Un disque pop aux accents suaves et planants produit par Tony Visconti avec un featuring de l’homme aux hypnotiques synthés, « Sonic Boom ». Deux visages sympathiques, des articles dithyrambiques outre manche, il n’en fallait pas plus pour avoir envie de rencontrer Dean et Britta..
Jean-Emmanuel : Comment l’aventure Dean & Britta a-t-elle commencé ?
Dean : Nous avons déjà sorti un album sous le nom Britta Phillips et Dean Wareham il y’a deux ou trois ans. Nous étions dans le groupe Luna. Ce groupe a duré douze ans, nous avons splitté en 2004. J’ai commencé ce que je croyais être un album solo, ça c’est transformé en duo. C’était amusant et simple, en même temps je regardais ma vie dans le groupe. Plus tu joues longtemps dans un combo plus il est le plus dur de sortir des disques.
J.E : Dans la vie il faut être démocrate mais dans l’art il faut être autoritaire non ?
D : (Rires) Je pense qu’il y’a une vérité derrière cela. Même si tu as des idées socialistes sur la politique …(Soupir)…mais quand il s’agit d’un groupe. Je ne sais pas…tout ne peut pas être décidé démocratiquement. Franchement, c’est très difficile d’organiser sa vie autour de la vie démocratique de quatre ou cinq personnes. Voter tout le temps. C’est plus facile quand tu as 22 ans et que tu n’a pas de responsabilités. Mais quand tu as quarante ans et que tu as un enfant, c’est beaucoup plus difficile. Parfois quelqu’un doit prendre le contrôle dans un groupe.
J.E : Comment êtes-vous entrés en contact avec Tony Visconti ?
D : Notre manager travaillait pour David Bowie et nous à simplement demandé si on voulait rencontrer Tony Visconti. Je croyais qu’il était anglais, c’est un italo américain de Brooklyn. Dans les années quatre-vingt dix il a moins travaillé et il s’est remis à collaborer avec Bowie. J’étais nerveux au début, je me disais qu’il avait soixante ans, qu’il était bon il y’a vingt ans et qu’il allait nous maltraiter. Il était en réalité le meilleur producteur avec qui je n’ai jamais enregistré, il travaille au service de l’artiste, ce qui n’est pas toujours la cas avec certains qui se prennent pour des rois. Il me disait que si on aimait pas une de ses idées il pouvait en proposer une autre. Il était très flexible. Certains producteurs sont des ingénieurs ou des musiciens, Tony est ces deux choses à la fois.
J.E : Le génial Sonic Boom (Spacemen 3, Spectrum, E.A.R) joue sur cet album et ça s’entend !!
D : J’ai toujours aimé les Spacemen 3 et j’aime ce qu’il à fait. Il était un après-midi à la maison à New York et il jouait du clavier, du moog des oscillateurs. Il a été en studio avec tout son matériel et nous à suggéré des reprises de White horses, une émission anglaise célèbre dans les 60’s et de Our love will still be there des Troggs. Il n’a plus de groupe donc quand il a une idée de chanson il est généreux.
J.E : Des journalistes vous comparent à Nancy Sinatra et Lee Hazlewood, ce n’est pas un peu facile…
D : Oui, si tu écoutes Singer sing la première chanson de l’album, ça n’a pas de rapports avec Nancy & Lee. Le fait que l’on soit un duo comme eux doit les influencer ! J’ai l’habitude… Avec Luna on nous comparait tout le temps avec le Velvet Underground, alors que nous étions beaucoup plus pop. Il ne faut pas trop s’inquiéter de ce genre de choses.
J.E : Quel est votre avis sur le déclin de l’industrie du disque. La montée de myspace, toutes ces révolutions. Il y a ceux qui ventent les mérites du live.
D : J’ai toujours pensé que jouer live était une dure façon de gagner sa vie, c’est très fatigant. C’est vrai qu’il est de plus en plus dur de vendre des disques. A la fin des années quatre vingt les majors ne sortaient plus que de la merde, du hair métal (Motley Crew…ndt), des albums de Cher. On ne rêvait pas de signer avec un gros label. C’était dur de sortir un disque en 1988. Plus de 15 ans après, tout le monde sort des disques, tout le monde a un CD, joue dans un groupe. Il y’a 20 fois plus de disques qui sortent chaque semaine, c’est une partie du problème, il y’a trop d’information. En plus de cela nous avons myspace et le téléchargement, plus besoin de dépenser 2000 $ pour enregistrer un disque , tu peux juste dire, j’ai un groupe et un myspace. Il y’a des bonnes choses…mais…ceux qui travaillent pour la télévision et le cinéma ont le même sentiment, les gosses rentrent chez eux le soir allument l’ordinateur et vont sur myspace, ou sur youtube, toutes ces choses gratuites. La musique est partout mais elle ne semble plus aussi importante. Quand j’étais un adolescent je cherchai des disques du Velvet ou des Modern Lovers, on ne trouvait pas ces disques. Aujourd’hui tout est réédité, avec Amazon il y a ces hangars gigantesques avec tout ceux que tu veux. C’est un monde très différent (soupir). Les ventes de cd’s ont baissé de 40% mais si tu regardes au début des années quatre-vingt ils étaient montés en flèche. Ça s’est rééquilibré, les majors s’étaient habituées à faire des supers profits. Ils ont réussi à convaincre les gens de racheter tous les disques qu’ils avaient déjà en vinyle et là c’est fini.
J.E : Il semble que l’Angleterre soit plus basée sur la mode que les Etats-Unis en matière de groupes.
D : Quand tu lis des trucs sur les groupes anglais, tu lis aussi des choses à propos de la mode, du design. L’Angleterre est bien plus petite, il y a le N.M.E et la radio, tu as beaucoup moins de gens à convaincre que tu es important. Quand les groupes anglais viennent en Amérique, c’est comme l’ex-Yougoslavie, ce n’est pas parce que tu passes à Boston que tu passes à Nashville. Ça peut être très dur pour ces groupes aux USA.
(Britta arrive)
Britta : Je m’excuse (Essoufflée) j’étais coincée à la tour Eiffel.
Dean : Il y a de plus mauvais endroits.
D : Britta était dans un groupe Belltower qui à bien marché au début des années quatre-vingt dix. Il ont été populaires !
Britta : Oui cinq secondes… (Rires)
J.E. :Ils font souvent ça en Angleterre, il l’ont fait avec les Clash. Quand ils sortaient leur premier album, ils étaient le groupe le plus intéressant du monde et au moment de London Calling ils étaient traités de vendus. Ils venaient d’enregistrer leur chef d’œuvre et on leur disait qu’ils n’étaient pas assez punk.
D : On est plus connus aux Etats-Unis.
B : Ca dépend des villes. C’est bien de jouer devant des gens qui sont content de te voir. Nous revenons d’Espagne, c’était bien.
D : Ce n’était pas comme avec Luna, là on recommence tout…
B : Le public est plus confidentiel. Mais c’est bien.
D : On est bien traité en Espagne aussi.
J.E : Votre vie privée influence-t-elle votre création ?
D : Certainement. Tout se mélange.
B : On écrit et on enregistre dans notre appartement. Le studio est dans le living room (rires).
D : Difficile pour nous de séparer le jeu du travail.
B : Nous avons de la chance (sourire)
J.E : Plus facile de fonctionner en couple quand dans un groupe ?
B : Déjà il y’a moins de monde. (rires)
D : Je ne suis pas en compétition avec Britta
B : non, moi non plus.
D : Dans les groupes, c’est plus dur, mais ça peut arriver dans les couples.
B : Tout dépend à qui on a affaire.
J.E : Avez-vous une lassitude de jouer certaines de vos chansons ?
D : Je suis fatigué de jouer les chansons de Luna. Mais jouer nos morceaux est très amusant.
B : C’est très frais. Presque trop frais ! (rires)
D : C’est plus un combat. Ça été facile d’enregistrer le disque mais jouer live est plus difficile. On doit apprendre…
J.E : Votre musique est très cinématographique.
D : On aime les musiques de films.
B : On adore Morriconne, Delerue, John Barry…
D : On a fait quelques bandes sons de films.
J.E : Vos projets ?
D : J’écris un bouquin, ma bio, mes mémoires plutôt. Pas toute ma vie, mais mon expérience dans la musique. Le mot mémoire est ce qui se vend en ce moment. J’ai quelques histoires drôles sur ma vie à raconter. La plupart du temps quand vous lisez la vie de quelqu’un qui a joué dans un groupe, il ne l’a pas écrite. Ça se voit.
J.E : Vous ne trouvez pas que beaucoup de documentaires sur la musique sont assommants? Trop de types derrière des consoles en train de parler.
D : C’est très ennuyeux de parler du moment de la création. C’est difficile à montrer. Que ce soit un film sur Van Goh ou les Doors. Ett ce n’est pas facile de parler musique.
B : Il y’a un documentaire sur Luna, sur notre ultime tournée qui va sortir.
D : Pas de têtes qui parlent ou de consoles. Le documentaire nous suit lors de notre dernière tournée, jusqu’au split. C’est un documentaire très musical. On a un titre sur la B.O du film clean d’Olivier Assayas.
J.E : Et la France ?
B : J’aimerai bien savoir qui forme notre public.
D : Hier on à joué un show privé au Baron. C’était très jeune et riche.
D : J’espère qu’on va revenir !
B : Et puis envoyez nous des messages myspace….
Photos: Audrey




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