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DROIT D’HAUTEUR Une exception française à la con

Tout commença en 1791, lorsqu’on proclama la naissance du droit moral des auteurs. Comme dirait Queen Elizabeth en plein souvenir de PMS : 1791 fut «l’anus horribilis» : (...) suite

Tout commença en 1791, lorsqu’on proclama la naissance du droit moral des auteurs. Comme dirait Queen Elizabeth en plein souvenir de PMS : 1791 fut «l’anus horribilis» : Louis XVI et Marie-Antoinette sont arrêtés, Wolfgang Amadeus Mozart meurt alors qu’il n’a que 35 ans, bref, c’est le bordel.

Sans vouloir vous administrer un cours de droit de la propriété intellectuelle, je vais quand même vous révéler ce qu’est le droit d’auteur, pour la culture gé comme on dit, par exemple au cas où le week-end prochain vous seriez invités à un Trivial Pursuit chez la voisine du dessus.

Le droit moral est une spécificité bien de chez nous, comme le maroilles et les grèves sans fin. Il permet à l’auteur d’une création de :

1-    apposer son nom ou un pseudonyme sur son oeuvre
2-    choisir quand, où, et comment il va diffuser son œuvre
3-    retirer, modifier, supprimer son œuvre comme bon lui semble
4-    gueuler si jamais on modifie ou place hors contexte son œuvre sans son consentement

Déjà on sent le privilège quasi-divin accordé aux auteurs : ta vie, ton œuvre, ton business.

Pour que vous vous couchiez moins cons ce soir, je précise qu’une œuvre n’est pas forcément un Picasso, ni un Beethoven, ni un Simone de Beauvoir ni un Kubrick. À partir du moment où vous avez sorti une idée de votre tête et que la matérialisation de cette idée porte l’empreinte de votre génie ou connerie, il y a œuvre. Vos photos de vacances sont des œuvres, Lorie compose des œuvres, le livre de recettes de Cyril Lignac est une œuvre, un film de cul est une œuvre.

Maintenant que je vous ai donné une bonne raison pour apprécier l’art du premier samedi du mois sur canal+, je vais vous dire ce qui me fatigue dans cette vision personnaliste de l’auteur et notamment de l’écrivain.

Depuis que Rimbaud et Verlaine ont copiné avec l’absinthe, l’amour déchiré et la poésie romantique, la situation a empiré : l’écrivain a acquis un statut social glamour, une aura lumineuse d’exalté crachant sa bile d’artiste maudis, une position d’intellectuel splendide. Certains s’autoproclament écrivains, comme d’autres fous messagers du Tout Puissant : ils le disent avec un faux détachement, une sorte de lueur ardente dans le regard, avant de vous annoncer fièrement : «j’ai un blog avec 1000 visites par mois».

Il y a 3 choses que j’aime chez les Américains : leur littérature, leurs groupes de pop-punk et leur conception de l’auteur.

Aux Etats-Unis, être homme de lettres c’est un peu comme être secrétaire médicale. On avait des facultés au départ pour l’être, on a travaillé pour l’être et vendre des livres est un boulot comme un autre. Ca ne veut pas dire qu’on méconnaît l’aspect sensible de l’écrivain ni qu’ils sont tous des pisse-copies bons à générer un sacré paquet de billets verts dans les caisses de l’éditeur. C’est juste une voie ordinaire, sûrement plus galère qu’une autre, le côté égocentrique en moins.

Outre-Atlantique, et même Outre-Manche, il n’est pas idiot d’écrire un roman à deux mains. Il n’est pas absurde d’écrire un scénario avec une dizaine d’autres cerveaux. Ecrire reste un élément vital pour certains, ce n’est pas pour rien qu’ils ont choisi ce job, mais cela reste avant tout un outil de communication. En France, la pareille serait inconcevable : c’est une question d’honneur que de rédiger seul, dans la sueur, l’encre et le sang. C’est comme si j’avais un poumon qui se la racontait et qui disait à l’autre poumon «non mais j’ai pas besoin de toi, je peux y arriver tout seul», alors qu’au final je m’en sors mieux avec toutes mes bronchioles.

Quelle belle allégorie n’est-il pas ?

Ecrire est une activité noble. Être pêcheur en Galice est une activité noble. Être chercheur en biologie est une activité noble. Être ébéniste est une activité noble. Ce n’est pas parce que le papier est de qualité supérieure que celui qui s’en est servi l’est. Les plus grands auteurs ont toujours été les plus humbles, les plus larges d’esprit et les plus ancrés dans la réalité. L’écrivain voulant se revendiquer comme tel avant même de le devenir finit souvent par se noyer dans son océan de complaisance.

Si vous cherchez quelqu’un à blâmer, blâmez Cyril Lignac.

7 commentaires

Une belle diatribe. Un constat plus qu’emprunt de réel. Mais les ‘ricains’ ont été loin dans cette conception de l’écriture “marchandise”. D’abord, on peut étudier l’écriture en fac et avoir son diplôme d’écrivain, comme ici on étudie les langues étrangères et valide un DEUG de bio et une license de droit. Chez nous écrire est SÂAACRé, voyezzzzz ? Mouais.
Ainsi paré de son diplôme, on peut aller se présenter chez un éditeur avec un pitch de 6 lignes et obtenir les fonds pour écrire son bouquin. Là commence une voie de perdition : les écrits seront contrôlés tous les mois ou tous les 3 mois pour des Stephen King et réarrangés pour devenir bankables…
En France, on laisse crever les écrivains au fond de leur studio sans un rond, avant de jeter leur manuscrit en disant “c’est pas vendeur, désolé” (le désolé étant optionnel, selon les maisons d’édition). Mais, mais mais mais… ils ont la gloooooire. Celle d’être un artiste maudit qui transpire sa douleur d’écorché perpétuellement amoureux sur le papier…

Je ne saurais dire lequel est le mieux loti. Juste ceci : ces deux conceptions me débecquètent. L’un est condamné à fournir le meilleur de son cerveau à une société qui posera une couverture dessus et son nom en bas à droite à côté du prix de vente, et l’autre à devenir un crevard frustré de ne pas avoir été soutenu dès le début. Bof.

Désolé si certains mots sont un peu durs. Ce doit être la volonté de n’être dans aucune des cases sus-citées, tout en se battant pour y entrer quand même afin de nourrir sa famille.
A bon entendeur…

Commentaire par Billy HP, le Lundi 26 novembre 2007 à 10:59

Voila un article vite pensé et vite écrit qui ne va sans doute pas rapporter bezef à son auteur. Arrete le coca!

Commentaire par dintcheff yann, le Lundi 26 novembre 2007 à 12:13

“Déjà on sent le privilège quasi-divin accordé aux auteurs : ta vie, ton œuvre, ton business.”

le droit d’auteur serait donc un “privilège quasi-divin” ? Je ne sais pas qui est “Elixie”, mais que cette personne sache que le droit d’auteur est juste un salaire contre un travail.
si Elixie exerce une profession - quelle qu’elle soit, mais sans doute pas auteur, j’imagine -, est-elle prète à abandonner le “privilège quasi divin” que constitue son salaire à son employeur ?
il y a des gens qui font de la musique ou qui écrivent le WE pour se distraire, mais il y a aussi un infime pourcentage de gens qui vivent de ces activités. ça paraît étrange mais c’est comme ça.
c’est pour eux que le droit d’auteur existe et c’est pour eux qu’il continuera d’exister.
rappellons que la notion de droit d’auteur concerne des activités aussi diverses que la musique, le cinéma et la littèrature. des choses assez négligeables finalement.
par ailleurs, Elixie, sache qu’il existe des tas de distractions gratuites. TF1, par exemple…
Enjoy !

Commentaire par Elmo Lewis, le Lundi 26 novembre 2007 à 16:43

@ Billy HP > effectivement… ce que tu dis est très instructif, une autre facette de l’écriture à l’américaine, qui a également ses travers, et c’est indéniable.

@dintcheff yann > arrête l’anti-américanisme primaire !

@Elmo Lewis > je suis juriste en propriété littéraire et artistique. Autrement dit, le droit d’auteur, c’est ma spécialité. Je n’ai jamais ne serait-ce sous-entendu qu’on ne devait pas être rémunéré contre exploitation de ses oeuvres. Le privilège quasi-divin dont je parle, ce sont les prérogatives de droit moral (1ère phrase, 1er paragraphe ; 3ème paragraphe). Et pour avoir vu, étudié, analysé un sacré paquet de décisions en la matière, crois-moi, la vision personnaliste du droit d’auteur est parfois abusive.

Le droit d’auteur, ce n’est pas seulement la répartition des droits dits “économiques”, conséquence d’une cession de ses prérogatives de droits patrimoniaux sur l’oeuvre. Je n’y fait nulle part référence. Alors sache qu’on peut aussi choisir de lire à l’endroit, de cette façon on évite de mal comprendre.

Commentaire par Elixie, le Lundi 26 novembre 2007 à 17:11

Louis XVI ne s’est pas fait arrêté en 1791, il s’est enfui de son gré à Varenne, ce sont les constituants qui ont prétendu à un kidnapping car le roi avait un pouvoir exécutif dans notre première Constitution merdique, qui aurait eut encore moins de légitimité si on avait appris sa fuite. Ensuite ce n’est pas sans un étonnement certain que je vois journaliste et commentateurs (y’a pas d’heure pour rigoler) juger le “métier” d’écrivain, d’auteur de manière général. Ne m’y connaissant absolument guère en droit de propriété artistique, je n’ai moi non plus pas beaucoup de légitimité. Cependant, je ne pense pas m’avancer énormément en disant que les droits d’auteur d’un écrivain, musicien ou cinéaste correspondent à des règles bien distinctes, leurs revenus, puisque c’est le terme, dépendant de problème spécifiques. Enfin il n’y a pas de littérature américaine française, y’a pas de collectivité, y’a pas de poètes maudits, la littérature c’est juste une collection d’auteur. C’est merdique de dire Raimbaud, Mallarmé, Verlaine = poètes maudits, ou encore F.S. Fitzgerald, E.E. Cummings ou B. Easton Ellis = Américains. Si on commence comme ça, on finit à Auschwitz… Et puis merde, il font ce qu’ils veulent, si nous, lecteurs, prenons notre pied, et que ça ne profite pas à l’auteur, ou au contraire beaucoup trop, ben on s’en fout.
Des faux problèmes tout ça.
Et puis S. King il est pas mauvais, demandez à Kubrick puisqu’on en parlait.
Finalement, justement, lisez à l’endroit.

Furieusement, Laurent.

Commentaire par lolo, le Lundi 26 novembre 2007 à 14:16

j’irais même plus loin : Danielle Steel = littérature gay.
Et Mozart n’est pas vraiment mort, au fait.

Commentaire par Elixie, le Lundi 26 novembre 2007 à 14:33

Dommage que tu sois en femme, en fait parce que tu as du talent

Commentaire par lolo, le Lundi 26 novembre 2007 à 22:32

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