïté qui lui colle à la peau, en déclarant : « Nous sommes aussi nazis qu’Adolf Hitler était peintre. » Mouais…
La fin du livre est consacrée au metal-indus. Et je dois bien admettre que, jamais ma platine n’a vu passer d’albums de Ministry, Nine Inch Nails, Ramstein, Marilyn Manson ou Dresden Dolls. Je dois aussi reconnaître que le maquillage « cambouis-boue séchée » de Ramstein ne m’a pas encore conquis.

L’autre force de cet ouvrage, en plus d’être complet, c’est son iconographie. Pour 22 €, Fetjaine fait très fort, proposant un livre de 162 pages, richement illustré, avec le souci de présenter des pochettes rares (la patte de Christian Eudeline, sans doute).

Voilà… Ceux qui espéraient que l’édition rock allait rester dans son pré carré, gardée par quelques vieux professeurs aigris, seront déçus. Ces livres descendent dans vos hypermarchés, ils ne coûtent pas chers et sont bien faits.

Tenez–vous prêt, car, dès demain, votre concierge vous demandera : « Par quel pirate de Joy Division vous me conseillez de commencer ?… »

Jean-William Thoury //100 chansons pour faire l’amour, 100 chansons pour arrêter de fumer // Fetjaine
Christian Eudeline // Le rock gothique // Fetjaine

http://www.fetjaine.com/

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