Parce qu’on a tous un jour rêvé d’avoir un correspondant, et qu’on a tous souhaité qu’il rentre rapidement chez lui, Gonzaï lance cette semaine ses correspondances internationales. Un point de vue subjectif sur le monde, loin de Paris. Une vision européenne du détail, vu ici par Charline, correspondante irlandaise. Dublin. Ca vous changera du Paris Paris et autres futilités nombrilistes.
Bye-Bye Bertie. J’ai eu connaissance de la démission du Premier ministre irlandais Bertie Hahern en lisant le nom de cette compilation que lui dédiait Me & My Korg. Une club-night dublinoise, organisée par des filles généreuses qui n’hésitent pas à faire venir John Maus ou Passions dans un club minuscule, ravir cinquante personnes et perdre des sommes faramineuses.
Mais à Dublin on n’a plus la notion de l’argent. Surtout quand il s’agit de se divertir. Travailler plus pour boire plus. On cumule les part-time jobs auxquels on se rend ivre parce que il y a peu de chance de s’en faire éjecter. La politique, donc, on s’en fout comme de la reine. A la rigueur on raille Nicolas Sarkozy comme on bave sur Kate Moss. On jouit de la croissance économique et on sirote des Smoothies à cinq euros parce que c’est “healthy”, comme l’indique l’étiquette sur la bouteille. C’est 100% fruit donc un de tes “Five a day”. Ca donne la conscience tranquille avant d’aller descendre six pintes au pub après 18h.Evidemment, les Irlandais vivent dans des pubs ! Le cliché est aussi fondé que celui sur les Ecossais portant le kilt. Je vous assure qu’à Edimbourg j’ai admiré nombre d’hommes en kilt. Un habit élégant tant que celui qui le porte a la décence de ne pas le soulever, quand la nuit touche à sa fin, pour prouver qu’il poursuit la tradition jusqu’au bout… du bout.
Sortir le samedi soir dans les rues de Dublin sans appareil photo ou à jeun vous le fera regretter. Vous me comprendrez après avoir fait deux pas dans Temple Bar. Là bas, les filles portent les robes les plus courtes que vous n’ayez jamais vu, même en hiver. Comme il y a peu de vestiaires, les Irlandaises ne prennent pas de manteau mais l’alcool leur tient chaud. Elles voguent d’un pub à l’autre et courent sur les pavés sans même coincer leurs talons.
Moi j’aime aussi porter des robes. Quand je suis revenue à Paris, j’avais oublié qu’enfiler un tissu au-dessus du genou relèvait du défi. Il semblerait que les Français ne soient pas préparés à s’habiller pour sortir et le fassent savoir quand vous faites l’affront de ne pas honorer le jean. Que même notre président a adopté. Faire de chaque jour une fête est un art et implique une coupure avec le quotidien qui, de l’avis de tous, “is shite”. Cela implique une garde robe en conséquence et accepter de perdre le contrôle. Laisser l’eau distillée prendre sa dignité. Et s’en contrecarrer.
Etudiants français, j’ai lu que vous descendiez dans les rues. Je vous donne ma procuration, réclamez l’instauration du bal de promo. Pourquoi n’avons nous pas le droit nous aussi l’espace d’un soir de ressembler à un Quality Street imbibé de rhum ? A Trinity College, cette année Lightspeed Champion, BRMC, The Whip et Kavinsky font lieu d’orchestre pour le bal. A part ca moi j’ai reçu mon diplôme par la poste en septembre dernier.
Revenons à Temple Bar avant que je ne m’égare, temple des touristes plus que des bars, pour être clair. La plupart des pubs de Temple Bar ont été retapés dans les années 90 pour recréer un décor datant d’il y a un siècle. Ah ! l’époque où l’Irlande était l’un des pays les plus pauvres d’Europe ! Le terme Epoque est vague mais tant qu’il indique une période inférieure aux années 90, il reste véridique. Car l’Irlande a longtemps été pauvre et arriérée, ce jusque très récemment, ainsi qu’aime se souvenir mon exquis colocataire irlandais (qui n’est pas roux et ne ressemble pas à un Leprechaun, si ca peut vous recadrer un peu).
Contrairement à une majorité de Français, Espagnols, Brésiliens et Polonais venus s’amouracher de Dublin et ses salaires attrape-mouches, décidant de rester vivre en communauté, moi je vis avec des Irlandais. J’essaye de comprendre leur culture et eux tentent de me décrypter. Leur plus grande interrogation est de découvrir pourquoi j’aime tant Dublin. Pourquoi je ne veux pas rentrer chez moi, au pays de Ed Banger, Roulé et de Kitsuné. Une nation représentée par Sébastien Tellier à l’Eurovision tandis que l’Irlande se contente de Dustin, une marionnette dinde. La France, pays de mai 68. Où le choix rayon fromage ne se limite pas à cheddar orange versus cheddar jaune, ajouterai-je.
Mais la France n’a pas les Irlandais.
Quand j’annonçais à une connaissance mon départ pour l’Irlande, elle me répondait qu’il en fallait bien peu pour rendre les Irlandais heureux. En tant qu’éternelle insatisfaite, j’ai eu envie de me convertir. Puis il ajoutait qu’il n’aimait pas les gens se contentant de peu, ne cherchant pas à aller plus loin. J’aurais dû lui demander de me définir la notion d’ambition. Plus loin, plus haut, pour quoi faire. Les Irlandais sont formidables. Savez-vous que la gent masculine danse aussi? Bien sur que vous le savez, vous avez vu Titanic, mais la France aussi, argumenterez-vous, elle a la Tektonik. Mes amis à Dublin exhibent leurs dents constamment et se foutent de leur alignement. Je n’ai pas l’impression que les gens me regardent du haut d’un échafaud quand ils m’adressent la parole lors de vernissages, pourtant je n’ai pas grandi d’un centimètre.
Last but not least (cette formule que vous aussi avez sûrement appris en cours d’anglais vous fait passer pour un con quand vous l’utilisez sur le terrain, idem pour “in one hand et in the other hand”), l’Irlande est aussi un pays avec des problèmes d’éducation effrayants. Une récente enquête a aussi prouvé qu’aucun des hôpitaux d’Irlande ne remplit les normes d’hygiènes. Le plus jeune père de Dublin a treize ans. L’avortement est interdit et tabou. Mais les jeunes filles prennent un vol avec la compagnie aérienne irlandaise Ryanair deux semaines après la nuit d’ivresse qui leur a causé un embryon. Ca ne leur coûte que 19€99 (taxes exclues) pour atterrir en Angleterre et avorter.
La démission de Bertie a probablement rapport avec un de ses problèmes. Je n’ai jamais trop eu le temps de m’en assurer. Peut-être aimerais-je vous en parler plus. Mais comprenez, si vous le pouvez, on m’attend depuis deux heures au pub et je n’ai pas de temps à perdre pour des sujets si superficiels. Qui risquent d’autant plus d’attaquer ma bonne humeur désormais continuelle !
Charline s’expatrie à Dublin en août dernier pour ses études. Elle a un vol de retour pour Paris le 27 mai, mais n’est pas sure de s’en servir. En tant que sérial stagiaire et pigiste, elle a écrit pour L’Huma, Radio Nova, Magic, POPnews, Ouest-France… mais c’est définitivement avec Gonzai qu’elle applique le moins ce qu’elle a appris en école de journalisme.




ETRE DIEU
on paye 4€ pour une pinte de guiness bien tirée à dublin, 8 à paris pour de la pisse sans mousse.
nothing else to say, et on sait desormais ou sera charline le 27.
cheers girl.