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EVRIPIDIS AND HIS TRAGEDIES Pop ibérique

En 1974 sort Phantom of the paradise, prémisse du "rock-opera-à-mascara-qui-dégouline" et de la théorie des masques cache-visage. 1974, Daft Punk n’était même pas né. Sur les écrans se (...) suite


En 1974 sort Phantom of the paradise, prémisse du “rock-opera-à-mascara-qui-dégouline” et de la théorie des masques cache-visage. 1974, Daft Punk n’était même pas né. Sur les écrans se dessinait alors le visage de l’horrible Swan, dont l’histoire ne retiendra pas qu’il s’agissait en fait de Paul Williams, génial compositeur de la musique originale du film. Paul, il n’en a cure de la reconnaissance, les rééditions Dolby de Phantom lui suffisent à cacher sa calvitie naissante.

En plus, sa descendance est assurée. Paul, trente ans après son heure de gloire, a en effet un fils spirituel. Un disciple venu d’Espagne, qui a préféré les touches d’ébènes aux cordes souffreteuses de la guitare : Evripidis and his tragedies. Et ce premier album éponyme, pas encore diffusé en France, c’est une ode à Brian Wilson (bien plus qu’aux Beach Boys), avec ses longues descentes sur le piano en accords triadés sur le volet, cette même tentation des mélodies shup-shup-dow-wap arrangées à fond les violons, l’envie de faire l’amour les yeux fermés.

Transylvania est tout de même meilleur que dix albums de Keane réunis. Pourquoi Keane ? Simplement parce qu’au rayon des mélodies pop sur piano, peu sont ceux à avoir touché le jackpot, parce par les temps qui courent, la beatbox fait plus de bling bling qu’une mélodie aussi belle que Transylvania, sorte de conte pop pour les enfants qui n’ont pas sommeil. Et c’est carrément le baron Munchausen qui s’invite sur Some nights are sleepless. Ni plus. Ni moins. On vit le morceau comme une longue descente en Triumph sur la côte d’azur, avec Grace Kelly au volant. Dérapages incontrôlés… Il y a du bonheur et du danger. Evripidis and his tragedies propose une alternative aux mélodies les plus douces de REM, comme Nightswimming, dans des versions nettement plus cinématiques, pas très loin de Hunky Dory. Le résultat est à la hauteur des espérances, en dépit des clichés qui nous feraient dire que le rock espagnol sera toujours en dessous de ses voisins.

A force de refuser de choisir entre la pop, le classique et Daniel Johnston, Evripidis gagne ses galons de meilleur espoir ibérique. On mise beaucoup sur ce garçon, sur des chansons aussi poignantes que Ru ru I’d love to. Ecouter Evripidis, c’est une vision : quatre Claudettes déchiquetées par une bombe, rampant vers la sortie de la discothèque. Beau, tragique et surréaliste à la fois ; le Bunuel pop en quelque sorte.

Evripidis and his tragedies // Evripidis and his tragedies // Touch me Records

http://www.myspace.com/evripidisandhistragedies

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