Parce qu’elle viendra toujours vous porter compagnie quand vous êtes seul. Qu’avec elle, n’importe quel jour pourri est doux, qu’elle vous réveillera avec tendresse et vous fera veiller toute la nuit. Parce que Esther Phillips est LA chanteuse soul. La plus juste, celle qui ne simule pas la blessure pour être sublimée. Elle est sublime, voilà tout.
“A junkie walking through the twilight / I’m on my way home”
Esther PhilipsAlors que je marchais sur le front agité de nos grands complexes urbains, à la recherche de quelque chose pour me divertir, le cadavre vain d’Amy Whinehouse vint me hanté. Son corps exposé à la scène, le nez en sang et le vomi aux lèvres, une image ridicule balayée en une mesure par cette chanson : Home is where the hatred is. Je fus pris de nausée, pensant à toutes ces icônes actuelles s’incarnant à l’esprit des gens par leurs actes d’autodestruction. Je n’ai pu que plus en apprécier la substance des martyrs du passé. Le blues, la soul, ce n’est pas cajoler les gens recroquevillés sur eux en leur glissant des mots rassurants. La soul c’est être droit sur ces pieds pour mieux dire « lève-toi et marche. »
“I can walk until my back ain’t got no bones.”
Il y avait chez Esther Phillips cette chose qui permet a un musicien de devenir plus important qu’un homme d’état ou un grand scientifique. Cette capacité de faire quelque chose pour sa communauté, avec l’art le plus fin, le plus radieux qui existe dans son registre. Certes, musicalement, Esther dans les années 75 - 85, c’est CTI, soit le panel des meilleurs musiciens de tous temps sur ces disques. Une musique complètement contrôlée pour mieux faire jouir. Chaque thème, break, mouvement est d’une telle justesse qu’elle procure un orgasme continu. Quant au texte, à la diction et aux histoires… la dose d’humanité qu’elles contiennent ne peuvent rivaliser qu’avec Jésus. Et encore, seulement parce que celui si est connue.
« I Need a Fascination/ For the Black Eyes Blues »
Mais Jésus tout de même. Un Jésus dans l’enfer du gris et des barres d’immeubles de tous les quartiers noirs américains des USA. Un endroit où il règne cette atmosphère si particulière à la culture black des année 70. Comme si l’école de peinture flamande avait découvert la sexualité. Tout n’y est que frisson, danger et besoin d’expansion. Les mouvements y sont félins, l’odeur y est forte. Dans ce décor, un peuple prend sa revanche, marque l’histoire de manière indélébile. Leurs médias, leurs porte-paroles sont des gens qui ne prônent qu’une chose : le dépassement de soi. Artiste, sportif, humaniste, aucun n’utilise le discours misérabiliste. C’est l’anti-plainte, le contre-blues crétin. Ils se font intouchables et rien d’autre.
Et si l’on se regarde un peu aujourd’hui, toujours à la recherche de nouveaux jeux, qu’est-ce que le monde peut nous sembler fade. Même cette magnifique musique, rythm & blues, soul, qui a été vidée de sa substance. Vidée de ce qui est sensé nous rendre tous éternels. Ce qui nous fait supporter la mortalité et le mal des siècles : La possible existence de l’âme.
A l’écoute d’Esther Phillips, il ne nous est plus possible de douter.




ETRE DIEU
Soul is music, music is soul. Beau papier abstrait (et plein de fautes !) sur le pouvoir absolu de cet art des rues et du ciel. J’ai certaines compiles où d’illustres inconnus démoulent d’uniques singles touchés par la grâce. Je ne connaissais pas miss Esther et, bien entendu, elle est magnifique ; quelle voix ! Merci LJT