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EXIL ON CLEANED STREET Dead end street….

Russie, juillet 2007, 22.47 La police frontalière s'est carrément foutue de moi. Ca arrive de tout se faire voler, c'est une question de survie parait-il. A partir vers le (...) suite

Russie, juillet 2007, 22.47

La police frontalière s’est carrément foutue de moi. Ca arrive de tout se faire voler, c’est une question de survie parait-il. A partir vers le point de non retour, traverser la Russie d’une traite. Ma seule escale sera à Moscou. Je n’attends plus rien de se voyage, je suis affaibli, il fait froid… Et mon entre jambe me démange terriblement.

Embardée violant sur une soi-disant autoroute. Des voitures qui apparaissent comme des fantômes bannis de la terre. Il parait qu’il va y avoir des tempêtes de neige. A la bonne heure. La mauvaise idée de n’avoir qu’un casque en forme de bombe sans aucune cagoule. Et des camions énormes, passant tout prêt de moi, s’évanouissant dans les cris des porcs apeurés qu’ils transportent. Je viens de toucher l’enfer, sauf que l’enfer est fait de glace.

Mon jean est durci de crasse et de cambouis. J’ai beaucoup de mal à descendre de la bécane. J’arrive à allumer une Camel à la lueur d’une petite flamme mouvante de Zippo. Première bouffée, extraire le filtre de mes lèvres craquelées. C’est toute ma bouche qui est en feu, remplie d’aphtes et d’un arrière goût de sang sur ma glotte. Impossible de retirer mes Ray Ban pour rentrer dans ce tripot: elles se sont soudées a mes sourcils par le froid. Je suis condamné à garder ce regard miroir pour un bon bout de temps, mes yeux ne devenant que le reflet de ce que je vois. C’est une mauvaise cabane pour routier. Pour quelque roubles on aura certainement droit à une purée de ragoût ou je ne sais quel légume servi dans un bol d’eau tiède. J’essaye de penser liberté, dernière illusion, exil de l’homme pensant. Mais mon cerveau est bloqué par le froid. Et quand mon esprit se vide, c’est les démangeaisons de ma mycose qui reprenne le dessus. Je dois puer, les routiers du vieux continent se retournent sur moi. Peut être sont-ce mes cheveux glacés qui font forte impression. Je préfère ne pas y penser, me concentrer sur mon bol d’eau et les carottes qui y nagent… De drôle de sous marin orange.

J’ai repris la route; le blizzard aussi. Les conducteurs ici ne croient certainement pas à la dame blanche: ils vivent continuellement avec. J’évite une queue de poisson de justesse. Je pense un peu à mon ancienne vie. Le combat continuel de survie est ici beaucoup plus concret: il ne s’agit pas de rendre ses impôts à l’heure ou être au bon endroit au bon moment. Non, ici c’est juste éviter trois tonnes de ferraille à peine maîtrisées par un gros rougeaud plein de Vodka. Comme ce gros crissement de pneu que je viens d’entendre… un Klaxon… l’odeur de gomme… Trou noir.

Comment me suis-je retrouver dans cette étendue de neige. La glace vient piquer la large plaie saignante que j’ai sur le front. Pus de casque. Je ne voie plus rien qu’une grande étendue d’eau. C’est de la neige fondue sur ma lunette: elle n’a pas bougé. Il y a des odeurs autour de moi: de l’huile, de l’essence, du sang et de la chair brûlée. Cela doit émaner de la grosse carcasse de Volvo qui flambe tout près de moi. J’irai bien me hisser jusque le bas, mais mes bottes ne répondent plus. Autant attendre ici, se reposer un peu dans la neige. J’attraperai bien une Camel mais je ne sens plus ma main. Je pense m’être cassé aussi quelques dents. On a jamais dit que ce voyage serait facile. Je pense exilé… exile… exil… Exil on main street.

Un commentaire

[...] Dead end street: Fin du voyage [...]

Commentaire par EXIL ON CLEANED STREETS - “J’ai mal à ma France” | Gonzaï, le Lundi 9 juillet 2007 à 0:42

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