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CONCENTRÉ DE CONTRE-CULTURE Par Bruce Benderson

L’une des plus grandes déceptions de la vie, pour tout névrosé qui se respecte et se ronge les ongles jusqu’au sang à l’amorce du mot mainstream, pourrait se (...) suite

L’une des plus grandes déceptions de la vie, pour tout névrosé qui se respecte et se ronge les ongles jusqu’au sang à l’amorce du mot mainstream, pourrait se résumer comme suit : Défendre son bout de contre-culture contre vents et marées, pour au final se rendre compte qu’on n’est pas le seul à vanter –en vrac- les mérites méconnues du premier album du Velvet Underground (Je n’arriverai sans doute jamais à décrire plus grande tristesse que celle de voir un «rocker» sur scène arborant un T-shirt manche courte du premier album du Velvet & Nico), de Che Guevara, du Poppers à Pigalle et du sport collectif aux Chandelles.

Avant d’être imprimées, les histoires ont été vécues. La contre-culture est aujourd’hui vendue au passant comme une mythologie visqueuse qui réduit un mouvement au nombre d’adeptes qu’il a séduit les décennies suivantes. Lou Reed au Palais des congrès, c’est un peu cela. Pour son centième numéro, Technikart résumait les quinze dernières années de la presse en France comme ceci : “Au début pour comprendre la contre-culture il y eut dans les années 80 le journal Actuel, puis ce fut Les Inrocks dans les années 90. Les années 2000 sont celles de Technikart”. Et le pire, c’est ce que ces cons avaient sans doute raison. La contamination contre-culturelle, c’est bien connu, est un virus qui se propage bien plus vite que le voudraient –souvent- leurs auteurs. Pour mieux les reléguer au rang de has-been.

Et le Concentré de contre-culture annonce, avec une fulgurante clairvoyance, le principe même de toute contre-culture : « Le terme fait référence à un groupe social dont les actions et les productions s’opposent à la culture dominante tout en ayant suffisamment attiré l’attention pour avoir été reconnues et, chose regrettable, définies par cette dernière. C’est là que réside la terrible contradiction (…). Le succès de toute contre-culture conduit inévitablement à son autodestruction. Nous nous voyons alors devenir ce que nous rejetions». Bang bang. Bruce Benderson touche pile poil dans la cible. Plus facile de comprendre, avec un tel raisonnement, pourquoi une TV qui vanterait 24H les mérites de Bourdieu, Roland Barthes ou Jacques Derrida considèrerait Cauet (Ectoplasme chauve qui mériterait la désintégration moléculaire du peu de tissus adipeux qui constitue son cerveau branlant) comme un acteur de la contre-culture. Equilibre instable et précaire, la contre-culture est donc éphémère, et donc en perpétuel changement. Voila le pitch essentiel d’un livre que j’ai lu (en entier) et de ce que j’ai pu en comprendre (en synthèse).

Contre-culture comme principe déterminant des changements de mode donc. Et à Benderson de consacrer tout un chapitre à Marshall McLuhan, le sociologue américain défenseur de la célèbre théorie («Medium is the message») qui peut parfaitement s’appliquer aux héros croisés dans Concentré de contre-culture. Les Lou Reed, Warhol, Burroughs, Joe Dallesandro, au-delà de leurs créations, sont eux-mêmes des icones –hélas-mystifiées de leur propre vivant. Ce qui revient donc à les enterrer vivant.
On se tapera comme d’un nouvel album des Stones des chapitres consacrés à la Factory, Nico, aux mouvements gothiques et grunge. Trop éculés, trop «contre-culturer» pour faire encore mouiller les lèvres. Autant de concentrer sur ceux dédiés à Divine (l’égérie trans’ de John Waters), José Bové, Patty Hearst (la fille de bonne famille américaine kidnappé par un sombre groupuscule US, sorte de pitch à la Kill Bill avant l’heure) et Cui Jian (la rock star chinoise défilant sur la place Tian’anmen, aujourd’hui sans le sous).

Bref. Un putain de bon bouquin qui rappelle qu’avant d’être un divertissement imprimable en transfert sur son T-shirt 100% coton, la culture est un contre-pouvoir passionnant.

Bruce Benderson // Concentré de contre-culture // Editions Scali
www.scali.net

Source photo: www.portlandmercury.com

4 commentaires

Etait ce vraiment important de mentionnait cette nouvelle parution de chez scali qui a part “digital magma” de jean yves Leloup ne compte que des titre inutiles comme celui-ci.
Essayez vous plutot à la critique de “No Logo” (naomi Klein) ou “Mille plateaux” (Deleuze)…. Sinon pour informations les editions amsterdam offre un catalogue interessant et alternatif à ces titres qui fleurissent sur la contre culture.
Ce livre est une pure arnaque qui n’apprend rien de nouveau et se contente de synthèse trés large sur des sujets “stars” de la contre culture. Finalement ce livre est à mille plateaux ce que technikart est à Chronic’art.

plus d’infos:
http://multitudes.samizdat.net/
http://www.editionsamsterdam.fr/Site/accueil.htm
http://1libertaire.free.fr/Guattari6.html

Commentaire par figoluXe, le Lundi 16 juillet 2007 à 23:34

Attendez attendez… On parle de Naomi Klein? Et d’un livre que tous les 20-30 ans ont dans leur bibliothèque en chêne sans l’avoir jamais ouvert “parce qu’il y a trop de pages” mais que c’est “quand meme bien de l’avoir parce que la publicité c’est pas bien”?

Ce livre ne vous apprend rien de nouveau. OK. Vous voila donc paré pour le combat puisqu’enculturé jusqu’à la gorge.

Vous citez Deleuze? Pourquoi pas Debord aussi et la “Société du spectacle” hein? Histoire de montrer un peu plus comme les références sont importantes.. Si ce bouquin m’a appris des trucs (désolé je n’ai pas votre QI), c’est déja signe qu’il y encore des choses à apprendre.

Hop, je repars lire Mythologies de Roland Barthes ‘moi aussi je peux déverser mes références’

Curieusement votre,

Commentaire par Bester Langs, le Lundi 16 juillet 2007 à 22:11

[...] étaient alors “subversifs” les branchés à cette époque… et ce n’est pas Bruce Benderson qui me contredira, ni Benoit Sabatier ou Dick Hebdige. J’en entends déjà geindre, couiner [...]

Commentaire par THierry THéolier » Blog Archive » Le dernier journaliste de P.A.R.IS, le Lundi 16 juillet 2007 à 13:36

[...] étaient alors “subversifs” les branchés à cette époque… et ce n’est pas Bruce Benderson qui me contredira, ni Benoit Sabatier ou Dick Hebdige. J’en entends déjà geindre, couiner [...]

Commentaire par Syndicat Du Hype version terminale » Blog Archive » 22 juillet, le Lundi 16 juillet 2007 à 12:54

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