Derrière ce titre ô combien pitoyable se cache un artiste passionnant qui permettrait presque de ne pas totalement divorcer du rock français. Au moins faire chambre à part à défaut de claquer la porte.
Phalanstère #7, les airs y sont, les chansons aussi. L’énergie anglaise et le glam/boogie/rock coincé au fond des bottes, doux parfum de Londres porté par la brise et un retour en grâce pour l’ex-punk de Kalashnikov. Vingt ans plus tard, Dominic Sonic mitraille encore à tout berzingue. Temps qui passe, mais le cheveu toujours long, plus de temps à perdre.
En fait pour moi Phalanstère #7 est un premier album, je ne connaissais pas Dominic Sonic voila une semaine. Du coup je tombe sur toute l’histoire… Commençons par ce pseudo, qui m’a tout de suite fait penser à Tony Truand par exemple, question de filiation. Un besoin de faire rêver, de créer un personnage à la Ziggy Stardust, s’extérioriser et créer un double ?
C’est d’abord lié à notre époque d’abord. Autant maintenant les gens utilisent assez peu des pseudos, utilisent leurs noms de famille, autant dans les années 80 c’était très important. Cette espèce de recherche de sonorité. Non pas qu’il y avait un besoin absolu de se détacher de son soi-même, mais c’était une sorte d’esthétisme. Il y avait Nicolas Cruel ca sonnait super bien par exemple. Ca sonne un peu daté aujourd’hui mais à l’époque ca nous faisait marrer.
Je pense à Sonic, et donc électrique. Phalanstère est clairement rock, quelques ballades plus douces en français mais l’essentiel est dynamique. Alors Dominic.. Tu es né dans l’electric ?
J’ai toujours été partagé entre l’électricité, beaucoup de bruit, le coté sale gosse bruitiste, et de l’autre coté l’acoustique, le coté chanson. L’électrique a cependant été tout de suite prédominante. A l’époque je ne me posais aucune question là-dessus, savoir s’il fallait mettre des machines ou des instruments, chanter en français ou en anglais…
Et c’était avant les quotas en plus…
(Rires) Les labels ont voulu nous l’imposer après, l’étiquette rock français. Encore que Barclay c’est Philippe Constantin qui m’a fait signé mon contrat, un personnage très intègre. Lorsque Nègre est arrivé tout a un peu changé effectivement. … Mais je n’ai jamais voulu m’imposer de barrières. On s’est tout de suite donné à nous-mêmes la même rigueur face à nos compositions. Parfois les gens ont du mal à comprendre que de toi-même tu puisses faire quelque chose qui ne marchera pas.
Aujourd’hui tu as conscience que ta musique n’est pas faite pour marcher à grande échelle ?
Non mais ca je le sais. Si j’avais voulu réussir financièrement j’aurais fait autre chose.
Oui, du rock français….
Oui. Enfin non. Disons que c’est en connaissance de cause qu’on a choisi de faire cette musique.
Refus de pacte avec le diable donc ?
Encore une fois oui et non. C’est à double tranchant car tu te condamnes un peu aux enfers en refusant le succès. C’est un autre enfer disons.
Il y a cette chanson sur ton album, nommée Always be wrong. Lorsqu’on remonte ta bio’, on tombe sur un nombre impressionnant de bad timing, d’accidents, de contretemps…. Tu t’es pas assez écouté pendant ta carrière?
(Rires). Entre la fin de Kalashnikov et un accident avec hospitalisation pendant 6 mois, la rupture de contrat par Pascal Nègre, les maquettes repoussées… Oui il a eu une sorte d’acharnement du sort, mais qui paradoxalement m’a permis d’en apprendre plus sur moi-même, d’apprécier beaucoup plus les choses positives. Que rien n’était acquis. Après soit tu te plains soit tu avances. On en est là. Remarque j’ai peut-être été marabouté ! J’ai tendance à penser que les malheurs viennent directement de nous en fait. J’ai mis quand même pas mal de temps à sortir de la période Kalashnikov, du fait que c’était une histoire collective.
Pour revenir à Phalanstère, les compositions sont assez minimales, une guitare, une batterie, quelques touches de piano par ci par là, puis il y a cette magnifique référence à La plus belle de toutes les hommes, qui paradoxalement est chantée en français..
Oui tout à fait c’est clairement assumée. Lorsque nous avons enregistrée tout a été directement essayé, le français, l’anglais, sur pas mal de titres. Forcément l’anglais l’a souvent emporté au final. Mais cette chanson est restée, plus deux autres (J’ai du rêver, Je suis comme un chat, NDLR). On en revient encore aux décisions sans trop de réflexions… On a quasiment tout enregistré en one-take, très peu de parties rejouées plusieurs fois.
Vous aviez un budget de studio limité ?
Non. Je crois juste qu’on commence à savoir jouer (Rires) !
Il y a un sacré mélange d’électrique et d’électronique sur cet album, pétri de petits effets de production moderne, avec un dynamique énorme dans le mix… En fait Phalanstère aurait tendance à confirmer ma théorie selon laquelle l’avenir appartient au blues électronique…
Et je crois que tu ne te trompes pas. Enfin pas sur mes motivations, car je suis un peu d’accord avec cela. Nous voulions insuffler cette impression de boogie survitaminé, sans renier la technologie. Si je joue encore, c’est bien parce que j’espère creuser un sillon, explorer un terrain pas encore totalement défraichi. C’est le but de tout musicien non ?
C’est d’autant plus visible sur le premier titre, Down and low, très percussif… J’irai presque jusqu’à dire qu’en reprenant les titres il n’y a pas de single évident, tout est dynamique et boogie/glam sans chute ni temps mort.
Oui tout le monde m’en parle de Down and low, mais c’est le seul titre où j’ai uniquement composé les paroles ! La chanson est de mon bassiste. Tous les autres titres sont des efforts collectifs. C’est vraiment agréable de revenir à un esprit de groupe après plusieurs années en solo. Je suis assez d’accord sur l’homogénéité de l’album. Disons qu’on est arrivé à un âge où l’on ne calcule plus les plans sur la comète. C’est un album qui nous a fait du bien, point.
Pour terminer cette rencontre, je me demandais un peu stupidement quelle genre de sonneries tu pouvais avoir sur ton téléphone portable…
En ce moment c’est une musique de Morricone, je crois que c’est Le bon la brute etc.. J’adore Morricone. Avant j’avais essayé des trucs de rock avec des guitares mais la guitare passe très mal sur les sonneries midi du portable. D’ailleurs tu sais pas comment on bloque le téléphone de quelqu’un sur un portable ? Je reçois des messages étranges depuis deux jours….
Photos: Xavier
http://www.myspace.com/dominicsonic




ETRE DIEU