CHARLIE O Flash-forward. Vendredi 24 novembre 2006. Quelque part à Paris, les voisins n’arrivent à pas dormir, sortent le balais pour taper sur le plafonnier, ca tape sec sur le placo de l’immeuble, le groove et le swing haut-dessus… «Non ce n’est plus possible, appelles la police». Bertrand et Simone ne comprennent pas. Ils voudraient vivre tranquille les voisins, ne plus entendre la musique qui sort de l’Hammond.
Charlie O, quelques mètres au dessus des voisins, enregistre son Double Drums, un album live avec ses deux batteurs Mitch Pires et Sylvain Joasson, en prise directe, qui sort ces jours-ci dans les bacs. Charlie O y improvise le génie sur son clavier, et ses fracasseurs de futs continuent encore et encore à maltraiter la batterie.
CHARLIE O
La batterie qui fait mal au jazz, la détourne de son intention première à force de coups bien placés dans les omoplates, rappelant tout autant le Bitches Brew de Miles que le travail insensé de Monthy Alexander sur son clavier. Plus bas, la dispute violente de Bertrand et Simone ne parvient pas à couvrir l’orgue qui crie, toutes ces nappes caribéennes qui sortent de la machine à Charlie qui tape sous toutes les coutures. Interview pour retrouver le fil de l’histoire.
Bonjour Charlie.
CHARLIE O Charlie O : Fais attention, tu es assis sur le fauteuil d’un grand musicien.. Ah merde comment il s’appelle… Richard Clayderman..
Non ?! Comment t’as trouvé ca ?
C’est le musicien qui partage le studio avec moi, c’est plus son genre de délire en fait.. Le Rhodes ici c’est aussi Clayderman…On peut pas dire que cela ait été une influence.. J’ai été très déçu lorsque j’ai découvert ça. Lorsque tu es enfant tu n’as pas vraiment d’avis. Mais il faut dire quand même.. C’est vraiment affreux cette musique. C’est vraiment horrible ! Il y a des moments c’est même pas du piano, c’est du piano numérique, même pas du vrai Steinway !! Je le trouve assez laid en plus… Mais il semble qu’il vende énormément.
On peut se faire une interview Clayderman si tu veux..
Je pense même qu’on a tout dit en fait! (Rires)
La première chose qui me frappe à l’écoute de Double Drums, c’est l’impression de retrouver la même force qu’en concert, l’impression que l’énergie est plus importante que la mélodie. Limite primale, loin du coté pop qui se dégage de The Président par exemple..Cela s’est fait comme ca en fait, sans réfléchir. Il y a des mélodies subliminales quand même.. Disons qu’on est parti dans un délire improvisation en direct…Non mais tu l’as vraiment improvisé en direct cet album ? Non sérieux… (Perplexe)
Oui, sérieusement. On a fait comme on fait en concert, improvisation totale, sans aucune base au début de l’enregistrement. Faire la même musique en réfléchissant aurait pris des mois et des années alors ! (Rires). C’était un enregistrement avec une trentaine de personnes, des va et vient. Il y a eu environ 3H30 d’enregistré sur environ 4h30 de joué…
Y-a-t-il des albums live qui t’ont inspiré cette démarche ?
Tu sais les mecs du Blue Note ils faisaient le disque à l’ancienne, le temps du disque. Je n’ai rien inventé.. Disons que c’est gonflé oui.
Je réécoutais On the Corner de Miles Davis hier, c’est un peu le même délire des compositions jouées en mode free devant une audience non ?
Oui, Miles a fait pareil que nous en se faisant plus chier…
Tu veux dire le contraire non ? Vous avez fait pareil que lui.
Non pas du tout (Rires). Oui, pour Bitches Brew notamment, je ne sais plus combien de semaines de coupes et de masterings.. Cela ressemble dans l’esprit à Bitches Brew, avec pour notre part deux batteurs.
Et la reprise de Carole King, You got a friend, ce n’était pas prémédité ?
Non, enfin cette reprise avec Peter (Von Poehl) nous la jouons souvent en répétition ou en concert. Après sur Double Drums, il y a des titres calmes, d’autres plus enlevés… Uniquement en instrumental, je ne chante pas pour une fois. Ce n’est pas l’objet du disque.
Et cette putain de chanson, The président qui tourne depuis un an un peu partout, tu n’as pas essayé de la caser ?
Non je n’en suis toujours pas content. C’est une chose de brailler et de faire le connard devant le micro, ca en est une autre d’assumer l’image d’un président en public ! Avec le Président, il faut jouer le personnage, il y a quelque chose de spécial. Après je reprends souvent Le déserteur de Moustaki par exemple, si on est dans le format vraie chanson, c’est plaisant.
On a presque l’impression qu’il y a deux Charlie O, l’instrumental et le vocal.. Les deux ne peuvent pas se rencontrer ?
Je n’ai pas encore trouver l’équilibre. Je cherche. Le président sera surement pour mon album solo, qui devrait sortir lorsque nous aurons trouver une maison de disque. J’aimerai trouver le truc classe, trouver une énergie collective pour promouvoir mon travail. Lorsque je vois le temps que Peter a mis à trouver un label, quasiment 5 ans, je me dis que tout est possible même si c’est parfois un peu long.
Le fait de jouer avec Peter, qui sort d’un background musical plus pop/folk, ca te change au niveau du public ?
Je ne sais même pas si j’ai un public. Si tu mets Peter devant des punks à chien, cela peut également marcher.. Tout le monde aime la musique, enfin je ne crois pas aux catégories socioprofessionnelles… Cela pourrait même être des dentistes de droite..
Dentiste de droite c’est quand même plus violent non…
J’en avais un quand j’étais môme. Un super. Un vrai dentiste de droite.
Ah oui ok je vois. Bon, clairement, l’Hammond est la pièce maitresse de Double Drums.. Ca t’apporte quoi l’orgue Hammond de plus qu’un piano ?
J’aime bidouiller, tout les claviers qui passent sont bons ! Mais l’orgue c’est une histoire d’amour. Ca a commencé tout gamin. J’ai commencé le piano à l’âge de 8 ans, avec l’objectif de faire de l’orgue. Et puis je suis tombé sur l’Hammond à 21 ans.
C’est assez bluffant.
Ce n’est que du travail et des neurones. C’est comme de jouer de la basse en chantant. Ecoute Police, tu te dis le mec joue de la basse en chantant en même temps. C’est la classe.
En même temps dans le cas de Police les compositions sont mauvaises c’est plus facile.
Je suis pas d’accord. Leurs premiers albums sont biens.
Bon c’est une réflexion de mec pas encore trentenaire, mais Charlie, tu as 37 ans et tout semble s’ouvrir à toi aujourd’hui. Je pense à Gainsbourg qui a découvert la célébrité à 40 ans, mais en général cela vient beaucoup plus tôt..A quel moment tu t’es dit que tu allais faire ton propre truc ?
Ce qui est sur c’est qu’à un moment je me suis dit qu’il fallait faire mon propre album. J’ai refusé pas mal de collaborations, mais l’idée était de faire mon truc, en découvrant en direct ce que je voulais faire. Je voulais sortir des commandes et proposer quelque chose d’autre. Double Drums c’est mon premier vrai album. En même temps c’est bien de passer du temps à apprendre, j’apprends encore. Les choses se font à leur rythme. A l’opposé tu vois les gamins qui se brulent les ailes à 18 ans, qui jouent le rock & roll… C’est toujours les mêmes qui vont gagner de l’argent, et toujours les mêmes perdants… Chacun son truc. Toutes les magnifiques nouveautés qu’on reçoit tout le temps, on se demande ce que les gens qui achètent ces disques ont dans la tête..
Tu penses que les gens achètent encore des disques ?!
(Rires) Oui c’est une bonne question…. C’est sur qu’on tape pas dans le gros du marché, mais notre public est fidèle. Je pense que Double Drums est un disque qui se vendra sur la durée, ca ne m’inquiète pas trop. En plus l’objet est beau, accompagné d’un magnifique livret illustré par mon photographe officiel, Philippe Lebruman….
Tu vois le coté officiel, on revient à ta stature d’homme présidentiel… C’est ton coté Chirac ça.
(Rires) Evidemment je joue avec ca ! Ce qui est marrant avec Philippe Lebruman, ce sont mes délires. L’autre fois je voulais faire des photos devant le Panthéon, habillé en CRS, le genre très chaud tu vois, Philippe débarque, je me change dans la rue et hop, la photo shootée en deux secondes.
Mais tu l’as chopé où le costume de CRS ?
Ca c’est une histoire secrète. Une sombre histoire de sexe… (Rires)
Bon je reviens deux minutes sur l’album Double Drums.. Tu ne flippes pas avant l’enregistrement du disque ? Je veux dire, trente personnes en studio, aucune composition dans les poches, et environ 4 heures pour tout sortir…
Des fois il faut se faire confiance. En musique je me fais confiance. Il y a de l’organique sur l’album et des machines. Mais j’insiste, il n’y a aucune retouche sur l’album. Simplement des cuts. C’est pour cela qu’il n’y a pas beaucoup de risque dans la démarche, on avait de la matière. Ce n’est pas comme un album réellement enregistré live où le temps est moins long.
Mais le délire des deux batteurs, c’est venu d’où ?
C’est très très agréable, voilà tout ce que je peux dire. Tout a commencé lors de ma collaboration avec Mendelsohn, on jouait avec l’un et l’autre en alternance, puis un jour nous sommes partis enregistrés un disque en Ariège, et les deux ont commencé à jouer ensemble. Et alors là.. La gifle instantanée. Sylvain est plus dans le jazz, et Jean-Michel plus dans le rock indé. L’un qui est un super technicien, et l’autre plus dans l’instant. Les deux ne parlent pas le même langage et s’entendent sans concurrence, c’est agréable et tellement plus simple ! (Rires) Et puis sur scène un militaire avec deux batteurs.. C’est tout public.
Quelque chose à ajouter Président ?
Que le disque ne sera pas cher. Mais qu’il va falloir se précipiter car le disque est en sortie limitée avec le livret.
Merci Président.Charlie O Trio // Double Drums // Microbe Records (Album à paraitre le 14 mai)
La chronique de l’EP Double Drums




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