Parce que l’élitisme, c’est aussi se confronter aux choses qui marchent.
A force de parler de choses mineures on en oublie souvent pourquoi on déteste tant le reste de l’humanité. Ou dans une moindre mesure la chanson française, celle qui passionne les foules. Cette musique qu’on ne comprend pas, lorsqu’on feuillette les magazines, ou pire, que l’on tombe sur un blog janséniste parlant du dernier clip de Pauline Croze, qualifié de génial et totalement ambitieux.
Tant de combats menés, de quêtes artistiques défendues, pour en arriver à CA. Trois accords sur une guitare achetée à Pigalle défendant un texte mollasson sur en vrac la guerre en Irak, l’inflation et la tristesse d’être seule dans ce monde. Bienvenue dans la chanson française 2008.
Une nouvelle scène française que même les attachés de presse mettent entre guillemets, comme s’il fallait la prendre par le bout des doigts. Avec des gants, de peur de se salir. Le phénomène n’est pas nouveau bien sur. C’est le prolongement de la médiocrité post 2000, le clan des chanteuses sans poitrine avec Elodie Frégé, Croze, Anaïs, Emily Loizeau et Daphné en chefs de gang. J’exagère ? Peut-être. Toujours est-il que la France reste le seul pays où l’on écoule des camions de chansons faux-cul trimballant 3gr de concept en pensant Barbara / Brel / Brassens. Putain de pays.
Plutôt que de critiquer derrière mon écran, j’ai préféré enlever les gants. Ou les mettre. Et partir rencontrer l’une de ces chanteuses pour voir ce qu’elle avait dans le ventre (pas de mauvaises pensées s’il vous plait…). Tenter de comprendre pourquoi j’étais obligé de me farcir des bouts de vers vaguement féministes, un peu patriote, totalement chiants.
Premier portrait de la chanson française, sous les traits de Claire Diterzi. Une trentenaire qui sort son deuxième album solo, Tableau de chasse. Où comment parfois, en détestant un album, on peut faire de bonnes rencontres. Coincé entre deux journalistes au teint gris et aux chemises bien repassées (Télérama style), j’entre dans l’arène.
Bon je suis un peu emmerdé là. En regardant la bio je me rends compte que tu viens du rock (un premier groupe, Forguette mi note, NDR). Mon angle d’attaque tient plus la route, je comptais te défoncer en parlant marketing et vente de l’âme au diable…
Ah tiens un rebelle…Ouais je viens du rock alternatif en fait. Si tu veux me parler de Pauline Croze… Dans mon cas c’est surtout une histoire de rencontre. J’ai commencé comme tout le monde en montant un groupe de rock alternatif à 17 ans. Des tournées en Europe de l’est, l’Allemagne. Dans des squats, avec des gens comme vous, qui n’aimaient que les choses un peu folles. Nous ce qu’on faisait c’était du terrorisme. Limite inaudible. Distos, percus, batteries. Un vrai bordel. Ca a duré dix ans. J’ai fini chez Boucherie (le label de François Hadji Lazaro, de Pigalle, NDR) avec un album en trio, une contrebasse et un percussionniste. Je cherchais une autre façon de chanter. Bref… J’ai rencontré Philippe Decouflé, je suis partie deux mois au Japon pour une création danse. En fait je voulais chanter toute seule. Naïve, le label, m’a repéré et j’ai sorti Boucle en 2005 avec des compositions guitare électrique. Je dois dire que pour une fille je joue bien de la guitare électrique.
Hélas je suis assez d’accord.. Mais j’ai directement associé ca à toute la scène féminine française qui est totalement assommante.
Ah non dieu merci… J’ai la chance d’être hyper libre. Je gagne ma vie pour chanter ce que je pense. C’est pas pour jouer ma Lara Fabian à chanter de la daube. Star Academy ca me fait vomir. Je le dis sur A quatre pattes. Pareil pour le R&B, ca me donne envie de mourir, ces moyens faramineux pour voir un connard à lunette de soleil qui se fait sucer par trois bimbos. Pourquoi ca alors qu’il y a des créations dans les théâtres, sur les scènes hein ?
Etonnamment ton deuxième album n’a aucune guitare électrique. C’est très Kate Bush début 80, nordique.
Oui mais toutes les chansons ont été crées dessus. C’est marrant hein ? Je voulais pousser le travail sur les voix. Je suis assez obsédée par l’Europe de l’est, la neige, j’avais Les mystères des voix bulgares en tête. Cette perfection ca me troue le … C’est à couper le souffle. Je cherchais cette superposition des voix. L’album a pris un an et demi sur la construction, seule chez moi avec un ordinateur, un micro et un câble.
En fait je me suis dit que tu étais vraiment dingue lorsque j’ai entendu des cors de chasse sur le deuxième titre (Tableau de chasse).
Je suis assez nostalgique du temps passé. Les trompes de chasse je les ai écrit à partir du tableau de Fragonard, Le verrou. C’est un tableau très connu ok, mais moi la nana me faisait penser à un poulet.
?! C’est qui ton dealer ? C’est ultra abusé comme délire artistique.
Oui, son cou potelé, la robe…. Je me voyais dans la foret ambiance chasse à cour avec la meute de chiens….. Et les voix qui chantaient l’hallali. En fait sur chaque chanson de l’album j’ai pensé les compositions en rapport avec des œuvres, celles de Rodin. Je voulais un travail sur les formes et le rythme. Le problème avec ce projet c’est que je pensais que ca allait être perçu comme un truc élitiste. En fait non, la presse l’accueille bien. Moi j’avais envie d’art, point. Marre de brosser les gens dans le sens du poil. Ca rassure le public d’acheter un album parce qu’il a vu le chanteur à la TV.
T’en as vendu combien du premier album ?
Je sais pas…
Oh allez, arrête…
15.000, un truc comme ca. Mais j’ai fait 60 dates.
La presse te compare aux autres nanas chiantes ? Enfin je veux dire, je suis le seul à avoir penser que tu étais comme les autres ?
Oui bien sur, on m’a catégorisé chanteuse ouais. Moi ca m’emmerde. Tu prends Ann Pierlé par exemple elle est classée Artiste rock indé/ variété international. En France ca marche pas pareil. T’es assimilé chanson française. Point.
T’as presque un parcours à la Marianne James finalement, en plus mince.
(Rire jaune). Oui voila ouais.
Nan mais tu vas où avec un album pareil finalement ?
Bah je vais à Chaillot, le théâtre, en février. En fait je veux mêler les arts. Chaillot c’est pas donné à tout le monde. Et puis on va pas se branler avec une voix une guitare hein. Ce sera un vrai spectacle. Ca me changera des concerts où je me fais en général chier au bout de trois chansons. Je trouve qu’il y a pas grand-chose d’excitant en France en ce moment. Le dernier Noir désir, Camille. A l’inverse une carrière comme Zazie j’aurai envie de me suicider. Toujours le même album, tous les deux ans… Je cherche un autre rythme. Y a plein de gens qui ont pas de talent et qui ont de la chance. C’est quelque chose que je m’expliquerai jamais. Tu devrais écouter Johanna Newson, c’est une nana totalement barrée qui joue de la harpe. C’est quoi l’adresse de ton site au fait ?
S’en suivra un long déballage sur les mélanomes musicaux qui peuplent le paysage français, sur ces chanteuses qui marchent parce qu’elles couchent avec les bonnes personnes, qui se réfèrent à Aretha Franklin juste parce qu’elles sont belges et rousses, un long entretien où Claire et moi tombons finalement d’accord sur beaucoup de choses. On parle Catherine Ribeiro, ventes commerciales, Cat Power et vision artistique. Une bonne rencontre finalement.
Je ne pourrai pas vous conseiller d’acheter Tableau de chasse. Comme me le fait remarquer habilement Claire Diterzi, ce ne sera pas pour moi ; il vient d’avoir 4 clefs dans Télérama.
N’empêche. La création artistique, lorsqu’elle est honnête, n’est ni belle ou moche. Elle est. Tout simplement. Et Diterzi possède une jolie poitrine. Un joli coffre, attention…
Qu’on se rassure, il reste encore assez de pintade en France à embrocher dans mes futurs articles.
Claire Diterzi // Tableau de chasse // Naive
http://www.myspace.com/diterzi
2 commentaires
je me pince et bois du p’tit lait




ETRE DIEU
Ou comment Bester partit à l’assaut de ses propres préjugés (qui ont la vie dure)…