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EDITO

Chers lecteurs (toussotement dans la voix nicotinée) Comment tout cela a-t-il commencé… pourquoi en suis-je venu à l’idée de publier un édito… le premier finalement, en un an d’existence… (...) suite

Chers lecteurs (toussotement dans la voix nicotinée)

Comment tout cela a-t-il commencé… pourquoi en suis-je venu à l’idée de publier un édito… le premier finalement, en un an d’existence… Je tente de me souvenir… Un album, une vague notion de morale, des mails et des coups de fil, des mots qui montent, de belles emmerdes et des cigarettes allumées nerveusement les unes à la suite des autres….

Un édito… Quelle connerie.

Mais comment en suis-je venu à l’idée de rédiger ce texte, alors que tout le monde sait que PERSONNE ne lit les éditos, et que tout le monde s’en fout au fond, de savoir ce que pensent les gens, et que cette technique des années 90 n’était plus sensée avoir cours sur le web hormis chez quelques blogueurs de rock indé militant encore pour le retour de Noir Désir ?

Je crois que je me souviens maintenant. C’est l’affaire Tricatel. Des coups de poignard dans le dos contre une plume dans la plaie. Si j’avais su…

Car cela ne vous aura peut-être pas échappé mais la semaine dernière il y a eu pénétration. Puis retrait. Oh pas grand-chose.. Un article sur le nouvel album des Shades, incendiaire. Signé de la main de Little Johnny Jet. Une semaine avant la sortie de l’album. Un article qui tombe pile poil le jour de l’écoute intégrale de l’album sur le myspace des Shades.

Un article qui fait un véritable tollé.

Parce que Tricatel est l’un des meilleurs labels français, l’un des seuls peut-être, pour qui le mot intégrité ait encore un sens. Parce que Johnny Jet descend un album pas encore sorti. Parce que j’aime Tricatel. Parce que Johnny Jet met les mains dans le cambouis. Parce qu’on s’attaque à nos propres idoles, et Johnny invite les Shades à lire l’article via leur myspace. Parce que Le meurtre de Venus est un véritable plébiscite, et qu’un journaliste de Gonzaï ose le descendre en flèche. Et que l’article, pour couronner le tout, est en top ranking chez Google. Parce que c’est un peu facile de critiquer les gens qu’on aime. Et qu’on est plus exigeants avec son père qu’avec son voisin.

Un tollé donc.

Alors que ce n’est qu’un point de vue finalement, défendu par un passionné, lorsque certains croient à la stratégie marketing pour se démarquer (en gros défoncer lorsque les autres encensent, la stratégie de démarcation binaire finalement…).

Des mots durs en somme. Jusqu’au retrait de l’article. Jusqu’à ce soir, où je remets l’article en ligne. Respectant pour une fois la date de sortie officielle. L’ultime concession peut-être. La seule.

Alors vous allez me dire que tout le monde s’en fout, finalement, de ces histoires de coulisses. De ces histoires d’attachés de presse qui vous insultent, de ces groupes qui exigent des retraits d’articles alors qu’ils sont incapables d’avoir une ambition artistique (en vrac les 3/4 de la scène française. Et NON je ne parle pas des Shades là…), ou de ces idoles qui vous appellent en gueulant dans le combiné qu’ «elles ne comprennent pas pourquoi vous laissez un mec de votre équipe écrire de pareilles conneries sur un album qu’ils ont mis deux ans à sortir». Et dans la sueur en plus.

Taper sur les Shades, c’est un peu critiquer l’artisan lorsque la multinationale va bon train. OKAY.

Mais il faudra peut-être un jour en finir avec le journalisme 1.0 où l’affection l’emporte sur l’honnêteté. Il faudrait peut-être arrêter de croire que les webzines, blogs et sites internet doivent reproduire les mêmes techniques que la presse écrite, la même fadeur dans le ton et le même manque d’engagement dans la pratique. Les mêmes chroniques dithyrambiques sur le dernier album de Sebastien Tellier.

Pour ceux qui l’ignorent encore, critiquer un album en 2008, c’est s’exposer à un blacklisting quasi systématique des fichiers. Car les gens ne sont plus habitués. Comme je me souviens encore de cette formidable réflexion d’un festivalier sur la Route du Rock 2007, alors que j’avais fait paraître un article démolissant le live des Smashing Pumpkins : « C’est proprement scandaleux de faire paraître un article comme ça. Vous pourriez pas faire comme la presse écrite et être plus consensuel ?».

C’est tout de même formidable comme réplique.

L’honnêteté, l’intégrité, dans un monde où plus personne n’a besoin de la presse pour forger son opinion, cela a encore un sens. Il suffit en général de trois clics pour trouver l’opinion contraire à celle que vous avez deux pages avant sur un autre site.

Dans ce contexte, et parce qu’ouvrir sa gueule (quitte à se tromper), c’est toujours une prise de risque, Gonzaï continuera d’afficher sa subjectivité. Et puis tant qu’à se mettre à dos nos idoles, au moins nous garderons un minimum d’éthique et de parti pris. Le fondement du gonzo journalism, même si on n’est pas allés tester des centrales nucléaires en Ukraine pour tester notre subjectivité.

Faut quand même pas déconner.

PASSION, MAUVAISE FOI et SUBJECTIVITE. Parce que seul ce détail compte finalement. Et que c’est bien le SEUL prix à payer… Jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien.

13 commentaires

t’inquiètes, j’aime bien les éditos. et je les lis ! (Pire, parfois, j’en écris.)

Commentaire par Pierre Mikaïloff, le Lundi 10 mars 2008 à 11:25

“Mais il faudra peut-être un jour en finir avec le journalisme 1.0 où l’affection l’emporte sur l’honnêteté.”
J’ai déjà largement dit ce que je pensais de tout cela mais il convient de remettre une pelletée sur le cercueil :
La presse écrite a transformé des journalistes (dont le travail est de FOURNIR et TRAITER de l’INFORMATION) en machines communicantes au service des services de com’ (et avides de les servir au nom d’une vanité fanatique, allant de “j’ai traiter cet album en premier parce que le label que je connais bien me l’a envoyé en preum’s” à “tu n’as pas écouté ce truc ? pourtant tout le monde en parle”).
Ainsi la subjectivité y est désormais fade (relire les agressions sans fond de Basil F) et hargneuse (relire les méchanceries de Nicolas U.) au lieu d’être intelligente. Quitte à ouvrir sa gueule, pourquoi ne pas le faire pour informer plutôt que par égocentrisme ?
L’objectivité a viré de bord et la subjectivité a perdu tout goût. La presse écrite n’est pas morte mais il s’agirait de se réformer un bon coup.
Quant à ceux qui attaquent la presse en ligne, comme dirait Edwy Plenel (google it you ignorant!) elle ne manque que de devenir une référence. Tant que Le Monde confondra le net avec un dépotoir d’information au lieu d’un vrai siteweb, on considèrera les webzines comme une sous-presse.
Tout reste à faire mes amis.
Tout reste à faire.

Commentaire par Billy HP, le Lundi 10 mars 2008 à 12:49

“j’ai traiter cet album en premier parce que le label que je connais bien me l’a envoyé en preum’s”
Marrant, je n’avais jamais réussi à le formuler avec des mots ce sentiment.

Commentaire par Bester Langs, le Lundi 10 mars 2008 à 21:35

Amen.

Commentaire par Aurélien, le Lundi 10 mars 2008 à 22:18

Un édito qui devrait être plus que publié dans la presse nationale !

Commentaire par phiL, le Lundi 10 mars 2008 à 3:15

Bravo, bravo !

Commentaire par VIOLHAINE, le Lundi 10 mars 2008 à 10:35

Bel édito en effet.
On peut aussi en tirer l’interprétation inverse de celle de Billy HP : ce genre de situation s’est surtout développée avec le web. L’habitude du commentaire court sympa laissé pour dire “bonjour et je trouve ça super”, le virus du réseau d’amis (”plus on connait, plus on contacte, mieux c’est”)…
Ce n’est pas certain que la presse écrite soit forcément en première ligne,la cible forcément désignée, à mon avis. Même si le syndrôme “journal = communication” est vrai (il s’agit surtout pour eux de trouver comment résister à la comm’ car il y a des professionnels très organisés pour faire dire les choses), il n’est pas forcément plus marqué que sur le web, non ? Ce web où le moindre bloggeur recherche de l’achat d’espace publicitaire.

Il y a encore des journalistes qui écoutent des disques et ont un avis (même si la tendance est évidemment au guide pratique, avec de navrantes chroniques à étoiles, c’est vrai…). Je pense notamment à N.Ungemuth d’ailleurs qui a (outre la mauvaise foi revendiquée, question de forme) remis au premier plan des musiques que les rubriques rééditions laissaient tomber en règle générale (soul, northern soul, garage, freakbeat, country aussi…)tout en étant capable de s’enflammer sur le punk-rock, de signaler les abus des rééditions Hendrix (un live toutes les semaines)ou de faire le meilleur papier sur les rééditions Joy Division. ET il y en d’autres (Zisman, Garnier quand il sort de son silence pour Libé -fantastique texte sur No country… des frères Coen, ok c’est du ciné mais c’était surtout de la CRITIQUE- Bayon à sa façon… je sais j’ai pas plus jeune) : on sent la différence quand ils écrivent, non ???

Anyway,j m’égare. Gonzai a un avis et l’écrit sans flancher. C’est peu mais c’est l’essentiel. Bien dit Bester !

Commentaire par Syd Charlus, le Lundi 10 mars 2008 à 13:51

Merde, je suis bluffé. En même temps, je viens de sortir le nez de Hell’s Angels alors forcément, le gonzo…

Plusieurs choses tout de même :
- (je pense que) les gens lisent les éditos. C’est en général les textes les moins chiants, les plus honnêtes et ceux où il y a le moins de trucs à retenir.
- (A mon avis),les gens aiment entrevoir les coulisses. Si le voyeurisme ne marchait pas, ça se saurais.
- J’ai été censuré une fois, pour une chro sur Caliban et au nom d’un partenariat avec le plus connu des labels de métal, Roadrunner. J’ai bien envie de la ressortir du coup…

Commentaire par Yves, le Lundi 10 mars 2008 à 22:09

mal dit, Bester.

un live de reformation des Smashing Pupkins à la route du rock (qui en est d’ailleurs à solliciter sa mailing liste pour de l’argent pour maintenir le festival, dis à ton journaleux célibataire machinal de nous panouiller un truc contre les festivals et surtout la rdr vendus aux médias et publie le, M. J’Aime La Rebellatitude) et un groupe signé sur Tricatel, je me demande à quoi ressemble tes mélanges… no gettin’drunk, bab’

Quand tu es lu, mon garçon honnête et intègre, tu as une responsabilité, c’est comme ça (mais je vous entends déjà, vous faites mal à la tête, mais pas autant que le rat qui me mange les yeux, mais à l’intérieur,rapport à ce que j’ai encore de l’alcool dans le sang, mignonne bête j’aime quand tu me bouffes les trous, même ceux là;je vous entends, donc, les mecs à la cool, ouais, nous, on est en lutte contre les fassistes censeurs, nous on est irresponsables, t’vois, thomas, t’as un peu raison, t’vois, mais, t’vois, c’est mieux pour draguer les filles, Syd Carlus, t’as raison, les frères Coen, ça c’est du ciné indie, d’ailleurs, c’est pas eux qui filmaient les lives des Smashing Pupkins ? ). La censure, c’est cool. C’est éclairant (pas trop dans les yeux sinon ça fait mal à la tête scrch scrch).

le premier qui écrit la moindre critique négative sur le moindre disque paru sur Pan European, ou Tigersushi, je lui fais manger ma mère-poule vaudoue, je le décapite avec mes dents scrtch sctrch, je mets ma bite dans son grand trou de gorge devenue bien profonde et sa tête à jolies plumes décorera mon salon, à coté, nan, en dessous, de celle de Da Hype.

si tu republies ce genre de truc, que tes lecteurs se détournent de toi, que l’alcool se détourne de ton sang, & que je me foute de ta gueule au prochain set de Kill 4 Total Peace.T’es parti avant le début du concert parce que t’étais déjà fatigué, bab’? ou c’est rock’n'roll for ever, mais jamais après 22 heures 30?

Les mecs à la cool, a little less talkin’, a little more action.

Amitiés.

Commentaire par thomas stuffed toad, le Lundi 10 mars 2008 à 15:03

Après avoir lu trois fois d’affilée ce commentaire pour en comprendre le fondement, je livre ici mes conclusions, fruit d’une réflexion de trois heures passées devant mon clavier.
Je précise cela car il est important de noter qu’Internet c’est tout de même la Rolls Royce du commentaire. Chacun peut y apparaitre subtil, gonzo, pertinent et cynique, devant son écran à réfléchir au poids de chaque mot. Connaitre le prix de la virgule, et le choix des parenthèses. Moi ce qui m’émeut à chaque fois de la même manière, c’est le point virgule. Je trouve qu’il y a une VRAIE force dans le choix du point virgule.
Le point virgule, en 2008, c’est un acte de résistance.
Etre rock en 2008? Definitely point virgule mec. Car le point virgule c’est tout un art. L’art d’enchainer deux idées sans céder à la facilité du point. L’envie de fusion entre deux phrases, entre deux ponts. Une sorte de starship messenger entre deux planètes. L’homme d’hier pronait le nucléaire? L’ homme de demain privilégiera l’emploi du point virgule pour donner au monde moderne une autre forme; ce sera la fin du point finale.

Voila en quelques lignes durement réfléchies ce que m’inspire ton commentaire. Accessoirement je kiffe ma race les labels suivants: Pan European, Tiger’ et Pan European.

Pour finir, je suis d’accord: Plus d’action, moins de réflexion. Toujours plus de concensus.

Commentaire par Bester, le Lundi 10 mars 2008 à 0:13

Après ce commentaire qui m’a quand même pris deux heures de réflexion (sans action hin hin), juste une précision par rapport aux Smashing Pumpkins.
Cette excellente anecdote que je relatais ici fait il me semble plus allusion au public qu’au groupe.
Peut-être (ceci n’est qu’une réflexion, encore une fois sans action) que si les gens lisaient les lignes en entier au lieu de faire des retours chariots des qu’une phrase faisait plus de cinq mots… peut-être qu’on pourrait éviter ce genre de débats qui font effectivement très collectionneur de timbres à Maubeuge.

Commentaire par Bester, le Lundi 10 mars 2008 à 0:18

Bester, Amitiés.

Commentaire par thomas stuffed toad, le Lundi 10 mars 2008 à 12:42

heu..c’est qui les Shades ?..

Commentaire par odb, le Lundi 10 mars 2008 à 11:21

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