Face aux folk bluegrass inaccessible parce que lointain (en vrac tous les newcomers de ces dernières semaines parus sur Gonzaï), face à l’indie-rock qu’on me sert ça et là sans que je comprenne comment le nouveau siècle pourra absorber un nouvel Elliott Smith ou Thom Yorke, l’artificiel a toute sa place. Le devant de la scène, instantanément, pour le plus grand nombre, sans réfléchir à la tonalité du morceau ou la portée politique des paroles (qu’on comprend pas de toute façon).
Artifice et intellect. Le combat du fond contre la forme.
A ECOUTER: Tu peux pas FANTOME - Tu peux pas.mp3
Sémiologiquement, Fantôme a tout du groupe artifice : 14510 amis, Nicolas Ullman dans son top friends, quelques références classieuses pour enrober le tout (Tellier, Kermit la grenouille, La Flèche d’Or) et une ribambelle de musiciens cotés (Daxriders, Yarol Poupaud) dans son sillage. Fantôme est surement l’un des prochains buzz parisiens. On les croisera surement au Paris Paris, au Baron et au Show-Case (triumvirat de la hype). Ils porteront de jolis jeans, seront mal rasés et déclencheront un lot d’insultes que seuls les anti-branchés sont capables de balancer à leurs anti.
Mais musicalement, Fantôme, ca donne quoi finalement ?
Un resucée de French Touch style Modjo, un second degré rare dans la France de Benab’, du bitcrusher sur les synthés, un sens précis de la mélodie qui reste en tête, une distance méprisante qui agace autant qu’elle flatte l’égo. En poussant un peu dans l’adoration du vintage, Fantome démodernise le moderne et paradoxalement rappelle un bref clin d’œil à la France des années Bipp, début 80’ (Deux, Jacno). De la chanson kleenex en soie (La faim) au shotgun glacial quinzième degré (l’excellent Tu peux pas), Fantôme énerve avec ses paroles absurdes (Tu n’es pas né à la bonne époque / Tu ne sais pas gérer les TOC).
Pourquoi les groupes «sexy» qu’on qualifie abusivement de «parisiens» marcheront-ils toujours mieux, toujours plus vite, que les autres ? Pourquoi les frustrés ne comprendront-ils jamais qu’on puisse produire de la pop en français sans rentrer dans les carcans (refrains à 1.20, belles gueules sur la cover’, chansons contemplatives sur la société contemporaine) ? Autant de questions qui amènent une seule réponse : L’artifice peut rendre les mélodies sexy sans les dénaturer.
Fantôme, un groupe à (pour)suivre.
http://www.myspace.com/fantomeparis




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