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DYLAN PAR DYLAN Interviews 1962-2004

Beaucoup se sont risqués – souvent avec cuistrerie, mais n’y revenons pas – à affronter cet écueil littéraire : la biographie de Robert Zimmerman, alias «Le Zim», alias (...) suite

Beaucoup se sont risqués – souvent avec cuistrerie, mais n’y revenons pas – à affronter cet écueil littéraire : la biographie de Robert Zimmerman, alias «Le Zim», alias Bob Dylan.

Bien des choses ont été écrites à son sujet, risibles parfois, consternantes souvent, banales au mieux.

Quel écrivain n’a-t-il pas éprouvé un jour la tentation d’apposer son nom sur la couverture d’un livre, aux côtés de celui de l’auteur de Blood On The Tracks ? Nous pardonnerons volontiers ces égarements, la vanité étant le propre de l’être humain… Nous pardonnerons aussi parce qu’il est courageux de s’atteler à une tâche impossible, vouée par avance à l’échec.

Le candidat biographe se heurtant à ce défi : comment un regard extérieur pourrait-il rendre compte de la complexité des voix intérieures de Bob Dylan ? Et qui, mieux que l’intéressé, pour les raconter ?

« L’intéressé » a déjà commencé à le faire, dans un trop court (300 pages pour l’édition anglaise) récit autobiographique, Chronicle Volume One, paru en 2004. Cet ouvrage, sans nul doute sincère, ne pouvait, par son format, rendre compte des multiples hésitations, revirements, disparitions et résurrections de son auteur.

Car dès les origines, le personnage est confronté à ce choix impossible : folk music ou rock’n’roll ? Woody Guthrie ou Elvis ?

Il choisira tout à la fois. Enchaînant d’incandescents albums électriques à des recueils de traditionnels tombés dans l’oubli (et le Domaine Public), arrangements réduits à leur plus simple expression : voix et finger picking.

Nous restions au seuil du mystère et des contradictions de la pensée dylanienne. Pour aller au-delà, il était nécessaire de se débarrasser du filtre biographique. C’est en cela que nous intéresse la publication d’un recueil d’interviews de Bob Dylan, couvrant la période 1962-2004, aux éditions Bartillat. À dire vrai, nous n’espérions plus un tel ouvrage.

On y trouve même l’intégralité de l’article du «dylanologue fou» - et quasi mythique -, A.J. Weberman ! Ce «journaliste» (les guillemets s’imposent) donnait au début des années 1970 un cours de dylanologie à une bande de freaks aussi allumés que lui. Cours qui consistait à se poster sous les fenêtres de Dylan et attendre qu’il se montre ou à faire l’analyse du contenu de ses poubelles.

Un autre intérêt du présent livre est de reproduire les articles dans leur intégralité et de permettre ainsi un voyage à travers le journalisme américain, de Rolling Stone à Playboy, mais aussi de L.A. Free Press à Esquire. On assiste en direct à l’éveil d’une écriture journalistique «rock».

Passionnant aussi de suivre en tournée un Dylan du début des années 1960, dont le backline se réduit à un étui de guitare et l’entourage à un secrétaire particulier - on y remarque son goût immodéré pour le Beaujolais.

Finissons par cette citation, reproduite sur la quatrième de couverture :

«Il n’est pas nécessaire d’écrire pour être un poète. On peut travailler dans une station-service et être un poète. Je ne me considère pas comme tel, parce que je n’aime pas le mot. Je suis un trapéziste.»

Mais à l’heure où les stations-service sont automatisées, où se cachent les poètes, Bob ?

Dylan par Dylan, Interviews 1962–2004 // Traduit de l’anglais par Denis Griesmar, 560 pages, 30 €, Bartillat, 2007.

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