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FEAR & LOATHING IN ROUEN A poil sur le 106

Rouen, samedi 8 Novembre 2008 Alors que je passais mon temps à écouter Fall in Love With Me d'Iggy Pop, le temps m'a rattrapé. Quand l'on vous projette trois (...) suite

Rouen, samedi 8 Novembre 2008

Alors que je passais mon temps à écouter Fall in Love With Me d’Iggy Pop, le temps m’a rattrapé. Quand l’on vous projette trois putains d’années en arrière, que tout serait à refaire… vous, vous feriez quoi?

Vous feriez mieux, bien entendu.

L’orgue Hammond du Pop complètement imprimé sur mon visage, il est plutôt sûr que j’ai mauvaise mine. Tout ça parce que la mairie a eu la bonne idée de nous offrir des bières pour la venue de Pierre Mikailoff dans une médiathèque de la rive gauche. Thématique Punk pour la fin de l’automne. Les cadavres d’Halloween font des osselets. Désastreuse entreprise conservatrice que d’essayer de cristalliser cette époque. Plonger dans le formol la possible vérité historique d’une révolution culturelle. Bien, bien… tout cela est largement derrière nous de toute manière.

Cristal Palace @ 104Comment juger de cela, une canette bien fraîche dans la main, entouré de panneaux annonçant “livres pour adultes” sur toutes les étagères qui encadrent le bar. Je demande naïvement à la bibliothécaire s’il s’agit là de vrais livres pour adultes. Elle opine frénétiquement du chef. Pas de doute là-dessus.

Bref, on picolait gratos depuis 16 heures de l’après-midi, d’où mon sentiment brutal d’être revenu 3 ans dans le passé. Quitter cet endroit pour fumer (lieu public), fumer pour aller à la quête d’une autre bière, une autre bière pour fumer à nouveau. Avaler des Hamburger sur le chemin (parce que ça c’est la bouffe pop) et se diriger vers un chapiteau, nouvel endroit rouennais… le 106.

Saviez-vous que Voxpop avait fait un papier sur Rouen ? Les salauds. Confirmer sans finesse l’ennui des gens, continuer à dire que tout est foutu, et le tout écrit par des macaques alcooliques pensant qu’une bonne soirée ça se passe au Truskel club entre consanguins dans la médiocrité du rock indépendant. Ca pause comme un sacré problème éthique. Faire un podcast vidéo pour y foutre Coldplay comme meilleur album de je ne sais quoi (peut-être du dimanche, de la nuit, pour mieux vivre en pyjamas) et BB Brunes en concert “acoustique”. Oui mon gars, unplugged comme un retour d’acide sur MTV. Et après tout cela, dire qu’on s’emmerde a Rouen…

Ca, c’est parce qu’il ne mange pas de Hamburger en marchant en compagnie de A.L Hand.Tout comme le feraient des mecs cools : éblouis par les projecteurs d’une foire temporaire, en balade sur le pont, version The Passenger de Mystic River. Digne. Ne laissant pas une tache de sauce sur les doigts.

Bref, le 106. Un endroit où iraient les branchés si Rouen en comptait plus de 10.

Des branchés mormons, forcément, seuls êtres de rêve étant capables de supporter une ambiance type Capitaux + Bière sans Alcool. Soyons plus clairs : l’endroit se veut familial. On ne vous vend pas de rêve ni d’ascension sociale, juste deux scènes au coude à coude permettant d’enchaîner les concerts à la vitesse de l’éclair, vous empêchant ainsi de passer par les toilettes chimiques. Familial donc.

Les places étaient forcément hors de prix. Ce qui déontologiquement pour un journaliste non diplômé est inacceptable. Heureusement que nous avions des places gratuites. D’ailleurs il est ridicule de payer le moindre concert à Rouen. Il suffit de contacter les salles, labels, ou ce que vous voulez, dire que vous êtes de radio campus Rouen, et ils vous mettront sur liste. Encore faut-il savoir ce qu’est une liste.

Moi en l’occurrence, mon excuse reste Gonzaï.

Bon, ce concert alors. Déjà, laissez-moi vous dire que nous n’étions pas drogués, ni même fous ou bien accompagnés. Juste venus voir se brave Texan de Scott H. Biram, et, pour ma part, découvrir Cristal Palace sur scène.

Première chose : je porte le même jean que la chanteuse. Peut-être fait-elle une taille de plus, mais je suis un vrai esthète. Sinon, c’est vraiment le même. Piqué à cette blonde à laquelle je ne peux m’empêcher de penser, mais qui n’est pas Brigitte Bardot. Et cette chanteuse porte aussi ce chemisier bleu H&M que je connais si bien, et cette veste à manches courtes et col large. Bref, s’installe pour ma part un léger malaise introspectif.

Cristal?Cristal Palace. Concert plus que surprenant. Dansant. Dansant plutôt bien même. On peut aller jusqu’à dire que j’ai adoré. Un groupe se comportant comme des ados qui voudraient baiser comme des adultes. Piquant comme l’acide, le dédain trahit un stress, la pause un malaise, la fébrilité une grande force. C’est juste notre époque. Un concert qui m’a fait penser à beaucoup de gens. Toute ma génération en fait. Et j’ai dansé… tout seul. Enfin, comme je fais d’habitude: avec les pieds qui tapent.

Lester Bangs aurait pourtant dit cela: pourquoi gardent-ils le vieux de la bande. Ok, c’est un mec que j’aime bien, le meilleur musicien et certainement le cerveau du groupe. Mais, sans lui sur scène mon gars, les gens oseraient avoir les sous-vêtements humides. Parce que là, il fait un peu papa qui surveille. Alors que quand le chat n’est pas là…

Voilà, je viens certainement de blesser quelqu’un encore avec mes dires. Mais bon, le travail de journaliste c’est aussi cela. Amener son regard de spécialiste sur les questions qui tissent notre monde.

Cristal Palace donc. J’ai vraiment adoré être bourré à l’avance, ca n’a rendu le concert qu’encore plus incroyable. Un concert premier degré qui ferait danser des salles entières s’ils rencontraient leur public. Si les jeunes n’étaient pas tous dispersés par chapelle, qu’ils étaient réunis par le simple fait de leurs âges et leurs envies. Encore faudrait-il qu’ils en aient des envies.

Allez, pas le temps d’aller aux toilettes, et déjà j’entends le chaos : guitare bougie, voix saturée, la tôle des pissotière qui vibrent. Oui, Scott H Biram. J’ai passer le concert à regarder mes voisins de derrière mes incroyables cheveux tout en faisant cette danse dont seul moi et mes talons avons le secret. C’est entre la pause Pete Townshend et le square dance. Scott a d’intéressant son aura de plouc gratiné, sa capacité à maltraiter les guitares et faire la voix du routier dans la CB. Il fait du blues de manière violente et a des vrais phrase de génie guitaristique. En toute honnêteté, il était fatigué ce soir-là. Raison pour lequel il m’offrira plus tard la fin de sa bière.

Vous aimez, vous, les concerts où le public a l’air d’être venu par hasard ? Moi ça m’exaspère toujours. Aussi exaspérant qu’écouter les comptines du genre People Are Strange a 21 ans.

Je devrais en dire plus sur H.Biram. Parler de son Mojo hybride entre sexualité et meurtre. Son regard fou perdu sous sa casquette de milicien. L’incroyable fraîcheur exotique qui peut se dégager d’un homme ayant le physique d’un oignion frit.

Scott finit sont concert, tout le monde a l’impression d’avoir vu un OVNI alors qu’il est juste ce que la musique devrait être. Quelque jolies filles quittent ce lieu pour un horizon qui m’est bien inconnu. Je préfère camper devant le concert de machin chose (Adam Green… affreux gars celui là. Avec son perfecto rouge tout neuf et sa soupe sirupeuse. Un vrai affreux) et offrir du feu à qui le veut. Bon pari qui me permet de rencontrer Valentin ou Cupidon… je sais plus. Chouette gars qui nous offrira le toit d’un ami pour aller finir notre soirée.

« Average Saturday Night » comme dirait l’autre. De ces moments où l’on comprend que la province a exactement les mêmes problèmes que Paris : les gens manquent de bon sens. Ils ont beau être de véritables amoureux musicaux, des gens dévoués et travailleurs, il ne tissent pas les réseaux, ne fédèrent ou ne donnent pas de la vie à ces moments qui pourraient être « some really cool times ».

www.myspace.com/cristalpalaceband
http://www.myspace.com/scotthbiram

3 commentaires

Ah c’était beau quand Jon Spencer est venu, il y a quelques temps !
L’assistance entière secouait la tête sur les magnifiques rythmes bouseux d’Heavy Trash en rêvant de se baigner dans le bourbon, et le barman avait peur de se faire saigner à cause de sa Tourtel bio renommée “pur malt”.
Le seul moyen de boire de l’alcool dans ce camping, c’est d’être sur scène.

Commentaire par Bolivar, le Lundi 24 novembre 2008 à 13:23

Bravo Voxpop c’est effectivement de la grosse bouse (Je n’ai toujours pas compris l’intéret de ce magazine qui n’est qu’une sous copie de Magic )bon article tres bien écrit sinon

Commentaire par dorian, le Lundi 24 novembre 2008 à 22:13

Article veritablement magnifique. Pour Voxpop, rien que l’idee de faire des reportages sur les villes, c’est cool.

Commentaire par Matt Oi, le Lundi 24 novembre 2008 à 20:49

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