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CLUSTER AU NOUVEAU CASINO La platitude des hauteurs

Une poignée d’étudiants en architecture bassine son monde avec le retour des machines, l’intemporalité de Kraftwerk (Autobahn n’est qu’un disque pop, au fond), la beauté froide des batteries (...) suite


Une poignée d’étudiants en architecture bassine son monde avec le retour des machines, l’intemporalité de Kraftwerk (Autobahn n’est qu’un disque pop, au fond), la beauté froide des batteries de Neu ! (Beaucoup plus facile à vendre lorsque le cyclothymique de Radiohead s’en revendique). Mais, finalement, le grand perdant de l’histoire du krautrock, c’est bel et bien Cluster. Cluster qui s’appelle en 1970 Kluster, puis devient Cluster, puis fonde Harmonia avec Michael Rother de Neu !, bosse avec Eno sur un album.. Un parcours qui évoque en quelque sorte un soap opéra aux multiples rebondissements, avec ses saynètes en trois actes, ses rebondissements et ses maris dans le placard.

Et donc… Lorsque j’entends que Cluster passe au Nouveau Casino mes enfants… Lorsque j’entends cela.. C’est un retour en séquence ultra-rapide vers la meilleure chanson du Krautrock (Appelons cela du rock allemand, dont Cluster n’a finalement jamais vraiment fait parti) qu’est Hollywood, premier morceau de Zuckerzeit, l’album pop du groupe. Trip spatial emmené par une batterie qui souffle, une guitare en delay qui use sur les coins pendant 4.46 minutes. Et c’est comme ça qu’on se retrouve, un peu par hasard ma foi, à bousculer la bande de Zombie Zombie, Turzi («Ah tiens vous aussi vous êtes là, quand même hein, Cluster, quelle musique !») un vendredi soir au Nouveau Casino, entre habitués des tripatouillages et des chipsets incontrôlables. Voila comment une bande de nerds à barbe, venus de tous bords, ne parvenant même pas à remplir en entier le Nouveau Casino, se retrouve à admirer Dieter Moebius et Hans-Joachim Roedelius, 35 ans après la sortie de leur premier album. C’est nettement plus émouvant que les Stooges en débardeurs.

On fume d’excitation, mais déjà la nicotine passe difficilement, tant le larynx s’est resserré. Dieter et Hans-Joachim entrent en scène. On écrase sa cigarette. Hans-Joachim Roedelius est impressionnant ; crâne luisant de gardien de but, la soixantaine bien avancée, et Dieter Moebius, éternel adolescent, semble imperturbable. Ces garçons ont tout vu, pas le genre à se taper des groupies. Car si Cluster est automatiquement rattaché au Krautrock, de rock, il n’y a rien dans le set de ce soir. C’est le minimalisme du signal électrique qui est ici servi sur une table de console. Aucun instrument. Aucun instrument. Aucun. Juste des fils qui se touchent, des connexions heureuses qui font le son de Cluster, rappelant nettement l’industriel froid des deux premiers albums du groupe que le long voyage pop de Zuckerzeit.

Le Nouveau Casino est vide. On discerne les visages impassibles des gens, soulignant d’un hochement de tête telle ou telle partie envoyée par les deux parrains allemands. On se dit, finalement, qu’il aurait mieux fallu faire jouer le groupe dans une galerie d’art du 11ème. L’émotion, elle, tarde à décoller. Manque de batteries, absence des synthés d’altitude. Et pourtant Moebius et Roedelius restent les savants fous qu’on imaginait le soir, seul dans le lit, lorsqu’on écoutait Harmonia au casque. Alors oui, trente cinq ans plus tard… Les parrains sont devenus papys, et l’on sait d’avance que Caramba ne sera pas jouée, que les carottes sont cuites, et le Kraut consommé, rangé dans une catégorie EQ d’Itunes.

N’empêche. Cluster, ça a de la gueule, ca permet de caser dans les dîners en ville un groupe génial, inconnu du grand public ; ça permet de faire des voyages intersidéraux pour pas cher, moins cher qu’avec FRAM par exemple ; Cluster, c’est la beauté des âmes qui se laissent porter, de celles qui ont le temps de se laisser prendre et piéger par les montées subites du beat. Et puis il faut quand même dire que le Floyd a intégralement pompé son Dark Side of the Moon sur leur travail, toute la science du détail et des à-côtés, les horloges de Time, toutes ces conneries expérimentales… Cluster les avait déjà tenté un an avant le grand plagiat du Floyd.

Cluster en 2007… C’est le chant du signe qui revient, en echo (Echoes ?). Le signal électrique plus précisément. Il est 22.00, j’enfourne mon casque de la NASA et je sors de la salle, un peu titubant. Prêt à affronter l’espace et la rue Oberkampf.

http://www.myspace.com/theonlyclusterthatmatters

Un commentaire

C’est clair qu’aujourd’hui, revenu de la fascination concon pour les States, ça fait du bien d’ouvrir les yeux, les oreilles et le reste et de réhabiliter le rock allemand. Cluster comme là. Et Einsturzende Neubauten aussi. Puisse un jour les fans de Tokyo Hotel ouvrir les yeux, les oreilles et le reste jusque là !

Commentaire par sylvain, le Lundi 21 mai 2007 à 18:33

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