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CORBIER Un chanteur épatant

François Corbier bonjour, tu le sais mieux que moi, le monde commence sa longue descente, la température monte, les banquises fondent, la biodiversité semble mal barrée et la (...) suite

Ou comment François Corbier est dieu. Oui, Dieu. Car la vie de Corbier, c’est la rencontre des apôtres (Moustaki, toute la rive gauche lorsque cela avait encore une sens), la gloire des cabarets, puis c’est le chemin de Damas, le Club Dorothée, dix ans de contre-cultures, qui avec le recul évoquent la nostalgie et les bons souvenirs. Mais la France aime les étiquettes qui grattent, la France n’arrive pas à couper ces étiquettes. Alors que Corbier a repris la route depuis le début des années 2000 pour sillonner les salles et distribuer la sainte parole avec un dernier album simplement magnifique, (Tout pour être heureux, 2005), la foule conserve à l’esprit le noir & blanc à l’esprit, sans vouloir voir la couleur d’un homme nouveau, barde poétique moderne malgré ses soixante et quelques printemps. Itinéraire christique d’un chansonnier athée, on y parle rédemption et fin de monde, de Mississipi John Hurt et de golden shower. Ambiance.François Corbier bonjour, tu le sais mieux que moi, le monde commence sa longue descente, la température monte, les banquises fondent, la biodiversité semble mal barrée et la France se retrouvera dans quelques semaines avec un dictateur nain en guise de président.. Quel regard portes sur la France de 2007 ?

Je ne sais rien mieux que quiconque mai je fais en sorte de ne pas vivre trop sottement et pour ça je me tiens au courant de la marche du monde, et souvent je me trompe… Nul n’est parfait ! Surtout pas moi. Le regard que je porte sur la France ?… En fait je ferme pudiquement les yeux, je fais l’aveugle, mais je ne suis pas dupe, je sais qu’un borgne me guette. Ça ne me rassure pas… Notre pays de cultures, d’échanges et d’intelligence vire peu à peu à l’ostracisme, à la sottise. Nos dirigeants ont une lourde part de responsabilité, mais on n’a jamais que les dirigeants qu’on mérite…

Ca te donne pas envie de composer un blues tout ca ?

Il est fait. Il s’intitule Bilan Début du Siècle Vingt-et-un:
Combien d’erreurs encore ? Encore combien d’Outreau ?
Combien de Dils encore derrière les barreaux ?
Le rouge s’accumule au front de la justice,
Et Johnny, mon amour, est allé vivre en Suisse.Dans les rues de Sangatte, on chasse l’émigrant.
Ici aider un homme, c’est être un délinquant.
Règne de la douleur sur un lac d’immondices
Et Johnny, mon amour, est allé vivre en Suisse

À Bagdad un gibet pour femmes adultères.
On meurt en Palestine pour un lopin de terre.
La banquise en lambeaux, génétique du maïs
Et Johnny, mon amour, est allé vivre en Suisse

La forêt disparaît, des espèces s’effacent.
Encore un tsunami. Des déchets plein l’espace
Les baleines suicidaires fument du cannabis !
Et Johnny, mon amour, est allé vivre en Suisse

La peste brune debout au stade paradant.
Écolières violées, des kamikazes enfants.
Quand la banlieue s’embrase, qui manœuvre en coulisse ?
Et Johnny, mon amour, est allé vivre en Suisse

Dieu est aveugle et sourd, nos prières inutiles.
C’est la mort qu’on respire dans le ventre des villes.
C’est la raison qu’on tue, c’est sur l’amour qu’on pisse,
Et Johnny, mon amour, est allé vivre en Suisse

Toute cette sous-culture télévisuelle, est-ce encore une source d’inspiration pour toi aujourd’hui ?

Il n’y a pas de sous culture sauf à penser qu’il y a une culture élitiste comme il y aurait une France d’en haut et une France d’en bas… Sottise ! La culture n’est que le reflet de ce que nous sommes. Pour certains il s’agit de tout savoir de Saint Simon et pour d’autres tout de Marcel Gotlib. Les deux peuvent me passionner si celui qui m’en parle sait le faire avec talent. La télé n’est culturelle qu’à condition qu’on lui accorde les moyens de transmettre quelque chose. Il existe des émissions formidables qu’il suffit d’avoir envie de regarder pour s’enrichir : Thalassa, Des Racines et des ailles… par exemple. On n’est pas tenu de garder en permanence les yeux grands ouverts devant des émissions qui n’ont pour but avoué que de distraire sans cultiver. La télé me donne sans cesse envie de raconter ce que j’y vois.
Souvent pour m’en moquer. Souvent aussi pour apporter une contradiction qui semble trop absente des programmes.

Crois-tu qu’il faille vivre dans un monde affreux pour pouvoir composer des chansons remplies d’émotions ?

Voilà une idée reçue parfaitement ridicule. Racine, Hugo, Rodin, Claudel et quantités d’autres n’ont jamais souffert de la misère. Andy Warhol ou Michel Legrand non plus. Quand à Picasso… Un artiste est une personne comme une autre. Avec les mêmes besoins et les mêmes envies qu’il sait magnifier par son talent. Il n’y a pas besoin de vivre dans l’alcoolisme, la drogue, les expédients et la misère pour faire une œuvre belle, fine et intelligente, d’ailleurs j’ai connus des artistes qui malheureusement ont vécu dans ce genre de conditions et… leurs œuvres sont pitoyables, voire sans aucun intérêt. Je n’en tire aucune conclusion qui pourrait bien se révéler hâtive, mais je crois sincèrement qu’il faut donner à l’artiste la possibilité de vivre dans son siècle au sein de sa communauté comme vivent les autres personnes qui l’entourent, pour que s’épanouisse sa sensibilité. Lui refuser ce minimum, c’est à tout prendre le considérer comme un être différent, ce qu’il n’est pas, et donc user de racisme à son égard. Un artiste n’en déplaise à certain, mange, boit, baise, dort et souffre autant que les autres. Parfois différemment, mais pas mieux ni moins.

En parlant d’émotions, on trouve sur ton dernier album une chanson magnifique, L’Apostat, pleine de nostalgie, qui aborde la religion sur un mode folk / ironique du meilleur effet. Corbier, tu ne crois toujours pas en dieu ?

L’apostat est une chanson qui m’est venue à l’esprit tandis que des énergumènes se sont mis à vouloir nous prouver, à coup de bombes, de sermons, d’insultes, que dieu nous veut du bien. Moi qui ait eu la chance de pouvoir choisir ma religion, mes parents m’ont donné à lire et m’ont parlé, j’ai préféré renier mon baptême et vivre sans l’aide d’un Dieu qui accepte d’être adoré par des malades mentaux qui enferment, mutilent, tuent, flagellent, en son nom. Je pense que si un dieu existe, il se sentira grandement soulagé le jour où tous ces cons voudront bien lui lâcher la grappe. Je ne vois pas où est la grandeur de Dieu dans le crime réclamé par ses prêtres.

Technikart publie ce mois-ci un dossier sur le Club Dorothée, qui revient sur 10 ans de ce qu’on peut appeler avec le recul une contre-culture, comparé à ce qui se fait aujourd’hui. Alors, flash-back, on est en 1987, si tu dois reparticiper à cette aventure, tu fais quoi ?
C’est une bonne question …

Qu’est ce que je fais ? Il est entendu que je ne sais pas l’issue ? On est d’accord là-dessus ? Je suis dans le même cas de figure avec ce que je sais à l’époque, et pas ce que je sais maintenant. C’est bien clair pour tout le monde ? O.K j’y vais.

Je viens de faire mon tour de cabaret. Le public est bourré comme presque chaque soir à l’heure à laquelle j’arrive. J’ai déjà fait trois ou quatre passages. Je gagne bien ma vie mais j’ai 43 ans. Je ne serai jamais celui que j’ai rêvé d’être. Je vais vieillir de cabaret en cabaret, entre deux bières et trois coucheries. Je suis fatigué. J’ai le moral souvent très bas. Je n’en parle pas. Mais je me vois mal finir comme certains de mes camarades plus âgés que moi que la gloire n’a jamais touché de son aile et dont les patrons de cabarets ne veulent plus et que le caniveau guette. J’ai fait des tournées avec Alain Barrière, Les Frères Ennemis, Serge Lama. J’ai fait l’andouille avec Marie Paule Belle. J’ai chanté dans les usines avec Maxime, avec Moustaki. Je suis allé chanter en Afrique, en Amérique du Sud, au Québec. Partout j’ai eu de la presse, souvent une très bonne presse. Mes copains de cabaret m’aiment bien. Le public m’aime bien… Mais il ne se passe rien. Jamais rien. On ne m’invite pas à chanter mes petites chansons à la télé. Ni à la radio. Je suis déjà trop vieux pour faire du disque et d’ailleurs personne ne me le demande. J’ai fait l’Olympia ça ne m’a pas apporté un concert… Je n’ai que peu d’espérance que les choses changent et s’améliorent dans ce que je fais. Brusquement un producteur de télé me propose de gagner normalement ma vie. Un salaire qui permettra à mon gosse de vivre mieux et de faire des études, de ne plus courir après le cachet qui me permettra de payer mon loyer. Je ne sais pas où cette histoire va me mener, mais je suis partant. Je suis habitué à changer de lieu de travail tous les deux mois… combien de temps ce job durera-t-il ? Je n’en sais rien, mais je n’ai rien à y perdre. On me propose de faire ce que je sais faire : Ecrire des chansons et on va ma payer pour ça. Je mets une paire d’heures à peser le pour et le contre… J’accepte.

On comprend au fil des interviews que tu as donné que ces dix ans d’activités télévisuelles sur le Club Do’ n’ont pas été de tout repos, 10 ans à travailler comme des turcs enfermé dans une bulle stakhanoviste… Bon sérieusement Corbier, vous carburiez à quoi franchement pour être aussi sur-productif ? Ne me dis pas que vous étiez clean…

Je faisais surtout un job de comédien. On me donnait le texte à jouer. Je l’apprenais. J’apprends vite. Je ne retiens pas… mais j’apprends vite. On bossait une douzaine d’heures chaque jour. C’était souvent très amusant. Les fous rires n’étaient pas rares. La fatigue aidant, il n’était pas rare que sur la fin de la journée je me mette à pleurer de rire. Il est vrai aussi lorsque je me retourne sur ce qu’on me demandais de dire de faire ou d’écouter sortant de la bouche de mes camarades, sauf à être parfaitement crétin, je n’avais guère d’autres solutions que d’éclater de rire, ou de foutre le camps.. Je riais.
Personnellement je ne fume pas, je ne sniffe pas, je ne bois pas, je ne me pique pas, je ne prends pas d’amphétamines. Je ne pense pas que mes camarades aient abusés de substances vénéneuses pour travailler, mais je ne sais pas ce que prenait notre producteur pour pondre aussi vite autant de choses. Qu’on aime ou pas, il fallait tout de même qu’il les ponde ses fichus dialogues…

Pour revenir à ton œuvre Corbier, peu de gens savent que tu es fan de Mississipi John Hurt par exemple, et que tu es un chansonnier brillant avec des textes bluffants (L’arrêt du 118 par exemple) mais également un guitariste rythmique épatant. Comment te sont respectivement venues ces amours pour la chanson à texte style Bobby Lapointe et la guitare ?

J’ai eu la chance d’aller voir Brassens en coulisse de Bobino lorsque j’avais 17/18 ans, qu’il accepte d’écouter trois ou quatre de mes chansonnettes et qu’il m’encourage à persévérer. C’était d’autant plus généreux de sa part que j’étais loin d’être au point… Bref, je me suis mis dans la tête que si un personnage aussi important que celui-ci m’adoubait c’était sans doute que j’étais un peu fait pour ce métier… En fait j’ignorais totalement ce qu’est ce métier. Je me suis persuadé que j’étais fait pour et voilà tout. A l’époque, les auditeurs avaient de la chance, les chanteurs étaient tous ou presque ce qu’on a appelé par la suite des auteurs de” chansons à texte”. Personnellement je n’aime pas trop cette appellation… Qui étaient les chanteurs de mes 15 ans ? Brassens, Brel, Ferré, Béart, Leclerc, Gréco, Caussimon, Mouloudji, Montant, Ricet Barrier etc. Les cabarets rive gauche étaient florissants, on y découvrait des personnages incroyables, Gainsbourg, Barbara, Anne Sylvestre, Pierre Perret, Vassiliu, Jean Yanne, Les Frères ennemis, Bobby Lapointe… et combien d’autres qu’il serait fastidieux d’énumérer tant la liste est longue. Dans le même temps arrivaient en France des musiques nouvelles et tout fait novatrices, Elvis, les Everlys Brothers, Eddy Cochran et des types comme Doc Watson, Chet Atkins et des bluesman comme Big Bill Bronzy ou John Lee Hooker, et puis Ray Charles qui me donnait l’impression de rire et de pleurer en chantant et je trouvais ça magique. Je me suis vite senti des affinités avec les chanteurs/chansonniers français, et je me suis mis à jouer comme ce que j’entendais chez certains musiciens qui pratiquaient le blues sans savoir comment ils s’appelaient ni comment s’appelaient leurs musiques… Plus tard, grâce à Marcel Dady qui avait eu la gentillesse de m’accorder un peu de son amitié, j’ai découvert que ce que j’essayais de reproduire était le travail de Merle Travis ou de Mississipi John Hurt, que ça s’appelait du picking du blues et que souvent ces chanteurs étranger faisaient eux aussi du “chansonnier”, de la chanson de revendication, de la satire… Bref j’étais dans le mouv’… sans jamais m’en être douté.

C’est quoi ta guitare de prédilection par exemple ?

Si tu as un jour l’occasion d’écouter Mississipi John Hurt ou plus actuel un type comme Eric Bibb et bien sur toujours Bob Dylan, tu sauras ce que j’aime et ce que je veux dire. Si c’est de l’instrument de prédilection dont tu veux que je te parle, je joue sur une Adamas by Ovation demi caisse que j’ai acheté à Nashville voici une dizaine d’années et j’espère me faire fabriquer un jour une guitare par un véritable luthier et le travail que fait Benoît de Bretagne correspondrait tout à fait à ce que j’aimerai posséder. Dans l’absolu, et malgré mes recherches tant à Londres qu’à Nashville ou à Pigalle, je n’ai encore jamais trouvé de guitare qui joue toute seule et je le regrette bien…

Il y a chez toi un amour pour les jeux de mots laids (ah ah), qu’on retrouve des tes débuts (ton premier groupe Gouate & Mallat), des expressions improbables (Pas de Cuba sans cacao..) jusqu’à cette chanson mythique, Laissez les mamies faire.. C’est quoi ca ? Une passion inconsciente pour la dérision, l’impossibilité de te prendre au sérieux ?

Je n’ai pas grand-chose à dire là-dessus. Les mots peuvent nous jouer des tours… Si ça se trouve je ne l’ai pas fait exprès… vas savoir… J’aime les jeux de mots, moins les calembours mais j’aime surtout emmerder les gens sérieux…

Il faut quand même revenir deux secondes sur Laissez les mamies faire…. Avec le recul, tu ne trouves marrant, limite gonzo, d’avoir réussi à imposer une vidéo où l’où te voit déguiser en lutin lubrique jouer un blues sur TF1 pour des enfants qui surement ne comprenaient pas le background culturel ?

J’aime quand tu me parles comme ça. J’ai l’impression d’être intelligent. Cette chanson Laissez les Mamies Faire était un tube mondial dans l’interprétation qu’en avait faite Billy Ray Cyrus, chanteur de country.( Excellent physique et très belle voix). Je me suis dit : “Mon p’tit Corbier”, en effet je me tutoie dans le privé, “bousilles moi cette daube infernale…  De Mon Pauvre cœur douloureux j’ai fait Laissez les mamies faire… J’attends encore qu’on m’en remercie dans les sphères anti-américaines…

Corbier, es tu gonzo ? Pour toi, quel sens donnes tu à ce mot ?

Je n’ai aucune idée de ce que peut bien signifier ce vocable qui sonne parfaitement, mais si c’est sympa je l’adopte et je baptise immédiatement tout ce qui me plaît de ce mot, en revanche si tu m’apprends que c’est un synonyme d’AB… je pleure et je te pisse dessus.
A tout bientôt et corBialement

http://www.francoiscorbier.com/
www.myspace.com/francoiscorbier

2 commentaires

Ce Corbier est décidément un type épatant et je m’y connais.
CorBialement
CorBier, le chanteur épatant.

Commentaire par Corbier., le Lundi 16 avril 2007 à 12:53

Cher Corbier,

Ravi d’apprendre que notre article sur Corbier vous ait plu. Nous vous tiendrons bien évidemment au courant de son actualité afin que vous puissiez le voir en concert rapidement près de chez vous.

Bester wishes

Bester Langs

Commentaire par Bester Langs, le Lundi 16 avril 2007 à 22:28

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