Toute création définie comme expérimentale par le plus grand nombre est une expérimentation ratée. Cette citation d’un illustre connu ne s’applique pas à Damien, dont le premier album, L’art du disque fut, voilà un an, un pavé en mousse dans la mare. Le genre qui flotte à la surface et résiste aux intempéries, et qui, parmi tous les prétendants successeurs de Gainsbourg, pourrait bien être l’élu à barbe pour les années à venir.
Damien, nous nous sommes rencontrés voila un an, à la sortie de ton premier album, L’art du disque, nous avions alors parlé de son coté artisanal, de ton envie de marier l’expérimentation avec la pop, cette anecdote sur cette flute achetée dix euros pour jouer le solo ultime sur Fresh people, cet album qui a pris 5 ans à sortir.. Bref, comment avec le recul analyses tu la sortie de ce premier album, assez difficile d’accès pour le «grand public» ?
…. C’est un peu large comme question.
Tu le définissais à l’époque comme, je cite, «un anti-disque, le cul entre deux chaises trop écartées», comment l’as-tu vu grandir cet album ?
Disons que le fait de le jouer devant des gens m’a parfois frustré, peut-être le regret de ne pas avoir été plus direct. Tout est parti de l’envie de faire un album punk, l’envie d’expérimental et en même temps le désir de singles faussement commerciaux, comme Mandarine par exemple… Disons que cette tentation du «tout en même temps » a peut être diminué l’impact du projet. Je parle des aspect négatifs là (Rires). Certains vont préférer ces chansons simples, et d’autres celles qui sont plus sauvages comme Champs ultime ou Fresh people. Tout le monde s’y retrouve sur tel ou tel titre, mais rares sont ceux qui comprennent le trip intégralement.
Mais du coup tu ne te dis pas que revenir à la philosophie du EP, des singles balancés au gré de tes envies, pourrait être une solution ?
Le marché du maxi tu y crois toi ? C’est pour la scène électro, à la rigueur. J’aimerais bien. On va y arriver à un moment, mais paradoxalement la mort du disque n’est pas encore arrivée, en dépit du titre de mon album ! Disons que là j’ai fait mon album je-m’en-foutiste un peu patchwork, et là j’ai envie de sortir un deuxième album plus dans la tradition du disque. Un truc plus minimal, concis. L’envie d’aller dans une direction…….
Tu as une direction en tête plus clairement ?
(Longue hésitation) Disons qu’il sera différent du premier !
Attention tu commences à choper les tics de l’artiste en promo !
(Rires) J’ai du mal à parler des choses à venir, car j’aime bien conserver une part du mystère. Le fait que cela reste mystérieux me stimule. C’est plus excitant de présenter un album comme une surprise. Rien n’est enregistré pour l’instant. Je compose, j’écris. Je peux simplement te dire que c’est un classique, je pousse l’aspect chanson/écriture au maximum. J’ai envie de contact, m’adresser à une plus grande majorité de personne, ne pas être seulement bizarre, avec des thèmes compréhensibles. Ce qui n’a rien de putassier ou de simpliste. Je pense notamment à Katerine, qui pour moi est le parfait exemple, sorte de pionnier dans la chanson française, alors que son disque n’est pas si facile.
Et toi ton album, tu le trouves dur d’accès ?
Non moi je le comprends parfaitement, mais disons que par une convergence de retours, il faut admettre qu’il est étrange. Pour moi il n’est pas bizarre. Ce n’est qu’après que je me suis dit que ce disque était fait pour emmerder tout le monde ! Il ne rentre pas dans les formats, clairement. S’il avait été totalement punk, cela aurait été totalement déstructuré, alors qu’il y a des pistes mélodiques qui peuvent plaire aux grands-mères. Ce contraste entre le populaire et l’arty rend le tout subversif, peut-être…
Il y a des gens dont tu te sens proches, des gens avec qui tu pourrais collaborer ?
Katerine et sa famille, Pierre Bondu & co. Katerine dont j’ai fait la première partie aux Transmusicales de Rennes. Il s’est clairement passé un truc, il adore le disque. Je me sens bien dans cette famille artistique, et puis après il y a évidemment Sebastien Tellier. Nous sommes sur le même label, en étant les seuls, au bout du compte, chez Record Makers à être des chanteurs, alors que Turzi, Arpanet, Sex in Dallas, sont dans un trip rock prog’ instrumental, que j’adore cela dit. Avec Tellier nous nous situons une optique d’accès au grand public, tout en faisant une musique spéciale, en cherchant à s’imposer comme cela. C’est marrant comme réflexion.. (Il pense).
L’envie de provoquer, c’est quelque chose qui te poursuit ?
L’aspect consensuel, c’est quelque chose que j’ai tendance à fuir, sans m’en rendre compte. Ce premier album a été conçu selon mes envies, faire ce que je veux, mais très naturellement, j’ai envie là d’être plus simple, ne pas m’isoler ou être autiste. J’ai envie d’une pop innovante, je ne fais pas de la musique pour être fonctionnaire. (Rires)
(S’en suit une longue conversation sur le dernier album d’Air, et la théorie des premiers albums souvent meilleurs)
Je me souviens de toi me disant que tu n’avais mis aucun crédit sur ton album, car tu l’avais composé tout seul et ne souhaitais pas remercier des gens par politesse.. Tu es encore dans ta bulle aujourd’hui ?
L’objectif est toujours d’avancer le plus facilement possible. Encore maintenant, je travaille plus facilement tout seul, travailler avec un trompettiste, même s’il joue mieux que moi, ou même des musiciens extérieures, implique des contraintes, ne serait-ce que de temps. Je recherche le confort ultime, je veux volontiers être aider, mais faire de la musique reste pour moi plus rapide. J’ai surement adapté mon songwriting à cette démarche, d’utiliser les instruments moi-même en fonction de mes besoins. Pour le prochain album, je veux faire des notes et des mots en fait ! Il me faut de la simplicité et du direct. L’art du disque, c’était un peu comme avancer dans la boue avec les yeux bandés, des changements d’instrumentation à chaque titre, avec le risque de tout foirer…… Je pense à Bach, qui reste ma référence ultime.. Tu écoutes n’importe quelle composition, avec un orchestre de violons, au piano solo, quatre instruments, violon, ou un orchestre de 100 personnes , le morceau garde la même force avec la même mélodie. On voit bien avec le recul que les 80’ ont leur type d’arrangement, pareil pour les 90’. Le deuxième disque pourrait bien être anti-production presque ! (Rires).
L’album il sortira quand alors ?
J’ai envie d’aller vite là.
En 2007 ?
On est en 2007 déjà là ? Ca me parait compliqué là… On est en avril ?
Euh oui.
Alors disons 2008 je pense.
Une question sur le clip de The Frogs, qui circule sur myspace et youtube, c’est toi qui en a eu l’idée ?
Oui, tout à fait. J’ai réalisé ce clip de The Frogs, avec l’idée de moi au premier plan, vomissant littéralement mes paroles, avec cette nana dansant derrière. Et j’ai d’excellents retours sur ce clip ! Les gens aiment beaucoup, J’aimerais évidemment qu’il sorte en Angleterre, le contraire serait dommage..
Certains albums ou artistes t’ont-ils marqué en 2007, des gens qui t’inspirent ?
Je sais pas moi.. Toi, t’as écouté quoi en 2007 ?
Damien // L’art du disque (Record Makers)
http://www.myspace.com/damienlecointe
Interview par Bester Langs
Photos par Virgile Biechy
3 commentaires
I think I might understood the whole trip..
damien vaut mieux que deux tu l’auras




ETRE DIEU
Sympas les photos !