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EGON SCHIELE La décadence viennoise proto-punk

Egon Schiele voit le jour le 12 juin 1890 à Tulln. Et ses autoportraits sont autant de visions de Tom Verlaine dans un CBGB pourtant à des années (...) suite

Egon Schiele voit le jour le 12 juin 1890 à Tulln. Et ses autoportraits sont autant de visions de Tom Verlaine dans un CBGB pourtant à des années lumière du Vienne de 1900.

Elle danse elle danse la décadence.

Egon montre déjà très jeune des prédispositions pour l’art. Il commence à peindre en 1905, l’année où meurt son père, il est alors âgé de 15 ans. De ce drame naîtra en lui une vision du monde sombre et tourmentée.

À Vienne en 1907, après une entrée à l’Académie des beaux-arts, où il a du mal à supporter la tutelle académique de ses professeurs, il rencontre Gustave Klimt. Bien plus qu’une relation élève/maitre, c’est une fascination et une inspiration mutuelle qui naîtra entre eux. Mais petit à petit Schiele s’éloignera des cercles artistiques Viennois pour se renfermer sur lui-même.

À peine 17 ans, Schiele est un artiste d’une maturité déconcertante. Il se crée un univers toute en couleurs violentes, en lignes coupantes et en formes grossières annonçant un style expressionniste inimitable qui choque le sens esthétique du public.

Charnier pictural.

S’y ajoute une composante sexuelle, la nouvelle forme d’expression essentielle de Schiele, représentations érotiques à la limite de l’art et de la pornographie. Dans chaque tableau, telle une constante quasi dogmatique, la présence inévitable de la Mort et du Sexe. Eros et Thanatos liés à tout jamais dans une orgie Priapique.

Le corps, dont les traits individuels sont gommés, est présent à en couper le souffle. Ses personnages, qu’il renonce à intégrer dans un environnement, ont l’air de flotter. Schiele n’hésite également pas à aller étudier dans les hôpitaux psychiatriques les attitudes des malades et à s’inspirer des leurs membres désarticulés par la folie.

Regard radicalement neuf sur le monde.

Pour paraphraser Lautréamont, ce sont des peintures belles comme des suicidés.
Et quant Schiele peint ses jeunes nymphettes garçon manqué, on ne peut que penser à la couverture du Horses de Patti Smith par Robert Mapplethorpe.

La carrière de Schiele en tant qu’artiste à Vienne coïncide avec la naissance de la psychanalyse, et ses préoccupations vis-à-vis de la mortalité, de la sexualité et de l’ego rejoignent celles de son contemporain, Sigmund Freud.

Egon Schiele disait «peindre cette lumière qui émane de tous les corps». Quelques années plus tard ce sera à Francis Bacon de plonger ses pinceaux dans les tréfonds de l’âme humaine afin d’en extraire la substantielle moelle qui en est la colonne vertébrale. Il ira encore plus loin dans cette voie tracée par Schiele, liant à la fois un expressionnisme exacerbé et une abstraction codée, puis ce sera à son élève Lucien Freud, petit fils du même Sigmund sus nommé, de prendre la relève et de peindre l’âme à travers le corps humain. La boucle grâce à lui sera enfin bouclée, faisant lien entre la psychologie de son grand père et l’art pictural de Schiele.

En 1912, Egon Schiele, dont le mode de vie non conventionnel suscite la méfiance de ses voisins, est emprisonné 24 jours, accusé d’avoir tenté de séduire un mineur et d’avoir peint des dessins jugés immoraux. Les plaintes sont finalement retirées, mais il est condamné pour avoir diffusé de l’art pornographique parmi les enfants. On lui confisque en toute logique plusieurs de ses dessins érotiques. Il éprouvera un violent sentiment d’injustice et se révolte contre cette société autrichienne qu’il juge hypocrite.

Il réalise alors des dessins de plus en plus provocants.

La même année, comme un grand doigt d’honneur adressé aux bien-pensants, Schiele décide de bouleverser également la morale religieuse en peignant Le Cardinal et la Nonne. Qui, vous vous en doutez, ne font pas que prier et jouer aux cartes…

Artiste toujours en pleine mutation, Egon n’aura pas le temps d’effectuer une dernière mutation.

Le 28 octobre 1918, Edith Schiele, son épouse, qui est enceinte de six mois, meurt de la grippe espagnole. Trois jours plus tard, le 31 octobre 1918, il meurt à son tour, de la même maladie.

Il est alors âgé de 28 ans.

La météorite fin de siècle d’un décadent viennois Proto-Punk finit sa course.

5 commentaires

Oui, un proto punk, un magicien… Il y a un livre sorti il y a peu (comprendre 5 ou 6 ans) qui élaborait une théorie sur les liens inéluctables et irréversible de la création artistique avec la folie… Tout le monde y passe, je retrouve ça et je te l’envoie, parce que, d’une part c’est ce qu’on dit depuis qu’on se connaît, et puis ça fait du bien de le voir écrit.

Commentaire par lolo, le Lundi 17 décembre 2007 à 10:02

Merci, c’est une belle découverte pour moi.

Commentaire par Grégoire, le Lundi 17 décembre 2007 à 13:13

magnifique chronique , j’adore E Schiele , je me suis régalé de vous lire.
merci beaucoup..

Commentaire par tutti quanti, le Lundi 17 décembre 2007 à 20:26

Très bien écrit. Fin de course.*

Commentaire par H, le Lundi 17 décembre 2007 à 19:50

Mr Von Strychnine je dois avouer que cette article est dans un certain etat d’esprit a la fois décadent trash mais aussi qui un contexte entreprit par les frasques des années 70s ou les gens “crachent et vomissent sur le lino” après certains éxcés bref je supose que t’attend la mort…

Commentaire par Vicomte Dandy Di Paolini, le Lundi 17 décembre 2007 à 13:06

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