Appartement blanc, blondinet à lunettes et cage à lapin. « Tu fumes pas?», question inutile. Tout est bien trop blanc pour soupçonner ici la moindre trace de nicotine. Adrien Marchand fait tellement jeune que j’oublie de lui demander son âge. Responsable promo’ de chez Fargo, il est l’un des responsables (directs, indirects ?) du retour du folk. Une musique tendance pour les dépressifs trentenaires en mal d’amour. Enfin, justement, c’est pour cela qu’on le rencontre. Essayer de comprendre quelle espèce d’altruisme pousse des gens à porter ce genre de maison de disque sur leurs épaules. L’industrie du cool.
On se pose dans le canapé. Face à nous trônent deux 33 tours : Minor Works de J. Tillman ou le nouveau baba plus efficace qu’un Lexomil, et un album de Lord Of Altamont, groupe à Riffs poilus, franchement bas du front, mais on en redemande. La croix et le pentacle, le blanc et le noir comme pour nous dire que Fargo ne rime pas qu’avec Folk. En fait, Adrien Marchand vient du punk, a une basse avec un micro trop large pour être honnête et vient de faire sortir le dernier Against Me par son label.
Adrien Durand par Muntz Termunch #1 Voilà pour le personnage. Mais la vraie question qui nous intéresse aujourd’hui, c’est le business. Quelle place laisse le métier à l’artistique. Surtout dans notre époque, celle où tout le monde a besoin de renflouer les caisses. Qu’est ce qu’un label peut attendre d’un artiste. Surtout quand le label, à sa naissance, était un hobby ?
Fargo, à la base c’est Michel Pampelune : rattaché a une major, il sortait lui-même des Neal Casal par amour de la musique. Le genre de néon rouge que l’on allume au milieu de la nuit : faire connaître les songwriters américains au public français. Ainsi, en 2001, Fargo devient l’auberge des ricains n’ayant aucun refuge dans l’Hexagone. Le réseau de manageur se met en route, joue au ping-pong et très vite, Ryan Adams se retrouve dans les sorties du label.
C’est avec ce genre d’accident que l’on peut rencontrer le succès : Alela Diane, débauchée au détour d’un blog, vend aujourd’hui 40 000 albums en France avec seulement une demi-page de pub dans les Inrocks . Comment ? Le cercle des sympathisants de Fargo s’est mis en route. France Inter , Télérama , Inrocks ; puis s’étend avec France 3, Le grand journal … Circuit bobo certes…
Mais quel genre de public peut écouter des chants indiens de nos jours ? Vous reprendrez bien après votre cours de Fen Chui…
Le problème : la machine à bobos a ses limites. Les ventes sont, à ce stade, bloquées. Même après une Cigale Sold Out et un Olympia à la rentrée, Fargo n’arrive pas à faire vendre plus d’albums. La recette pour faire dépasser les claquements de pied de la Diane au-delà des auditeur de Radio France ? L’investissement marketing à ce qui paraît. Plus qu’une campagne d’affichage, ce sont des pubs TV, des Synchros pour des spots… ou le must : des passages sur des radios commerciales. Voilà à quoi tient le succès d’un artiste de nos jours : se placer sur une radio commerciale qui demandera subtilement l’achat de quelques spots de pub… Juste pour que les auditeurs reconnaissent les morceaux. Rien de plus.
Adrien Durand par Muntz Termunch #2 Enfermer dans un réseau. C’est le problème de la culture indépendante en France. Quand on sait que Fargo est le premier à avoir sorti Scott H Biram en France (camionneur aussi déglingué que sa guitare), le tout pour essayer de sortir de ce circuit un peu plus tard. Sortir du réseau des folkeurs durs à cuir, couvert par 7 journalistes et soutenu par… par combien de personnes en effet ? En 2004, Fargo s’ouvre au-delà des cul-terreux et des songwriters austères. White Hassle y sera signé. C’est ce que l’on appelle l’expansion Verticale.
Et puis, au-delà des Américains, Fargo commence à avoir ses artistes français, Emily Loizeau et Alexandre Varlet, dans un premier temps. Puis, dernièrement Laetitia Sheriff qui n’a de français que la carte d’identité. Sortir un artiste français aujourd’hui, c’est une chance d’avoir plus d’expositions, profiter des lois sur l’exception culturelle française, ou tout simplement rassurer tous les anglophobes nerveux. L’indépendant Français a le cul entre deux chaises. Et cela, Fargo le prend en compte. Hors de question pour eux de signer des singes franchouillards mimant le savoir faire américain. L’américana française n’existe pas. Alors qu’elle existe en Suède ou au Portugal.
C’est donc toute la grande histoire des Français : nous avons la chanson… et ce sera tout.
Quant au contexte, Adrien Marchand se réjouit du contre-pouvoir Internet. Quand des sites comme Deezer, Nokia ou SFR sont tenus par des gens bien plus ouverts aux labels indépendants que les grosses radios… Dans 4 ans, le vrai pouvoir ne sera-t-il pas celui là, après tout ? Une nouvelle génération de communication pour une nouvelle génération de communicant. Ca vous le saviez déjà, c’est la tendance geek de notre époque. Aujourd’hui, tout le monde fout son grain de sel dans «l’underground». Plus personne ne s’étonne donc de voir Laetitia Sheriff en home page de Deezer.
Quant à la volonté artistique, chez Fargo comme partout ailleurs, l’époque semble être au funambulisme. La tectonique des plaques : arriver à équilibrer la qualité (qui amène un public) avec la rentabilité (ne pas faire trop pointu).
Alors, année 00, année folk ?
Va savoir !!!
4 commentaires
Adrien Marchand … pas Durand …
Marchand Durand … qu’importe me direz vous, seul le détail compte, mais le respect de la personne aussi, ce n’est pas qu’une abstraction !
Je suis d’accord… le problémé, c’est comment changer la légende…
Et puis marchand, c’est plus classe que Durand (Guy Marchand tout de même!!)
La problématique réside dans le titre : “label folk”.
Le folk anglo-saxon affirme un côté très populaire pour des raisons historiques : l’Histoire d’un pays fait de bâtisseurs, de pionniers, de mineurs, de cheminots, de voyageurs, qui se rencontrent et s’affrontent dans des lieux reliés à une industrie florissante (la mine ou le chemin qui mène à la mine - “tchoutchou”).
Il s’agit donc d’une musique errante, qui flâne, qui se perd, qui se retrouve, mais qui cherche compulsivement un foyer inatteignable, sorte de lieu mythique engagé par les écrivains de la beat generation aux doutes existentielles profonds, en proie avec un pays devenu incontrôlable pour des raisons d’économie nouvelle… le capitalisme ayant perdu toute ses dents de laie, ce sont les canines qui crissent sur le planché…
Mais, l’avènement d’un label, dont le but est d’assurer l’industrie du disque à travers la démonstration de certains choix artistiques réels, ne s’oppose-t-il pas aujourd’hui à la tradition réelle des artistes folkeux ?
Fargo : un “label folk” ?
Alamo Race Track, Alela Diane, Cowboys in Scandinavia, Jesse Sykes, Neal Casal, Ron Sexmith… tout cela reste fidèle et sonne bien folk américain.
Alexandre Varlet, Emilie Loizeau, Joseph Arthur, Laetitia Sheriff, là je suis désolé - c’est un choix esthétique fort que je vais faire là - cela ne sonne pas du tout folk et les paroles ne transpirent pas vraiment l’authenticité campagnarde.
En revanche, ce sont tous des personnes qui aime le folk : “j’aime Cohen, j’aime Dylan, j’aime Guthrie, j’aime Seeger”.
Oui, Fargo a le cul entre deux chaises : d’un côté, il y a la scène folk sonnant américain ; de l’autre, la scène folk aimant américain.
N’y a-t-il pas de groupes français qui sonnent américains et qui permettraient de rétablir cet équilibre ?
Voici une première liste :
ARCAHUETAS (Bordeaux)
http://www.myspace.com/arcahuetas
ALASEV (Lille)
http://www.myspace.com/alasev
COSMIC CHARLIE
http://www.myspace.com/cosmiccharlietheband
REZA (Paris)
http://www.myspace.com/rezasongs
THE BLINDHORSES (Lille)
http://www.myspace.com/blindhorses
THE CRAFTMEN CLUB (Guingamp)
http://www.myspace.com/thecraftmenclub
THE CROW & THE DEADLY NIGHTSHADE
http://www.myspace.com/tcatdn
THE PARLOR SNAKES (Paris)
http://www.myspace.com/parlorsnakes
THE SCARLET QUEENS (Paris)
http://www.myspace.com/scarletqueens
21 LOVE HOTEL (Paris)
http://www.myspace.com/21lovehotel
Kiss & Keep on rolling !




ETRE DIEU
Joli papier, chef.
Une bonne ambiance avec quelques jolis phrases ici et là. Et ce panorama des labels français qui mouille la chemise (et pas la culotte) qui progresse, ça, ça fait plaisir.
Pour de vrai.