“Ce qui est bien dans un apéro, c’est lorsqu’une bonne âme lance un projet de soirée et que tout le monde le saisit au vol. S’en suit généralement une fine équipée dont l’issue est incertaine. C’est l’une d’elles que je vais tacher de vous conter (ma mémoire est embrumée).
Nous avions commencé par vider des cubi de mauvais vin dans une salle de notre école. Foutu dehors par les techniciennes de surface, c’est en réponse à ce mauvais traitement que Frédérique a jeté ce « tous aux Disquaires » qui fut le cris de guerre de la soirée.
Rue de Charonne, nous tanguions tantôt à droite, en direction d’un verre d’alcool, tantôt à gauche, dans les bras de quelques gerces avenantes, puis nous finîmes par échouer aux Disquaires pour la soirée Gonzaï. Ce site web tenu par des vieux croûtons journalistes de rock m’amuse. Les papiers sont bien écrits mais tout tourne autours des mêmes références : Hunter S. Thompson, Patrick Eudeline, Bukowski, Bob Dylan et compagnie. Lorsque je pense à ces gens-là, je ne peux m’empêcher de les imaginer en cercle, se masturbant tout de go sur leurs point communs et leur microcosme obsolète. Mes camarades ne connaissaient pas l’objet de mon opprobre. Malgré leur état, il furent tout de même dérouté par l’horrible voix de Patrick Eudeline (Qu’est-ce que je vous avais dit sur leurs « icônes » !). Je leur explique qu’il fut le chanteur d’Asphalt Jungle, l’un des premiers groupe punk de France, et que tous les types mal rasés qui trainent là ce soir le vénèrent. Patoche s’en va réajuster son dentier et laisse la place à un vieux loup de mer à la tignasse grisonnante (Tony Truant). Ses simagrées insupportent A.L.I (mon soce à trois lettres) qui profite des solos de pépère pour s’emparer du micro et dédicacer à notre crew. Friant de comique de répétition, il réitère son acte jusqu’à se faire charger par le rockeur canonique, sa guitare en guise de lance.
Je suis des amis fumeurs à l’extérieur et on me présente un des membres de Gonzaï. Nous échangeons, parlons d’une critique injustifiée qu’ils avaient émis envers BH Magazine, convenons de leur mauvaise fois assumée (donc respectable) et trinquons bons amis.
Lorsque je reviens, Thierry Theolier s’échauffe pour un futur tour de chant. Le pogo est festif mais dégénère. Un vieux a la gueule en sang et, détail chic, parsème les touches du piano de ses globules. Les lumières se rallument, le service d’ordre s’allume et les détracteurs partent en fumée. Profitant de cette accalmie, une vieille bique insiste pour réciter un poème sur « La femme moderne ». Sa requête tombe à l’eau car l’équipe de Paris Dernière est annoncée. Les rockeurs aigris se muent en postulant de la Star Académie. Ils tiennent à leur quart d’heure de gloire et sont prêts à mordre le malheureux qui tenterait de leur voler un pouce de terrain. Thierry Theolier entame son tube « Baiser avec une Boat People » et l’équipe TV arrive. Xavier De Moulins est accueilli par une foule faussement déchainée où se mêle minets déguisés en tigre, épaves montrant leur sexe, pique assiette jouant les dégénérés et nabots aux oreilles décollées. Pour l’occasion, Theolier paraphrase son propre texte et crie « Je veux baiser avec Xavier De Moulins ! » Les images sont dans la boite, le bon peuple de la contre culture est satisfait, tout le monde peut rentrer se coucher. La sale se vide fissa et j’erre dans la rue avec des amis qui déclament avec emphase « la Bible c’est un peu comme le Guide Michelin ». J’ai une pensée pour le voisinage qui entend ce genre d’ineptie alors qu’il souhaite le repos du corps (et pas encore de l’âme).
Rue de Charonne suite et fin. Je remercie l’instigatrice de cette soirée « Vous êtes une chic fille, Frédérique », et rentre me coucher en me demandant si je finirais par être un vieux con talentueux.
Par Foucauld
(Photo : Hedi Slimane)







PLAY BLESSURES
héhé..