Une virée au Festi’ Val de Marne avec les Gonzaïmen…
« Il était presque midi et il nous restait pas loin de deux cents kilomètres à faire. Parti comme ça, il allait falloir qu’on avale du pneu enragé. Je savais qu’on allait pas tarder à être aussi déglingués l’un que l’autre ; mais il n’était pas question qu’on fasse demi-tour, et on n’avait pas le temps de se reposer. Faudrait tenir jusqu’au bout. Les réservations de presse pour le fantastique Mint 400 étaient déjà ouvertes et il fallait absolument qu’on arrive avant quatre heures pour avoir droit à une suite insonorisée. C’était un luxueux magazine de sport new-yorkais qui s’était occupé de nos réservations, ainsi que de cette énorme Chevrolet décapotable rouge fraîchement louée sur Sunset Strip… et après tout, j’étais journaliste de métier, j’étais donc dans l’obligation de couvrir l’événement, vaille que vaille.
Les rédacteurs m’avaient également donné trois cent dollars en liquide… »
Ça, lecteur mon ami, c’est le premier chapitre de Las Vegas Parano, d’Hunter S. Thompson. Un livre culte de notre maître à tous, à Gonzaï : épique, décalé, frénétique, sauvage, rythmé… Une œuvre à la mesure du talent incommensurable de son auteur.
En-pleine-reunion-strategiqueChouette histoire. J’aime bien. Il faut dire, lecteur mon ami, que l’exotisme aventureux, ça m’attire. Les rebondissements rocambolesques, j’en raffole. Petit déjà, je voulais faire Ian Solo comme métier. Aussi, quand on m’a demandé de rejoindre l’équipe de Gonzaï à Choisy-le-Roi pour couvrir le Festi’ Val de Marne, ça n’a pas fait l’ombre d’un doute : j’ai accepté. Ce samedi 18 octobre allait être un grand moment pour moi, je le pressentais : le jour où Nash irait rejoindre Hunter S. Thompson dans le panthéon des gonzo-journalistes aventuriers et guerriers de la vie. Un jour à la mesure de mon talent.
Je consulte ma montre. Il est presque midi. Enfin, il est midi et demi, mais bon, on entend plus «midi» que «demi» dans la formulation. Si, si. Ca sent le signe symbolique. Le mimétisme est sidérant.
Il ne fallait pas traîner car il nous restait pas loin de treize kilomètres à faire, c’est pas rien, et parti comme ça, je savais qu’on allait pas tarder à être aussi déglingués l’un que l’autre, Lara et moi. Moi surtout, car le Riojas, le Lambrosco et les bières de la veille me ballonnaient l’estomac comme une gigantesque bouteille de Fanta. Faudra que je pense à aller voir un docteur. Mais j’étais chroniqueur de métier. A Gonzaï, en plus. J’étais donc dans l’obligation de couvrir l’événement, vaille que vaille…
Ni une ni deux, on part et déjà, je prends un net avantage sur Hunter car il est plus agréable d’être accompagné par une jolie fille que par un gros samoan de 130 kilos éméché et en plein bad-trip. La classe du séducteur français, l’élégance du dandy parisien. La supériorité du gonzo gaulois sur son homologue yankee. Je ne pouvais pas mieux commencer.
Dans le RER qui nous emmène à Choisy-le-Roi (on a préféré prendre le RER, bien plus pop, qu’une Chevrolet. Un truc de has been, ça, la Chevrolet), je palpe ma poche gonflée des 50 euros que j’ai tiré du distributeur bancaire car les rédacteurs de Gonzaï ont bêtement oublié de m’envoyer les 300 euros nécessaires pour couvrir mes frais de route. Ils doivent être surbookés, je pense.
Même pas le temps de se reposer qu’on arrive à Villeneuve-Prairie, notre arrêt. Alors, pupuce, c’est exaltant, hein ?
Pupuce ne dit rien, toute occupée qu’elle est à observer le paysage palpitant de la gare composé de quais déserts, de wagons abandonnés, d’entrepôts désaffectés et de vieux corbeaux desséchés qui volent péniblement au loin. Saisissant. On dit Las Vegas, Las Vegas, mais bon, Choisy-le-Roi question exotisme, ça fait son petit effet …
- T’en fais pas, pupuce, j’ai des invits. On va rentrer comme des princes au festival ! je dis, royal, à Lara tout en crapahutant à travers une forêt qui n’était pas vraiment prévue dans le parcours initial mais qui amène une touche bucolique à l’enivrante épopée que nous sommes en train de vivre. L’aventure rocambolesque se poursuit et effectivement, quelques minutes plus tard, on entre comme des princes.
gonzaimenRemarquez, c’est normal aussi. Les grilles sont grandes ouvertes et sans surveillance. Heureusement qu’on avait des invits…
Pendant que le festival bat son plein - une cinquantaine de festivaliers maintenant, c’est impressionnant - ma légendaire sagacité et mon exceptionnel sens de l’orientation découvrent rapidement l’Eden tant convoité : le Gonzaï-Stand, où je remarque immédiatement une ambiance du tonnerre et une effervescence journalistique à son paroxysme.
Ça, on dira ce qu’on voudra, mais l’énergie volcanique et communicative des Gonzaïmen, c’est quand même quelque chose. Ca phosphore sec du neurone dans la horde.
Quelques bières et une tournée de présentations plus tard (« Lara, c’est Little Johnny Jet, Muntz Termunch et Bester Langs. Les mecs, c’est Pupuce ») je décide, tel le journaliste d’investigation que je suis, d’aller enquêter sur le terrain (il faut toujours donner à ses patrons l’illusion qu’on bosse comme un dingue), non sans avoir auparavant laissé la moitié d’un de mes doigts dans la gueule de ce stupide requin rose, mascotte d’un jour du clan (avec une étrange chose bleue venue d’ailleurs et des boules de geisha) et principale activité d’occupation du temps des occupants du stand. Saleté de jeu à la con.
Après une pause houblonnée et salvatrice au bar du festival (très champêtre, le bar), nous assistons donc, Lara et moi, à notre premier concert de la journée : MICHAEL WOOKEY, dans la section show-case des JIMI (Journée des Initiatives Musicales Indépendantes).
Alors bon, comment dire ?
L’homme a une belle voix, c’est sûr, et il sait s’en servir, c’est clair. Mais pour le reste, c’est beaucoup plus flou. Musicalement d’abord. Un étrange croisement de sonorités à la Cocorosie (quel crime absolument atroce a donc commis ce Michael pour subir pareil châtiment ?) et d’harmoniques Folk-Flower Pop, plus névrosées qu’assumées. Ce n’est pas forcément mauvais ; c’est surtout bizarre. Et quant à identifier les instruments avec lesquels il joue, ça restera définitivement un mystère.
Son apparence, ensuite. On sent le type qui a longuement hésité à l’adolescence pour savoir s’il allait franchir ou non le cap de la puberté. Apparemment, il s’interroge encore (le jean « patte d’Eph » triple XL surmonté d’une marinière rouge framboise deux tailles trop courtes, Michael, ce n’est plus possible).
Michael Wookey : le David Vincent du rock’n'roll. L’homme qui cherche un raccourci vers les accords secrets de la musique. Qu’il n’a toujours pas trouvé…
Un peu déstabilisés, nous nous rabattons vers le bar pour temporiser et après deux pintes, nous décidons de rejoindre les Gonzaïmen, astucieusement munis de trois verres de bière afin de récompenser le travail acharné de nos stakhanovistes du gonzo-journalisme.
Dans un pur élan de fraternité communautaire, nous proposons Lara et moi de tenir le stand, le temps pour les Gonzaïmen d’organiser - en grands professionnels qu’ils sont - une cellule de débriefing au bar d’à côté.
Trois minutes après, un festivalier s’avance timidement vers nous, aimanté par l’aura charismatique qui émane de nos personnes. C’est la consécration. Je recherche habilement les produits représentant Gonzaï pour assouvir la curiosité du fan.
C’est rapide, y en a aucun.
Bon, pas grave. De toute façon, le quidam était seulement venu récupérer un des nombreux programmes officiels du Festival traînant sur l’étal, entre des prospectus anti-alcool, un yukulélé, des canettes vides et des auréoles de bières renversées qui mouchettent artistiquement la nappe.
Quarante-cinq minutes plus tard et après que Pupuce ait répondu à un second festivalier venu l’interviewer (Lara : « Pardon ? De la bière ? Ah non, on ne vend pas de bière, nous. »), nos héros sont de retour. Il est temps pour moi de me remettre au travail car je suis un homme d’action. Prochain concert : ABSOLUTE.
” YO ! RATATATAM ! YEAH ! BOUM, BOUM ! EST-CE QUE VOUS ETES LA, CE SOIR ? YO ! YO ! YO ! “
Sous le chapiteau, pétrifié, j’observe l’abomination hurlante. C’est ça, Absolute ? Dans une tentative de déni, je relis le programme du festival.
“Absolute : astéroïde en fusion dont la vitesse est provoquée par la combustion de substances inflammables, metal, hardcore, breakbeat, drum’n'bass. Le tout savamment dosé par des spécialistes qui ne laissent aucune place au hasard…”
Ni aucune place au talent, d’ailleurs. Technique instrumentale des musiciens proche du néant, riffs et breakbeats éculés, flows démodés, créativité zéro… Ça hurle, ça rebondit partout, bref c’est très mauvais, malgré les excellentes conditions scéniques offertes par le Festival. Après dix minutes courageuses d’écoute, je me précipite vers la sortie pour survivre à l’onde sonore dévastatrice et retrouver les Gonzaïmen, en pleine expérimentation de nouvelles substances hallucinogènes.
Ces types n’ont décidément peur de rien.
Une equipe qui a de la bouteilleJe décide néanmoins d’éloigner de l’épicentre psycholeptique le corps encore pur de Pupuce - on ne sait jamais, une addiction est vite arrivée - pour continuer l’investigation car je suis en mission, s’agirait pas de l’oublier. Chroniqueur, c’est un métier. Nous bifurquons donc vers le grand chapiteau central pendant que j’entends derrière moi Bester confirmer le plus sérieusement du monde à un gus qui le questionnait que oui, oui, Gonzaï songe prochainement à réaliser un gonzo-porno.
Sous le grand chapiteau, une bonne centaine de personnes (90 exposants, 10 visiteurs) déambulent mollement le long des stands d’exposition. C’est l’effervescence. Palpitant. Oh, mais c’est pas la sortie que je vois là-bas, pupuce ? Mais si, mais si !
D’un commun accord, Pupuce et moi traversons le hall en sifflotant, l’air de rien (car nous sommes malins) jusqu’à la sortie, non sans avoir au passage écouté sur les bornes sonores le seul vrai moment de musique de la journée, à savoir le six titres de The Crow & The Deadly Nightshade (http://www.myspace.com/tcatdn), le talentueux combo parisien qui fait de plus en plus parler de lui.
Au Gonzaï-Stand, c’est le drame. Un vigile fasciste a exigé le retrait de toutes les canettes de bière qui trônaient fièrement sur le stand. L’atmosphère est au recueillement et au blues.
Dépité, je décide pour me consoler d’aller couvrir un dernier concert, au hasard SNA-FU, un groupe de Metal Hardcore. Ce qui prouve bien qu’en définitive, je n’étais plus tout à fait dans mon état normal.
Curieusement, c’est moins catastrophique que je ne le pensais. Présence scénique réelle, set maîtrisé et homogène, musiciens convaincus. La forme est bonne.
Le fond, beaucoup moins. Ça reste du Hardcore de base, sans grande originalité, plutôt répétitif dans les riffs et pénible dans les blasts, très loin de la qualité d’un band comme Tormenta par exemple, le groupe Metal français à suivre de près (http://www.myspace.com/tormenta666).
Inquiète de ma santé mentale, Lara me récupère sous le chapiteau et me guide vers la terre protectrice, le Gonzaï-Stand, où je retrouve Bester Langs en pleine conversation avec le manager d’un groupe quelconque.
Le manager : - Non, parce que tu comprends, dans cette société pourrie par le fric, nous on organise des concerts avec des groupes qui ont de vraies valeurs, tu vois, des valeurs de gauche, tout ça…
Bester : - Ah mince, c’est con. On est de droite, nous.
Le manager : - Gné ?
Bester : - Oui, tu comprends, on est à fond pour le capitalisme. L’individualisme, y a que ça de vrai…
Le manager se fige, de l’air du type qui tient une gastro tenace et qui découvre qu’il ne reste qu’un vieux rouleau de carton moisi dans le dérouleur. On n’imagine pas la cruauté mentale dont peuvent faire preuve les Gonzaïmen.
Le départ précipité du manager est le signal espéré par le clan pour abandonner ce Festival de Marne, décidément très festif en journée (beaucoup mieux en soirée). Nous les quittons, Lara et moi, devant le stand de sensibilisation hygiénique d’où ils repartent en dévalisant une provision non négligeable de brosses à dents et de préservatifs, ainsi qu’en coinçant une cigarette entre les mâchoires du mannequin de l’hygiène bucco-dentaire.
Ces types sont définitivement rock’n'roll.
Le Festival de Marne. Ma Las Vegas Parano. À la française, quoi…
Photos par Nash
15 commentaires
Ben moi je préfère gonzaïmen…
Tout béotien que je sois concernant la musique en général, et ce genre en particulier, le talent du reportage me donne envie de saluer ce “gonzaïman”, et de regretter de ne pouvoir me fondre anonyme dans cet festi’val de marne.
Philippe
Autre très bon groupe de hardcore français, 37500 yens: http://www.myspace.com/37500yens
Soyons un peu international. J’ai toujours défendu le terme “Gonzaïolo” (gonzaïoli au pluriel) qui a son petit côté “trois fromage et peperonni” non ?
La saveur originale.
Y aurait bien “Gonzaï et fines herbes”, aussi
… pour le côté Provence…
D’ailleurs, il s’agit d’un vrai débat : la chevrolet impala de 1971 du bouquin, était-elle vraiment une décapotable comme le montre l’adaptation de T.G. ?
Vous faites aussi les animations de mariage ?
Absolument ! Les bar mitzvah aussi. Et les baptèmes, les enterrements de vie de garçons, de vie de filles (oui, oui, surtout celles-là), les crémaillères, les inaugurations de super-marchés et les soirées à thèmes ( et même sans thèmes)… Tout, je te dis…
J’aime bien la version “Gonzaï et filles serbes”.
j’ai été à un festival dans ce genre il ya quelques années, de ceux où l’on se rend en rer .. il y avait des groupes à didgeridoo
Gonzaïman alors, synonyme d’homme grand, fort, musclé, aventureux, courageux, passionné, passionnant…(!)Euh, va falloir féminiser tout cela pour Lara qui a qd même bien du mérite… ![]()
C’est voté : Gonzaï te désigne lectrice préférée des gonzaîmen…
Sinon au Festi’val de Marne, la veille, y avait aussi l’affiche de l’année : Frustration + Marvin + Turzi. C’est là que vous auriez dû aller. En RER.
Bonzes thaï et viles serpes : pour les retraites bouddhistes et la cueillette du gui ?




PLAY BLESSURES
Faut savoir on dit Gonzaïmen ou Gonzaïboys ? Non, c’est pas du tout la même chose hein !