Ou plus exactement, combien de fois peut on déterrer un corps avant de perdre toute dignité ? Est-ce que cela marche comme les légumes qu’on sort du frigo ? Un peu plus vérolés à chaque minute passée à se faire casser la chaîne du froid, jusqu’à ce qu’il soient trop tard pour stopper le processus de putréfaction ? Voilà la parano qui me montait le long de la trachée en compulsant le site de la Cité de la Musique.
Ce mois-ci s’ouvre une putain d’expo en son sein, qui tentera de relier le plus célèbre juif du monde après le christ, Serge Gainsbourg, à la fois à ceux qui l’ont inspiré, touché, influencé, rendu beau. Et à son univers propre (?), délaissé comme une peau morte depuis 91. Vous gardez souvent une mue chez vous, vous ? Moi non plus. Je brûle tout. Du coup, vous pouvez m’idolâtrer sans risque, il n’y aura pas de preuves et pas de traces. Alors que Serge…
Montage“(…) prêts exceptionnels consentis par sa famille” nous dit la brochure. Et mis en place comme une perf’ plutôt qu’un accrochage, par l’illustrateur sonore Frédéric Sanchez. Ca, il en a laissé des marques dans son scenic railway. Il en a recouvertes des partitions de grain de pavots et d’amours mortes. A la pelle. Presque trop, puisque certains fanatiques fétichistes vont l’aimer farouchement pour cela, pour ces miettes qu’il a semées derrière lui, et qui auraient pu n’être que les cendres de ses gitanes. Volutes un jour…
Non content de nous rassembler les membres éparses du créateur, on va les relier avec les créatures de scientifiques. Des technologistes acharnés, décharnés, qui pensent/jouent/mangent/baisent machines. Alors même que l’homme-dieu ne s’était résigné à n’emprunter des studios véritablement tapissés de consoles qu’après avoir joué dix ans de piano et de guitares même pas saturées. Il avait failli fuir plutôt que de continuer et c’était Sly & Robbie qui lui avaient montré qu’on pouvait contourner tout cela, le crétinisme de certains dictateurs d’opinion, par une musique à la fois rock steady et afro et chantée en français (ou pas). Et, donc, produite. Retouchée. Puis le hip hop, le funk, les années fluo. L’occasion de prolonger le trait. Mais pas une perdition, pas une tentation.
S’est-il d’ailleurs jamais perdu ? Même les pub pour Martini ou Caron ont quelque chose d’honnête. De lui.
Pas une fois Gainsbourg n’a cherché à expérimenter sur des machines. Plutôt dans les mots, ça oui. Ou avec les cordes sur l’incontournable Melody. Impossible à ne pas citer. Mais s’en aller trop loin, je ne vois pas non. D’ailleurs sait-on jamais où va un dieu quand il s’en va ?
Alors pourquoi le figer dans cette position ? Reviens, toi, dis leur !
Non en fait je suis jaloux. Jaloux de vous qui vous baignerez dans ce qui fut son monde, et que je ne verrai peut être qu’en photo, cloué que je suis ici devant ma bécane. Ma Remington portative à moi. Et ma raison, en définitive se perd dans ces 10 lettres là…
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