Alors que le monde embué considère Rose comme une musicienne émérite, et que Cocorosie semble faire l’unanimité chez les trentenaires en manque de compilation new-age enregistrée sur toy piano, Fargo sort cette compilation insolite. Even cowgirls get the blues, sorte de recensement qui aurait vu un sondeur éclairé frapper aux portes indé pour dénicher le meilleur de la scène blues indé vu par les femmes. Ce qui n’empêche pas l’album d’être sévèrement burné. Et les femmes de chiquer sévère dans les prairies réservées jadis aux hommes.
Even the cowgirls get the blues, c’est tout d’abord un annuaire rempli d’inconnues pour la plupart des auditeurs (ceux de Rose, Cocorosie, cf le développement d’idée initié plus haut), et autant de pathos jeté sur la table sans préméditation. Un poker musical où chacune miserait son tapis sans se soucier des pertes, se foutant des tendances. Il y a ensuite ce folk habité par le gospel chanté par Alela Diane, The pirate’s gospel, qui refroidit par la chaleur des sentiments. De ceux qui sont exprimés sans retenue ni regret. Devendra Banhart semble avoir mis un soutien-gorge pour se balader dans la forêt de l’Oregon. Et les surprises vont grandissantes, faisant croire en une alternative à la mode des femmes trashs jugeant que ne pas se raser sous les bras, c’est être rock. Patti Smith. 1978. Easter. La messe est dite.
Les femmes ont le blues c’est un fait, et porteraient presque la culotte à l’écoute de la compilation qui tente la complication : Proposer un large spectre de créations souvent disparates (Haley Bonar et son Daisy Girls aux allures d’Alice in chains sous Tranxen) mais qui jamais ne disparaissent. On s’attend premièrement à un melting pot de femmes chantant la catharsis au coin de la cheminée, et ce sont 17 compositrices originales qui sortent de terre. Le blues est souvent vicieux ici, n’échappant pas à la tentation de la folk fatale style Jewel qui fait mal aux ovaires (Lauren Hoffman et son inter-minable As the stars). Heureusement, le sombre Rise off our feet de Carrie Bell remet la barre bien haut. L’auditeur, lui, tente de mettre la perche au même niveau.
Et fait étrange, ce sont les pistes dénudées qui habillent le mieux les bleuettes. Quelque part entre Cat Power et Tamara Williamson, Bosque Brown dépose sa voix sur un fil qui tremble. L’émotion est trop forte, et les sanglots remontent, sans savoir pourquoi. Sorte de vicieuse chanson d’enterrement irlandais. La Bosque est roublarde, et mériterait un album complet, là, tout de suite.
Even cowgirls get the blues lance donc un concept original : Celui de la compilation réussie, avec son lot de grandes suprises (Mariée Soux et son Wizzard flurry home très proches de The Lows Lows pour la modernité, ou Pentangle pour la postérité). Les femmes montrent qu’elles aussi peuvent avoir envie de mourir. On n’a jamais été aussi proches de la Femme, nous pauvres hommes remplis de testostérone. Le titre à se tirer une balle dans la tête revenant au final à Jesse Sykes avec How will we know, le genre qui plastronne sec et plaque contre le mur avec cette voix sortie du bayou. Un blues à crocodile, ca oui, qui donnerait envie de devenir une femme, là, tout de suite.
On pourrait terminer cette chronique en élargissant, pensant à la condition des femmes dans le monde, leur importance dans la musique depuis Sister Rosetta jusqu’à Cat Power. La vérité est ailleurs. Les femelles ont musicalement dépassé les mâles sur le terrain du blues. Point final.
www.myspace.com/fargoevencowgirls
Compilation Even cowgirls get the blues // Fargo // Sortie le 24 avril 2007




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