Pardon d’emprunter le titre de ce papier au nom d’un album atterrant d’un groupe atterrant, mais en l’occurrence il est assez approprié : vous êtes morts et vous ne le savez pas encore !
Si vous êtes musicien, signé sur un label indie ou une major, quel effet a sur votre moral l’état du marché du disque, qui a perdu 40 % de son chiffre d’affaires en un an. Combien des directeurs artistiques et des attachés de presse que vous connaissez aujourd’hui seront encore en poste dans six mois ? Il ne faut pas rêver, dans l’industrie automobile, par exemple, on fait des plans sociaux pour moins que ça.
okeh2009 sera dur pour les industries culturelles. Sauf peut-être pour les artistes contemporains. Mais c’est un peu normal, leurs premiers clients sont les chefs d’entreprise et les hommes d’affaires dont les investissements vont se reporter pour un temps sur le marché de l’art contemporain, moins volatile que la Bourse, par les temps qui courent. L’art en tant que valeur refuge en quelque sorte… Le succès de la vente Damien Hirst, qui a mis aux enchères 300 de ses œuvres, en septembre, à Londres, semble le confirmer.
En revanche pour les arts de masse, ceux qui ont besoin du public pour exister : cinéma, littérature, musique… ça va moins rigoler.
La particularité de cette crise, c’est que, contrairement aux précédentes, elle risque d’être artistiquement improductive. Parce que cette fois, il n’y a vraiment plus d’argent !
Au moment du punk, par exemple, les maisons de disques venaient de toucher le jackpot avec le disco, et pouvaient en miser un peu sur les nouveaux groupes. Ça a permis au punk rock d’émerger et aux artistes les plus intéressants, comme Joe Strummer ou Jacno, d’apprendre et de grandir.
Dans l’édition, secteur jusqu’ici préservé, c’est la crise aussi. L’année dernière, pour la première fois depuis longtemps, les ventes de livres en France ont marqué un tassement, voire une légère régression… Jusque là les Harry Potter, les Millenium et les best sellers écrits (ou plutôt faudrait-il dire signés) par des people arrivaient à masquer la réalité, mais aujourd’hui, cela ne suffit plus. Comme dans le disque il y a dix ans, l’édition a refusé de se remettre en cause, n’a anticipé ni les nouvelles technologies ni les nouvelles habitudes de consommation, et risque de le payer très cher. On peut le regretter ou s’en satisfaire, mais c’est un fait.
La crise est perceptible dans l’attitude des éditeurs, qui mettent plus longtemps que de coutume avant de signer un projet. Dans le montant des à-valoir aussi, qui sont parfois diminués de moitié d’un projet à l’autre, pour un livre de même importance et de même pagination.
La presse n’est pas épargnée. Lorsque les piges sont encore payées (pour combien de temps encore ?), le tarif d’une page peut varier de 500 € (presse féminine) à… 15 € (presse web). Je peux citer aussi l’exemple d’un magazine papier dont je connais certains des animateurs, qui avait réuni pour son prochain numéro un nombre de publicités suffisant pour rentrer dans ses frais. Une semaine avant l’impression, il ne restait plus qu’un annonceur. Les autres s’étaient tous retirés.
Evidemment, ce n’est pas la fin des métiers liés à la culture. En France, nous serons un peu moins touchés, grâce aux subventions et aux diverses protections mises en place. Mais l’effet de la crise sera seulement atténué et pour combien de temps ? Tôt ou tard, il faudra se remettre en question et trouver de nouveaux « modèles », comme disent les économistes…
Cela promet d’être excitant, si ce n’est que beaucoup vont mordre la poussière. Et très sincèrement, c’est bien la seule vertu que je vois à cette crise : opérer un nivellement par le haut. La sélection naturelle se fera très vite, seuls vont survivre les artistes qui ont quelque chose de fort et d’original à proposer. Rendez-vous dans un an, donc.
Evidement, quand on regarde le classement des ventes de livres et de disques (ou celui des nouveaux films), aujourd’hui, les chiffres me donnent tort : ce ne sont pas les meilleurs (en terme de contenu culturel) qui tiennent le haut du pavé. Patience.
Poupee SarkoEn ce moment, par exemple, il y a un gadget qui cartonne (peut-être plus pour longtemps, puisqu’une décision de justice pourrait l’interdire) : la poupée vaudou « Sarkozy », accompagnée de son manuel d’utilisation - produit qu’Amazon classe dans sa rubrique livres. Si ce type de gadgets est considéré comme un bien culturel et si, en plus, il se vend bien, alors c’est sûr qu’il reste du chemin à parcourir en terme qualitatif…
Soit nous traversons une petite crise de rien du tout, une de celles dont on ne se souviendra même plus dans six mois (et lorsque nous en sortirons, tout reprendra « comme avant »), soit, comme certains économistes le pensent, elle va être plus profonde, et, là, il faudra faire preuve d’imagination pour réinventer vos modes de vie, les amis. De beaucoup d’imagination.
Une chose est sûre, deux secteurs n’ont pas trop à s’en faire : celui du bénévolat et celui de la gratuité (voir le succès de la presse gratuite…).
Revient alors cette question lancinante : en attendant, comment font les artistes (et les pigistes en général) pour vivre ?
McDo, sondages, travail au black, RMI… Chacun sa solution.
31 commentaires
Fort à propos ! Vous avez raison Pierre, l’art est du domaine du bénévolat et de la gratuité du coeur et de l’âme. J’ai une grande prévention pour cette idée “d’industrie culturelle”, ça a des relents de cambouis et des aspects de créativité en boites bien alignées sur la chaîne de montage… si tout ça devait disparaître, je ne verserais pas une larme.
A l’heure où l’on peut s’auto-produire et s’auto-diffuser, même si l’on occupe un emploi subalterne et pas glorieux, il faut continuer à rêver des accords et des riffs, et écrire des sonnets pendant les réunions commerciales…
Un admirateur, encore sous le charme de votre docte parole.
Je recopie ici la dernière phrase de l’article que la mise en page masque un peu :
“McDo, sondages, travail au black, RMI… Chacun sa solution.”
S’y reconnaîtra qui veut…
Et vous me dites fou ? Vous ?
Alors que, d’aucun l’ont dit avant moi : la folie c’est avoir tout perdu sauf la raison.
Et tenez vous bien cher Pierre, vous avez “raison”.
Moi je propose un nouveau modèle économique pour les musiciens: conférer à la musique le même statut que la peinture: une oeuvre unique qui sera vendue des milles et des cents à des mécènes fortunés qui en détiendront alors une licence commerciale permettant de la vendre au grand public: en gros remplacer les maisons de disques par des individus et redonner son indépendance à l’artiste.
Après, tout ceci demande un grand sens de la communication pour l’artiste en question ce qui demeure la moindre des choses à notre époque ![]()
Désolé pour cette ponctuation hachée au couteau mais je persiste: il faut inventer un marché de la musique comme on a inventé un marché de l’art ![]()
le contexte ne laisse en effet qu’une seule solution : inventer.
Ouais, ça sent le Grand Soir, tout ça. Ou la Grande Débâcle. Effectivement, va falloir être inventif…
Voyez-vous, j’ai bien peur qu’il n’y ait pas suffisamment milliardaires pour tout le monde…
Moi jconnais plus d’un trader qui aurait mis un million sur l’album de cheveu ou de kling klang…
Je viens de troucver ça sur le Blog des enculés de la Maison Tellier:
Je cite Helmut Tellier:
attention !
dire du mal gratuitement, c’est se rabaisser au niveau d’un chroniqueur de Gonzai, autant dire la lie de l’humanité, le dernier stade de la déchéance, juste avant les supporters de l’AS Roma, les jeunes militants UMP et le clochard tout pourri qui s’était pissé dessus tout à l’heure au marché…
Posté par helmut, 26 octobre 2008 à 12:41
Je crois qu’il est temps en attendant des jours meilleurs de générer des scéances de tortures de ces gens-
ça ne calmera pas la crise mais moi ça me calmera!!!
On n’avait pas dit (de manière tacite hein) qu’on ne prononcerait plus ici le nom de ce groupe honni ?
instructif de voir que pour certains un clochard représente la lie de l’humanité…
ça me rappelle un mode de pensée en vigeur en Allemagne au milieu du XXe siècle.
Faut-il dire désormais : La Maison Goering ???
Je sais Sylvain, mais là je désirai partager avec vous la prose du blog de ce groupe-
Personnellement je veux bien être payé pour dire du mal mais en attendant je suis comblé d’en dire gratuitement sur ce genre de gens!!
J’oubliai Helmut & co, je préfère milles fois la vision d’un clodo même s’il pue l’urine que celle de donneurs de leçons qui en réalité se comportent et pensent comme des porcs (et encore il y’a des cochons mignons!)
J’en ai marre pour revenir au topic de tout ces gens qui ont le coeur à gôche et le portefeuille bien à droite-
Un look de prolo/prof/barbu/gocho, de belles déclarations lyriques et dans la vraie vie des sous merde.
Mon cher Jean-Emmanuel, je t’arrête, ne mettons pas tous les barbus dans le même sac. Il y en a certainement qu’on aime bien. Même si, tout de suite, aucun nom ne me vient à l’esprit…
Songeons aussi qu’avec la faillite de la CAMIF, un grand nombre de groupes folk est désormais sans fournisseur de tenues de scène. Sale époque !
Bon alors déjà on arrête illico presto toute remarques concernant ce groupe, leur siteweb ou quoi que se soit, sinon je clos les guichets et lâche les chiens.
Que ceux qui veulent vraiment trouver un endroit où vomir leur dégout d’un groupe écrive des articles et les transmette à noter desk, on leur trouvera le cas échéant une place dans notre ligne éditoriale, ou bien qu’ils ouvrent un blog (après tout, ce n’est pas ce qui manque sur le net des sites qui font usage de chiottes à la turc).
D’autres part des barbus sympa j’en ai une chiée en tête et la majorité ne vivent même pas sur le canal St martin : Carlos (pas le terroriste, le papayou lélé), le Tellier (nan, le sexual pianiste), Carlos (le terroriste en fait), Sarah Palin (avant son opération), notre divin rédac chef (oui enfin là c’est plus un oubli qu’un look), votre serviteur (oui ben on fait ce qu’on peut avec ce qu’on a) et le père noel (celui qui apparait sur NoLifeTV)…
Robert Wyatt aussi!!
Et les Beach Boys pendant le tour 1975…
Et Mick Jagger pendant l’enregistrement d’Emotional Rescue (mais c’est un faux barbu : il n’est pas barbu dans l’âme).
Et aussi Chris Blackwell !
Finalement, on en trouve quelques uns.
Mais le mal ne viendrait-il pas des non-barbus, bordel?!
NS, DSK, GWB, VP, KJH, Kylie Minogue et j’en passe…
Jim. Le roi lézard himself sur la fin. Ahhhh
@Matt : Kylie Minogue je ne suis plus sûr ; je crois me souvenir d’une photo volée parue sur Oops (site web bien connu) ou elle avait une sorte de barbe. Mais la photo était prise d’en dessous alors…
« La sélection naturelle se fera très vite, seuls vont survivre les artistes qui ont quelque chose de fort et d’original à proposer. Rendez-vous dans un an, donc. »
Justement j’ai bien peur que tu ne sois donc plus là dans un an mon pauvre Mikaïloff. Tu vas pouvoir finir l’année au moins ?
ZZ Top, ça c’est de la barbe de compette
les nains de blanche-neige aussi, ils sont gentils les nains poilus
et quand je pense à nain, je pense au père fouras
“McDo, sondages, travail au black, RMI… Chacun sa solution.” Ou alors, ils bossent dans la pub. Hé hé.
En tout cas, moi, rien qu’avec tout ce que j’achète comme magazines, BD et bouquins, je soutiens encore l’industrie culturelle… Mais je flingue l’environnement.
Bordel à cul ! Que choisir ?
la solution est de rendre moins boeufs les boeufs, et en redevenant des citoyens, les gens relanceront les industries culturelles, grâce entre autre au web. L’ennui c’est que vu ce font nos chers politicards et autres rentiers ça donnent pas envie d’être un peu moins con…




PLAY BLESSURES
Showtime…