Jeudi 17 Mai - au nord du Neisse - 19H48
Quelle horreur, me voilà filant à toute allure sur la Pologne, poursuivi par une tempête de grêle et d’électricité. Des forces célestes me repoussent hors d’Allemagne, me chassent comme une vulgaire maladie exotique. C’est vrai que l’exotisme n’est pas le fort de l’Allemagne. Que l’on passe de la cuisine à l’architecture, d’Ouest en Est, ce pays laisse une drôle d’impression de déjà vu partout ou l’on passe. Un pays si proche du notre… Et pourtant la langue y est incompréhensible.
Arrivé de l’autre coté de la frontière, je me suis demandé ce que je connaissais vraiment sur l’Allemagne, ce qu’il y avait autour de Bismarck, Wagner et le Nazisme. Les français ne savent pas grand chose sur leur voisin, leur nouveau meilleur ami européen. Alors je me suis dit choucroute (J’avais tort), puis fête de la bière (uniquement en octobre) et enfin concours du plus grand kebab. Voilà une jolie vue d’ensemble. Je serais bien allé au concours du kebab géant. L’idée de voir un millier de personnes manger une pièce montée de viande de moutons, tellement épaisse qu’elle doit être cuite au laser; cela me réjouissait au plus haut point. Et puis imaginons les odeurs d’oignons, les allemands fraternisant avec les turcs, échangeant bière dégueulasse contre mauvais shit afghans. L’échange culturel et la politique communautaire dans toute sa splendeur.
Ainsi à Cologne, une première angoisse me prit immédiatement à la gorge: je ne parlais pas un seul mot d’allemand. Je me retrouvais dans le premier pays de ma traversée où il allait être impossible d’expliquer à la police nationale les raisons de ma fuite. Je pensais qu’au pire j’aurais pu les amadouer avec la Saint Benoît dont était garni mon sac. Le policier allemand étant toujours montré dans les séries de ce beau pays comme un type jovial, joufflu et à la moustache fournie, je n’avais donc aucune inquiétude à me faire de ce coté la.
Parti de Cologne, j’appréciais ma première expérience des autoroutes sans limitation de vitesse. Folie et escapades en prévision. C’était le moment de tourner la poignée de gaz, sentir un peu le rugissement de la bécane entre les jambes, la force de l’accélération poussant vers l’arrière. Mais ma moto ne faisait rien de tout cela. Elle avait beau être une vieil BMW, les autoroutes nationales ne l’avaient pas mis en confiance plus que cela. Mais le pire restait encore de croiser une Renaud. Mes compatriotes trop heureux de pouvoir s’en donner à cœur joie était de loin les plus dangereux des automobilistes de ce pays. Que voulez-vous… Le complexe français.
Passé par Hambourg, je me permis un petit plaisir de mon ancienne vie. Cela m’avait prit quand, passant dans un coffee shop où tout était définitivement à la cannelle, je put apprécier le doux murmure du Rap allemand. Il faut comprendre quelque chose sur ce pays: c’est qu’ici Rammstein est l’équivalent de Lorie; et que la moindre production musicale est connotée gothique. Oui même le rap. La TV offrait un drôle de spectacle: le MTV Allemand. Quel bonheur. Voilà un MC blanc prenant des poses à la Nick Cave période Tender Prey, siégeant sur un siège fait de crâne de singe, flanqué de deux danseuses gothiques aux fesses blanches. Et ces danseuses au lieu de faire trembler leurs fesses de bas en haut en mini short comme dans tout clip Hip Hop, tournaient élégamment sur elles-mêmes, habillées de guêpières et sous vêtement pleins de froufrous.
Les jeunes d’ici devaient être bien perturbés à voir des images pareil. Déjà que le Kraut Rock n’était pas une musique facile, s’ils n’avaient même pas les référence Snoop Doggy Dog mondiales, ils devaient être en complet décalage avec le reste de la planète. Pourtant ils n’avaient rien du nihiliste complet ou de l’anarchiste poseur de Bombe. Au sortie des écoles on pouvait apprécier des filles aux couleurs roses fuchsias se baladant en groupe en mangeant des hot dog. Une armada de marshmallows mobiles, le cauchemar du diabétique.
J’évitais Berlin. Il est vrai qu’à l’est d’Hambourg, la campagne n’avait rien à voir avec ce que j’imaginais: cela ressemblait à la Picardie, les villes construites comme Glasgow. Tout était désolé. A croire que les américains avaient vraiment balancé une bombe nucléaire ici. La Moto répondait bien à mes coups de poignets, le porte-cigarette entre les dents, je m’éclatait un saint benoît en roulant. La Pologne n’était plus très loin. J’allais réussir ma conversion communiste.




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