Pas d’accord. Certains ont mis le feu, imploré la grêle, la tempête… D’autres feront la révolution. Ce sont les 7 plaies du gouvernement, retransmises en direct sur TF1. Moi, je préfère m’exiler assez loin. Quitter mon travail de journaliste gonzo. La subjectivité étant devenue l’officielle ligne de conduite du pays (du parti ?). Non, je pars travailler le fer en Russie… Cela m’évitera de trop réfléchir.
Le Départ: Paris: 00h00: Lundi 14 Mai 2007
Le déserteur préfère fuir de nuit. Ce n’est pas la lâcheté qui me pousse à partir, juste l’incompréhension complète. Le nouveau président possède un goût prononcé pour la musique populaire à tendance vieillissante. Et moi qui croyais que les révolutionnaires français s’étaient appuyés sur les humanistes de la Pléiade… Et là, c’est un combat de colonne de chiffres, de statistiques et de pourcentages pour savoir comment les gens travaillent, comment ils vivent, s’ils sont heureux en regardant le maillon faible, leur niveau de conscience morale. L’anonymat du chiffre contre l’individualité humaniste. A-t-on changé de république ? Peut-être, après tout.
Alors j’ai préparé un sac, un petit sac car il faudra tout recommencer sur place. J’abandonne mes albums, ma collection de Zippo et mes trois chats. L’on ne peut pas emmener toute sa vie avec soi lorsque l’on veut se reconvertir dans l’acier en Ex-URSS. Je n’emporterai avec moi que le strict nécessaire : Mes Ray ban mercure, mes bottes, mon porte cigarette et une moto hybride qui n’a plus vraiment l’allure américaine depuis que le drapeau sudiste s’en est détaché.
Pourquoi la Russie, alors? D’abord, par défaut : un oncle m’a trouvé un poste chez un sous- traitant d’Arcelor. Je vais pouvoir réaliser un rêve de gamin ; vivre comme un ouvrier communiste des années 30. Adolescent, ces images me fascinaient. Ces types étaient des sortes de martyrs pour moi, des Christs modernes, souffrant pour un grand idéal d’égalité. Et puis je déteste la chaleur… La Russie semble une solution radicale face à toutes ces considérations météorologiques.
Mais j’ai aussi des raisons personnelles : le journalisme tenait une telle place dans ma vie. L’écriture, la dénonciation et la mauvaise foi… Je n’en veux plus et, en Russie, je suis sûr de ne pas replonger : au moindre feuillet publié, je vais me faire flinguer par un sbire de Poutine. L’envie ne me reprendra pas de sitôt.
Voilà, les affaires sont bouclées, j’ai relâché les chats dans les gouttières pour qu’ils retournent (eux aussi) à la vie sauvage. Je vais laisser la porte de mon appartement ouverte. Peut-être qu’un vieux diable y trouvera refuge en ces années sombres (avant que ma folle de propriétaire ne lui envoie ses deux fils pour lui casser la gueule. L’un des deux est gay en plus…)
Après avoir envoyé ce mail, je détruirai mon Mac. Je refuse toute édition posthume, du moindre de mes écrits… Que personne n’aille piocher dans mes journaux intimes d’adolescent pendant que je travaille l’acier en Russie.
Ce sera ma derrière expédition gonzo. Au bout de ce voyage, la masse anonyme m’attend.




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