Effectuer un come-back lorsqu’on n’a jamais sorti un seul album, c’est en quelque sorte être culte et accéder à la postérité. L’electro minimal de Deux, plusieurs fois fantasmée,jamais editée, sort enfin en 2007 sous la forme d’un album qui crie au grand jour ce que beaucoup de monde pensait tout bas. Deux n’y va pas par quatre chemins,et confirme règle de trois ; il y a bien eu une alternative dans les années 80 au salmigondis post-moderne qu’on a bien voulu nous servir. Iniateur avec Jacno et quelques autres d’un son nouveau, d’un nouveau genre (La synth-pop), Deux se fend d’un question-réponse pas forcément minimaliste.
A l’origine la musique de Deux tait celle de Gérard pelletier en solo, a quel moment avez vous décidé de vous lancer, d’enregistrer vos premiers morceaux?
Gerard : En 1974, j’habitais en Allemagne à Baden-Baden. Dès l’écoute de Radioactivity de Kraftwerk, je me suis décidé à aller à Strasbourg pour y acheter mon premier synthé de recherche. C’est là que tout a commencé. En 1979, je suis arrivé à LYON. Peu de temps après, j’ai connu Cati, lors d’une soirée, et nous avons parlé musique. Je l’ai invité à venir écouter ce que j’avais composé chez moi et elle a été séduite par ce minimalisme qu’elle recherchait elle-même dans son art pictural. Nous avons alors décidé d’un commun accord de créer notre formation musicale et avons choisi DEUX comme nom de groupe. Nom simple et concis, un peu comme le groupe allemand NEU de l’époque. Nous ne nous sommes jamais vraiment pris au sérieux, même après avoir fait la connaissance de notre manager François qui a cru en ce que nous faisions.Cati: J’ai rencontré Gérard à Lyon. J’ai pensé très vite faire de la musique avec lui. Sa recherche était très proche de la mienne. On a commencé ensemble Deux avec une grande application. Ca sonnait juste, ça sonnait chacun d’entre-nous.
Si l’influence de Kraftwerk et de la scène électronique allemande des années 70 est évidente, étiez-vous intéressé par d’autres artistes comme ceux par exemple de la scène new-wave/cold-wave Française de l’poque ou encore le groupe belge Telex?
Gérard : En New Wave française, j’ai bien sûr aimé Jacno, Les Garçons, Mathématiques modernes, Taxi Girl, et autres de la mouvance de l’époque. Je ne connais pas le groupe belge Telex, mais je connais Nacht und Nebel ou Yellow, le groupe suisse. Je pense que Cati est plus puriste que moi dans la ligne du cold et moderne et serait peut être moins indulgente que moi dans le choix de certains artistes.
Cati : Telex, j’aime bien. peut-être un peu trop joyeux. Octobre, j’aime bien le premier album. Charles de Goal c’est ce qui m’a le plus plu en France. Polyphonic Size, Metal boy ou Artefact… Quand on a fait Deux Gérard et moi, j’avais surtout une passion pour Kraftwerk.
Quel est la répartition des rôles dans le groupe, ou plutôt comment la musique de DEUX se construit-elle? les morceaux sont ils préparés a l’avance ou bien une simple idée (de paroles de thème de sonorité) suffit-elle a provoquer un enregistrement?
Gérard : Les morceaux ont été créés par Cati et moi au feeling d’un son qui nous plaisait et sur une recherche d’ambiance. Je ne pense pas qu’ils aient été préparés à l’avance. C’était plutôt spontané. Le premier jet lancé, nous avons perfectionné la fluidité d’une musique que nous désirions simple et dénudé. Mais rien n’est plus difficile que de rendre un produit simple. Personnellement, j’adore le style dépouillé de Satie. Tout est dit en quelques notes.
Cati : D’une émanation quasi “surnaturelle” sortait claire et minimaliste nos morceaux à chaque entrevue.
Deux ne semble pas avoir jamais été un groupe de live extrêmement dynamique, ou sinon il n’en existe aucune traces disponibles, pourquoi?
Gérard : Le live n’était pas trop notre truc. Et il aurait sans doute fallu embaucher un musicien supplémentaire, donc ça n’aurait plus été DEUX, mais TROIS… Cependant, il y a quand même eu quelques performances.
Cati: Deux, c’est avant tout une musique d’appartement. Nous l’envisagions et la concevions ainsi.
Pour les puristes, ceux pour qui Roland fabrique des boites a rythmes avant de défendre le col de Roncevaux, quel instruments utilisiez vous sur les premiers enregistrements ?
Gérard : Un synthé de recherche ou nous avons créé des drums avec des bouteilles ou autres boites de conserves vides, feuilles de papiers, sprays vaporisateurs, etc.
Cati: De petits pianos en bois pour enfants aussi… et des moulins…
Certaines lignes de basses sont assez complexes, étaient elles joues live sur la totalité du morceau ou utilisiez vous un quelconque moyen pour les boucler, par découpe des bandes peut-être?
Gérard : Les basses ont été créées à l’oreille et au feeling. C’est la partie la plus complexe car au départ, nous n’avons pas voulu les séquencer. A la fin seulement du morceau, et pour donner l’exactitude des mesures, nous avons reproduit les basses en séquences, point par point. Dur travail. Par contre, certains morceaux, comme Paris-Orly, n’ont pas été séquencés pour le respect de l’authentique.
Cati: Point par point oui c’est vrai… je m’en souviens…
Au cours des ans les morceaux se sont enrichis de nouveaux instruments, de nouvelles sonorités rendant le son global peut-être moins minimaliste, on décèle même l’utilisation de samplers, est-ce un choix délibéré ou une simple conséquence de l’évolution sonore inhérente aux années 80?
Gérard : C’est bien entendu l’évolution sonore et l’acquisition de nouveaux matériels qui a optimisé la structure constructive de DEUX. Ecoutez Radioactivity puis Computer World de Kraftwerk et vous comprendrez facilement que l’évolution est liée au temps et à la technique.
Cati : J’adorais ces machines que nous utilisions…
Cati, vous vous consacrez aussi aux arts graphiques, quel est le lien entre la musique de DEUX et vos peintures?
Gérard: C’est à Cati de répondre, mais je pense que son art pictural est semblable à notre union musicale.
Cati: Il y a une similitude de recherche. Aller à l’essentiel, reproduire ce qui sort de soi avec une exigence du plus exact. Que ce soit avec des sons ou graphiquement.
Myspace a permis a de nombreux jeunes passionnés de new-wave et de musique électronique dont je fais partie de découvrir la musique de DEUX, quelque chose de mystique ce dégage de celle-ci, son caractère novateur a l’époque l’est toujours autant, qu’est-ce qui vous a motivé a créer cette page et a sortir l’album simultanément aujourd’hui plus d’un quart de siècle après la création du groupe?
Gérard: Tous ces titres enregistrés au cours des ans sur divers supports magnétiques se décomposaient dans des tiroirs. Philippe (aka Dalek Orphan) a pensé que c’était dommage de ne plus les écouter. Alors on a fait restaurer les bandes endommagées, remasterisé le tout. Et puis on a eu envie de faire cet Album qu’on avait jamais eu l’occasion de produire. Aujourd’hui c’est plus simple. Surtout avec l’Internet qui permet de se diffuser sans passer par des grosses machineries dont on ne veut pas. La page myspace a été créée dans cette logique.
Enfin, envisagez vous quelque actualité au-delà de la sortie de l’album? Des concerts peut-être ou un nouvel opus?
Gérard : qui sait ?
www.agglomerat.com
www.myspace.com/agglomerat
Interview par Dühsse




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